Contre les peurs et les haines, par la lutte sociale

Plus de deux semaines après le 13 novembre, nous sommes encore bouleversés par la violence terrible des attentats, les très nombreuses victimes assassinées, et la détresse de leurs proches. Mais aussi, nous constatons qu’un sentiment de solidarité a spontanément saisi une grande partie de la population.

L’attitude gouvernementale n’en est que plus condamnable : profiter de l’émotion pour faire passer l’état d’urgence d’une durée de trois mois, voire même un projet de révision dans la panique de la constitution, est indigne. Les conséquences de cette politique n’ont pas tardé à se révéler : perquisitions et assignations à résidence arbitraires pour des militants écologistes et d’extrême gauche, manifestations interdites, etc. Avoir subi un choc n’est pas une excuse pour une fuite en avant dans une impasse. Surtout que tout au bout de l’impasse, il peut y avoir la barbarie.

Nous devons briser ce cercle vicieux où la haine entraîne la haine. On le voit malheureusement avec ces attentats commis par Daesh, groupe d’extrême droite islamiste qui massacre au nom de son idéologie sectaire, attentats qui tendent à renforcer en France le FN, parti d’extrême droite qui attise les peurs et les haines. Alors que la barbarie de Daesh s’exerce de façon sanglante principalement en Irak et en Syrie, on ne peut pas oublier le rôle mortifère de la guerre de 2003 à l’initiative de George Bush, qui a créé le chaos sur lequel ce groupe prospère. C’est ce que des centaines de milliers de manifestants dans le monde avaient déjà dit à l’époque. Les stratégies impérialistes se révèlent criminelles, leurs conséquences tragiques s’étalent sur des durées extrêmement longues. Il est donc indispensable de sortir de ces cycles de la terreur, ce qui passe par la nécessité de la lutte sociale contre les impérialismes là où nous nous trouvons. Cela ne doit évidemment pas conduire à atténuer ou relativiser la responsabilité des groupes comme Daesh, qui portent la responsabilité de leurs crimes.

Notre détermination à l’ouverture des frontières est encore renforcée, quand tant d’exilés tentant d’échapper à Daesh, à Bachar el-Assad, etc., cherchent un refuge que trop souvent les Etats leur refusent. L’accueil des réfugiés dans des conditions dignes, avec du personnel d’accompagnement formé et des logements adéquats, est une nécessité immédiate.

Internationalistes, marxistes, féministes, nous combattons l’intolérance et les discriminations, nous défendons la liberté et l’égalité humaine partout dans le monde. Ces principes sont à mettre en avant partout, face à tous ceux qui les bafouent. En particulier, il y a aujourd’hui la nécessité de combattre l’extrême droite islamiste par nos propres moyens, notamment la solidarité de classe, la fraternité des travailleurs (par exemple par un soutien du mouvement ouvrier aux forces progressistes qui affrontent Daesh). Or, les choix gouvernementaux vont à l’encontre de cette perspective. La liberté de manifester est notamment un principe fondamental, il est dès lors parfaitement légitime de maintenir des manifestations même lorsque l’Etat français en a décrété l’interdiction. C’est pourquoi il est nécessaire de se mobiliser pour la levée immédiate de l’état d’urgence, l’arrêt de la répression des mouvements sociaux, des poursuites judiciaires et des assignations à résidence contre les militants. C’est parce que les luttes sociales progressistes pourront être puissantes, susciter l’auto-organisation à la base, obtenir des victoires, que la conscience de classe pourra remplacer la peur et le réflexe de repli.

C’est dans cette situation de crises multiples qu’il est plus que jamais nécessaire de mettre en avant l’objectif concret d’une autre organisation sociale, basée sur la coopération et non plus la compétition, où la production serait déterminée par les besoins de tous et non les profits de quelques uns. Qu’on l’appelle socialisme, communisme, ou autrement, c’est pour cette société d’auto-émancipation généralisée que nous luttons et continuerons de lutter, en combattant les conservateurs et tous les réactionnaires sur nos propres bases d’indépendance de classe.