Un article d’un communard contre la patrie

Nous repu­blions ci-dessous un texte de Jules Nos­tag (pseu­do­nyme de Gas­ton Buf­fier), mili­tant de l’Association Inter­na­tio­nale des Tra­vailleurs (AIT) et com­mu­nard, article paru comme édito­rial dans La Révo­lu­tion poli­tique et sociale du 16 avril 1871 (n° 3, égale­ment daté 27 ger­mi­nal 79). Ce jour­nal était l’hebdomadaire des sec­tions de la gare d’Ivry et de Bercy de l’AIT pen­dant la Com­mune, Nos­tag en étant le rédac­teur en chef.

« Patrie – Humanité

La Patrie, un mot, une erreur ! L’Humanité, un fait, une vérité !

Inven­tée par les prêtres et les rois, comme le mythe dieu, la patrie n’a jamais servi qu’à par­quer la bes­tia­lité humaine dans des limites étroites, dis­tinctes, où, direc­te­ment sous la main des maîtres, on la ton­dait et la sai­gnait pour le plus grand pro­fit de ceux-ci, et au nom de l’immonde fétiche.

Quand le bois ver­moulu du trône cra­quait et mena­çait ruine, le ber­ger ou, pour mieux dire, le bou­cher, s’entendait avec son cher frère ou cou­sin du voi­si­nage, et les deux misé­rables cou­ron­nés lan­çaient l’un contre l’autre les mul­ti­tudes stu­pides qui, pen­dant que les maîtres riaient à sa barbe, allaient – meutes affo­lées – s’entr’égorger, en criant : Vive la gloire ! Vive la patrie !

La sai­gnée faite ! César qui mar­quait les points, arrê­tait l’égorgement, embras­sait son très-cher frère l’ennemi, et fai­sait ren­trer au ber­cail son trou­peau décimé, inca­pable alors pen­dant de longs mois de lui por­ter ombrage.

Le tour était joué.

Aujourd’hui c’en est assez ! Les peuples sont frères ; les rois et leurs valets sont les seuls ennemis.

Assez de sang, assez d’imbécilité ; peuples, les patries ne sont plus que des mots ; la France est morte ! L’humanité est là.

Soyons hommes et prouvons-le ! L’utopie d’Anarcharsis Clootz devient vérité. La natio­na­lité – erreur – résul­tat de la nais­sance, est un mal, détruisons-le.

Naître ici ou là, seul fait du hasard, des cir­cons­tances, change notre natio­na­lité, nous fait amis ou enne­mis ; répu­dions cette lote­rie stu­pide, farce dont nous avons tou­jours été jusqu’ici les dindons.

Que la patrie ne soit plus qu’un vain mot, – une clas­si­fi­ca­tion admi­nis­tra­tive sans valeur ; – notre pays est par­tout, où l’on vit libre, où l’on travaille.

Peuples, tra­vailleurs, la lumière se fait ; que notre aveu­gle­ment cesse, sus aux des­potes, plus de tyrans.

La France est morte, vive l’humanité ! »

Les commentaires sont fermés.