Critique Sociale, bulletin d'informations et d'analyses pour la conquête de la démocratie et de l'égalité
Numéro 6 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Samedi, 14 Mars 2009 15:40
Le numéro 6 de Critique Sociale (mars 2009) est paru. Il peut être téléchargé en PDF.

Au sommaire :
* Et si on essayait la démocratie ?
* Herr Vogt, de Karl Marx
 
Et si on essayait la démocratie ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Jeudi, 12 Mars 2009 13:02

La démocratie, c’est le pouvoir au peuple. Il devient indispensable de le rappeler. Ce n'est pas seulement le pouvoir de décider qui aura le pouvoir à notre place, pendant une durée donnée.

Les institutions actuelles ne sont pas véritablement démocratiques. Le système existant consiste en fait en une dépossession des citoyens1. Il y a un flagrant défaut de démocratie, un manque de démocratie qui étouffe la vie sociale – on le voit par le mur de refus, et souvent de mépris, qui est opposé par le pouvoir aux manifestants et grévistes qui défendent des revendications nécessaires et majoritaires.

Ce manque de démocratie est un problème mondial, même en dehors des régimes dictatoriaux (qu'il faut évidemment contribuer à combattre en priorité). Le système capitaliste, entre autres maux, perpétue une hétérogénéité violente entre les situations sociales, et même entre les possibilités sociales. Or, la démocratie ne peut exister que si les individus peuvent exprimer pleinement leur individualité, et en même temps si l'ensemble de ces individus font société. La démocratie exige que les principes de liberté, d’égalité, de fraternité soient une réalité pour toutes et tous – et pas uniquement un slogan restant théorique.

Il y a donc la nécessité d’une appropriation de la démocratie, sans laquelle le pouvoir est dans les faits exercé par des oligarchies, ce qui est contradictoire avec le principe démocratique.

Il est normal que la constitution ait changé depuis celle de la Première République, mais alors qu’on pourrait croire qu’en deux siècles la constitution serait devenue plus démocratique, elle est en réalité devenue moins démocratique sur presque tous les aspects sauf celui – fondamental – du suffrage féminin. Entre autres reculs, il y a eu la restauration dès la Deuxième République du principe monarchique par l'instauration d'un « président de la République » qui, seule innovation « républicaine », est élu. Il peut ensuite régner sans en référer à la population pour toute la durée de son mandat, décidant avec ses conseillers et ministres non élus, se trouvant au-dessus des lois par son immunité judiciaire, et toutes ses dépenses étant payées par l'Etat.

La démocratie est un projet d’avenir

S'il s'agit de maintenir des formes d'oppression sociale, il est logique que le pouvoir appartienne à des « experts » - comme c'est le cas actuellement2. Mais s'il s'agit de changer la société en partant de la réalité sociale vécue par chacun, alors une véritable démocratie est indispensable : une démocratie faite par tous. La démocratie réelle permettrait d'organiser une vie commune pacifiée, débarrassée de l'organisation du travail contraint et exploité qu'est le système du salariat, et un libre épanouissement de tous et de chacun.

Nous pouvons créer des assemblées démocratiques, des Assemblées Générales et des conseils permanents, pour permettre l'invention, le dialogue, l'échange, la décision démocratique, qui ne peuvent exister que dans la libre expression tant individuelle que collective.

Il n'y a pas de démocratie authentique sans réelle démocratie sociale. La seule vraie démocratie est une démocratie d’égaux, sans une division entre citoyens de première ou de seconde classe. Il n'y a pas besoin de quelque forme de domination que ce soit si la société se base sur la coopération entre humains égaux. Une telle société permettrait d'en finir avec les diverses dominations qui minent la société actuelle.

La crise du capitalisme nous montre de façon claire la nécessité de transformer complètement l'organisation économique et sociale. Ni « patrons », ni « salariés », ni « actionnaires » : c'est une nouvelle société que nous devons inventer.

Réaliser la démocratie implique un investissement de tous dans la production commune des décisions. Chacun se doit de s’informer, de débattre, de participer à une réflexion et à une élaboration collectives, puis aux décisions. Cela implique que chacun ait toutes les possibilités matérielles – à commencer par le temps ! – de s'informer et de consacrer du temps à cette élaboration collective.

