Internationalistes, contre le courant !

C’est le moins qu’on puisse dire, le climat politique actuel n’est pas réjouissant : violences terroristes, violences racistes et antisémites, violences sexistes… la barbarie a le vent en poupe. Ce constat doit pourtant nous inciter à combattre de front toutes ces violences, dans leurs symptômes et dans leurs causes. Face à l’actuel emballement de stupidité et de haine, il nous faut répondre à la fois par la défense de nos valeurs fondamentales – dont l’internationalisme et la solidarité – et en même temps par des perspectives politiques concrètes, par des mobilisations unificatrices sur des bases sociales : des luttes de classe.

Qu’observe-t-on en France ? Dépolitisation et droitisation de la société vont de pair, via les politiques du gouvernement Hollande/Valls, par la domination de préjugés, par l’égoïsme. Cette situation ne doit surtout pas mener au défaitisme, il s’agit de ne pas se résigner face au FN et à ses idées – qui imprègnent, hélas, dans bien d’autres courants politiques. Nous nous opposons donc activement à toutes les mouvances qui acceptent et s’inscrivent dans différentes formes de repli, même celles qui se disent de « gauche ». Etre contre le courant ne nous réjouit pas particulièrement, mais ne nous gêne pas si c’est pour défendre nos convictions, notre perspective d’auto-émancipation mondiale qui correspond à l’intérêt réel de la majorité de l’humanité, en premier lieu les classes travailleuses et populaires.

Pour changer de société, il est indispensable de partir de la réalité actuelle, ne pas se dissimuler le poids des peurs du changement, de la peur de l’avenir. Se répand la croyance à un déclin, avec ses références à un passé imaginaire qui n’a jamais existé et que rien ne ferait naître, mais dont la quête peut avoir des conséquences très concrètes – et très réactionnaires. Nous sommes bien dans « l’impasse de droite » que nous annoncions lorsque Manuel Valls est devenu Premier ministre1. Le progrès de l’extrême droite (FN) lors des dernières élections, en décembre 2015, en est une des manifestations. Cela impose une prise de conscience, une action déterminée contre tous les replis comme contre tous les reculs sociaux, ce qui ne peut pas être mené par ceux qui encouragent des divisions nationales, racialistes, ou autres : de Jean-Luc Mélenchon aux « Indigènes de la République », en passant par des partisans du « protectionnisme » comme Frédéric Lordon, etc. La liste pourrait malheureusement être largement prolongée. L’internationalisme est une base indispensable de la lutte sociale des exploités, qui n’est pas négociable, qu’il n’est pas possible d’abandonner même pour de prétendues raisons de « tactique ». Renoncer à ce principe, même partiellement ou provisoirement, c’est renoncer à l’émancipation, c’est ouvrir la porte aux dérives et au repli.

L’action sociale doit donc reprendre, sur des bases claires et combatives. La récente condamnation à de la prison ferme de 8 anciens travailleurs de Goodyear, dont plusieurs syndicalistes, pour une action dans le cadre d’un mouvement social, est particulièrement révoltante. Cette répression des luttes sociales doit entraîner une riposte unitaire à la hauteur, car la possibilité de la lutte sociale est pour les travailleurs comme l’air qu’on respire : une nécessité absolue.

Le PS au pouvoir mène une politique anti-sociale, hostile au mouvement ouvrier, c’est un fait établi. S’opposer à ce pouvoir est donc la seule option utile, pragmatique et réaliste, mais il s’agit de s’opposer à ce type de politique et non seulement aux individus qui la portent actuellement. Il nous faut aussi apporter une autre perspective : l’auto-organisation à la base pour vivre autrement.

Le chômage, le niveau des salaires, sont les sujets brûlants du moment, sur lesquels il est indispensable de lutter en tant que classe sociale. Ne laissons passer aucune division artificielle entre les travailleurs, les précaires, les chômeurs du monde entier. Quel que soit l’endroit d’où l’on vient, où l’on vit, nous avons les mêmes intérêts et nous pouvons nous rassembler vers le même objectif : la fraternité mondiale des exploités contre toutes les barbaries, toutes les oppressions, toutes les frontières.

1 « Manuel Valls : l’impasse de droite », tract diffusé par Critique Sociale à partir du 2 avril 2014, reproduit dans Critique Sociale n° 31, mai 2014.