C’est le socialisme qu’on assassine

« Je veux, pour ma petite part, révo­lu­tion­ner les cer­veaux. Je veux en chas­ser le pré­jugé capi­ta­liste et bour­geois et y ins­tal­ler la claire idée com­mu­niste » (Jean Jau­rès, 1er février 19021)

Ce 31 juillet 2014, cela fait exac­te­ment un siècle que le socia­liste Jean Jau­rès a été assas­siné par un natio­na­liste. Ce meurtre poli­tique s’inscrivait en conclu­sion de vio­lentes cam­pagnes anti­so­cia­listes menées par la droite et l’extrême droite.

Le pro­blème des com­mé­mo­ra­tions de cette « année Jau­rès », c’est que l’on observe sou­vent une ten­dance à ce que l’arbre Jau­rès cache la forêt du mou­ve­ment ouvrier. Dans cette optique de célé­bra­tion du « grand homme », on a par­fois l’impression que Jau­rès était un défen­seur isolé de la paix. En réa­lité, ce sont des cen­taines de mil­liers de mili­tants qui lut­taient pour la paix en France, et des mil­lions en Europe.

Voir le gou­ver­ne­ment actuel – qui mène une poli­tique écono­mique de droite en pour­sui­vant l’austérité – se reven­di­quer de Jau­rès tient de l’escroquerie. Le parti de Jau­rès avant l’unification de 1905, le Parti socia­liste fran­çais, avait parmi ses reven­di­ca­tions immé­diates la « sup­pres­sion du Sénat et de la pré­si­dence de la Répu­blique »2, etc. Si Hol­lande et Valls vou­laient vrai­ment rendre hom­mage à Jau­rès, mieux vau­drait appli­quer ces mesures plu­tôt que d’aligner lieux com­muns et contre-sens his­to­riques lors d’inaugurations où les petits fours prennent plus de place que les ouvriers.

Lorsque Jau­rès par­lait du Parti socia­liste, c’était pour évoquer « son rouge dra­peau com­mu­niste et inter­na­tio­na­liste »3. Le parti qui usurpe aujourd’hui ce nom est opposé à cette concep­tion : il fait la poli­tique du patro­nat et non des tra­vailleurs, et le Pre­mier ministre Manuel Valls a poussé l’antisocialisme jusqu’à tenir des pro­pos xéno­phobes (à l’encontre des Roms).

Un siècle après l’assassinat de Jau­rès, un siècle après la bar­ba­rie de la Pre­mière Guerre mon­diale qui fit des mil­lions de morts, aujourd’hui en 2014 nous consi­dé­rons qu’un inter­na­tio­na­lisme consé­quent et constant est plus que jamais indis­pen­sable. La lutte pour le socia­lisme passe néces­sai­re­ment par la lutte contre tous les natio­na­lismes, contre toutes les xéno­pho­bies, contre tous les gou­ver­ne­ments qui mettent en place des poli­tiques d’austérité, pour en finir avec toutes les formes d’exploitation et d’aliénation. Comme l’écrivait Jau­rès, c’est « par l’abolition du capi­ta­lisme et l’avènement du socia­lisme que l’humanité s’accomplira »4.

[Ce tract, dif­fusé le 31 juillet 2014 devant le café du Crois­sant à Paris, est égale­ment dis­po­nible au for­mat PDF]

1 Jean Jau­rès, Œuvres tome 8, Fayard, 2013, p. 255.

2 Compte-rendu du congrès du PSF du 2 au 4 mars 1902 à Tours, pp. 376–377.

3 Jau­rès, Œuvres tome 8, p. 29. Pré­ci­sons pour éviter tout mal­en­tendu que Jau­rès emploie le mot « com­mu­niste » dans son sens réel, et évidem­ment pas pour se réfé­rer aux dic­ta­tures capi­ta­listes d’Etat mises en place par des léninistes.

4 Jau­rès, Œuvres tome 8, p. 433.

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