Le vote est bien sûr indispensable au fonctionnement démocratique. Mais choisir et formuler les questions à trancher, cela doit aussi être mis en place de façon démocratique. Autrement dit, la démocratie n’est pas seulement un processus de décision, mais aussi un processus de libre élaboration collective des différentes possibilités sur lesquelles il faudra, par la suite, faire des choix.

Il s'agit également de garantir l'indépendance des contre-pouvoirs. Enfin, la démocratie, pour fonctionner de façon saine et transparente, a besoin de l'existence d'importants médias fiables et indépendants, et d'un réel pluralisme.

Une véritable démocratie s’oppose forcément aux fonctionnements hiérarchiques. Il s'agit de construire collectivement une société permettant le libre épanouissement de tous et de chacun, une société déterminée démocratiquement et de façon autonome, autogérée.

En plus de permettre la satisfaction des revendications actuelles, une mobilisation massive et dans la durée, n'hésitant pas à s'en prendre au système lui-même, pourrait permettre un vaste mouvement de démocratisation, de libération, et d'émancipation.

La démocratie reste un projet d’avenir !

 

- - - - -

1 Cela sans compter le fait qu’il faudrait étendre considérablement le champ des citoyens, aux « étrangers » résidents, notamment.

2 La spécialisation du pouvoir s'opposant, de toute façon, aux valeurs démocratiques.

 

[disponible au format pdf]

Mis à jour ( Jeudi, 12 Mars 2009 16:52 )
 
Succès du 29 janvier : quelles suites ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Jeudi, 12 Février 2009 16:10

La journée de grève et de manifestations du 29 janvier 2009 a été une réussite, bien au delà des prévisions. Il s'agissait d'exiger la fin des licenciements et des autres suppressions de postes, la hausse des salaires, la défense du service public, et le retrait des contre-réformes du gouvernement.

Deux millions et demi de manifestants ont fait du 29 janvier un succès massif et populaire, qui montre que les travailleurs, chômeurs, et étudiants, se sont saisis de cette journée unitaire de mobilisation pour tenter de changer la situation, en allant à l'encontre des politiques du gouvernement et du patronat. C'est ainsi qu'on a vu dans les manifestations des pancartes « Sarkozy démission », ou encore le désormais fameux « Casse-toi pauv' con » retourné à Sarkozy, qui, au delà de l'humour, signifie au fond : casse-toi du pouvoir.


Pour les classes dirigeantes, la crise actuelle est arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Mais pour de nombreux travailleurs - précarisés, sous-payés, pressurisés - la situation avant la crise était déjà mauvaise, et la crise ne fait que l'aggraver encore plus1.

Il y a incontestablement urgence.


D'ailleurs, des mobilisations se poursuivent et se développent, secteur par secteur. Le 10 février, les manifestations de l'enseignement supérieur ont rassemblé 100.000 professeurs et étudiants, pour le retrait des réformes actuelles et pour plus de postes et de moyens. La mobilisation s'est cristallisée autour d'un projet de modification du statut des enseignants-chercheurs, mais la grève porte également d'autres revendications : outre le retrait du projet Pécresse, c'est aussi contre les réformes LRU, et parfois aussi LMD-ECTS, que la lutte se poursuit.

La logique des réformes en cours depuis plusieurs années conduit à instaurer des « PDG d'université ». C'est un élément d'une logique d'ensemble qui consiste à casser les facs en tant que services publics, et à les gérer comme des entreprises - pour progressivement les transformer en entreprises.

Il ne faut en effet pas oublier que, là comme ailleurs, la tendance à la privatisation se poursuit, alors même qu'elle a reçu un désaveu cinglant avec la crise actuelle. D'autre part, on retrouve à l'université les mêmes problèmes qu'ailleurs : précarisation, suppression de postes, sous-financement... On voit que la convergence entre les différents secteurs n'est pas difficile à envisager.


Autre secteur en pointe : les grèves générales en cours à la Guadeloupe et à la Martinique, qui font face au mépris du gouvernement. Si la force de la mobilisation (grève et manifestations) a permis des avancées, comme la baisse des prix sur certains produits de première nécessité, le gouvernement et le patronat refusent toujours les augmentations de salaires - la revendication est en Guadeloupe de 200 euros nets en plus par mois pour les bas salaires.

Mais plutôt que de répondre à l'élémentaire revendication de hausse des salaires, le gouvernement préfère envoyer en Martinique... deux escadrons supplémentaires de gendarmes mobiles.


Etant donné cette situation, on doit déplorer que les directions syndicales se soient laissées endormir par l'intervention télévisée de Sarkozy du 5 février : la date qu'ils ont décidé pour une nouvelle journée de mobilisation - le 19 mars - est beaucoup trop tardive. De plus, il semble évident au vue de son discours et de celui du MEDEF que rien de décisif en faveur des salariés ne pourra sortir de la réunion du 18 février. Pourquoi alors attendre l'inévitable constat d'échec de cette rencontre avant de décider clairement d'un appel à la grève pour le 19 mars ? A ce niveau, la « modération » et l'attentisme des directions syndicales ressemblent fort à de l'irresponsabilité.


Lors de son show du 5 février, Sarkozy n'a manifestement pas répondu aux revendications des manifestants du 29 janvier : aucune des contre-réformes n'a été retirée, aucune augmentation du SMIC et des minimas sociaux n'a été décidée, et comme l'ont dit les syndicats de la fonction publique dans une déclaration du 11 février : « aucune des revendications des personnels n’a été prise en compte »2.


Pire, Sarkozy poursuit la logique des attaques continues contre les services publics. Il veut poursuivre les 30.000 suppressions de postes dans la fonction publique pour l'année 2009, et annonce que des dizaines de milliers d'emploi vont continuer à être détruits chaque année par l'Etat. Sa justification vaut le détour : il annonce qu'avec ces suppressions de postes par non-remplacement de la moitié des fonctionnaires partant en retraite, il y aurait en 2012 le « même nombre de fonctionnaires qu'en 1992 ». Il n'y a vraiment que Sarkozy pour faire semblant d'ignorer que la population a augmenté depuis 1992 de 7 millions, et que cette croissance démographique va sans nul doute se poursuivre d'ici à 2012 ! La comparaison avec 1992 est donc d'une malhonnêteté évidente.

Les multiples mensonges qu'il a enchaîné lors de son intervention du 5 février lui servent à couvrir une politique qui est menée au bénéfice des privilégiés, et au détriment de la majorité (salariés, chômeurs, jeunes...).


Face à l'intransigeance gouvernementale, la coordination nationale de l'enseignement supérieur du 11 février a appelé à l'extension du mouvement à l'ensemble de l'éducation. C'est un début vers l'unité, qu'il faudra étendre. Le succès des manifestations du 29 janvier a montré le large rejet de la politique menée par Sarkozy. Or, il refuse de revenir sur ses contre-réformes et de « changer de cap ». La conclusion réaliste et pragmatique de ces faits, c'est qu'il faut une mobilisation forte, unitaire, et qui ne se limite pas à des journées d'action isolées.


Les travailleurs de Guadeloupe ont montré la voie : unité et grève générale. C'est cela qu'il faut réaliser, et si malgré ça le gouvernement persistait toujours à opposer un mur face aux revendications majoritaires, il faudrait clairement un approfondissement de la lutte pour vaincre ce pouvoir, c'est-à-dire le faire partir.

Il ne faut toutefois pas se leurrer : Sarkozy n'est pas responsable de toutes les régressions actuelles, son départ ne résoudrait pas tous les problèmes. C'est au système qui permet à Sarkozy d'agir de la sorte qu'il faut s'en prendre, au manque de démocratie.


Au delà, les travailleurs du monde sont actuellement victimes de la même crise, qui est une crise du système. Le problème est bien le système capitaliste en lui-même, plutôt que tel ou tel de ses rouages. Face à la crise mondiale d'un système mondial, il faut une riposte mondiale des travailleurs, permettant d'aller d'un système hiérarchique et capitaliste vers une société démocratique et socialiste.

 

1Voir par exemple : « La société du chômage de masse », Critique Sociale n° 3, décembre 2008.

2Le texte complet : http://solidaires.org/article23608.html

Mis à jour ( Jeudi, 12 Février 2009 18:05 )
 
N°5 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Jeudi, 19 Février 2009 16:58
Le numéro 5 de Critique Sociale est ci-joint en PDF.

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N° 4: Rosa Luxemburg PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Lundi, 29 Décembre 2008 19:16

Le numéro 4 de "Critique Sociale", daté de janvier 2009, est paru. Il est exclusivement consacré à Rosa Luxemburg, à l'occasion des 90 ans de sa mort.
Le numéro est téléchargeable gratuitement en PDF.

 

Sommaire :

Et trois articles inédits ou rares de Rosa Luxemburg :

Mis à jour ( Lundi, 29 Décembre 2008 21:24 )
 
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