Macron : un nouveau patron au service du vieux capitalisme

Il ne faut pas s’arrêter au carac­tère risible du per­son­nage Macron : Napo­léon III était tout aussi ridi­cule, les cir­cons­tances ne lui en ont pas moins donné un rôle his­to­rique. Le nou­veau pré­sident et son mou­ve­ment « En marche » forment une nou­velle droite, qui s’inscrit plei­ne­ment dans l’air du temps indi­vi­dua­liste, qui pré­tend « don­ner sa chance » à cha­cun pour deve­nir un « win­ner » et tant pis pour tous ceux qui res­te­ront les per­dants de l’histoire et subi­ront de plein fouet les inégalités.

Der­rière les appa­rences « modernes » de cette droite du 21e siècle, cher­chant ses modèles dans les start-up et l’économie numé­rique, il y a un cou­rant poli­tique qui défend les inté­rêts de la classe capi­ta­liste. Macron et ses par­ti­sans incarnent en effet la conti­nua­tion d’un vieux monde dominé par le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste. Certes, ils ont quelques dif­fé­rences avec la droite clas­sique issue du RPR, récem­ment per­son­ni­fiée de façon cari­ca­tu­rale par Fillon et ses cas­se­roles, mais les fon­da­men­taux sont les mêmes. Il n’a d’ailleurs pas fallu attendre long­temps pour voir chez des ministres macro­nistes les mêmes méthodes d’emplois fic­tifs, de conflits d’intérêts et de menaces contre la liberté de la presse.

L’enjeu cru­cial de la situa­tion, c’est de savoir si Macron pourra appli­quer son pro­gramme d’adaptation à l’idéologie mana­gé­riale, qui est notam­ment pro­mue par les géants d’internet comme Google.

Sur le plan poli­tique, Macron pré­tend « renou­ve­ler » les poli­ti­ciens en place et cer­taines pra­tiques. Pour don­ner le change, il paraît en effet utile que le per­son­nel poli­tique qui fait tour­ner l’État capi­ta­liste soit de temps en temps renou­velé, ou du moins que la façade soit repeinte. Sur ce plan, Macron repré­sente une ten­ta­tive de rajeu­nir les appa­rences de la 5e Répu­blique, afin d’en main­te­nir les aspects anti-démocratiques et monar­chi­sants. Tout à l’inverse, l’exigence de sup­pres­sion du poste de pré­sident de la Répu­blique est aujourd’hui qua­si­ment inau­dible, tant elle va à l’encontre de l’idéologie dominante.

L’essentiel se joue néan­moins sur le plan écono­mique et social. Là, le pro­gramme Macron va net­te­ment dans le sens des demandes du patro­nat, et du Medef en par­ti­cu­lier. La nette majo­rité dont il dis­pose à l’Assemblée natio­nale paraît lui ouvrir la voie à l’application de ces mesures. Pour­tant, l’abstention a pour la pre­mière fois été majo­ri­taire lors des élec­tions légis­la­tives, ce qui montre qu’il n’y a pas un grand enthou­siasme dans la majo­rité de la popu­la­tion. Ce qui sera déci­sif, c’est l’ampleur de la riposte sociale face aux attaques de Macron contre les tra­vailleurs, les pré­caires, les chô­meurs et les jeunes.

Si nous ne sommes pas de fer­vents défen­seurs du Code du Tra­vail, docu­ment qui ne fait qu’encadrer l’exploitation et l’aliénation des pro­lé­taires, nous com­bat­tons par contre tous ceux qui veulent détruire les pro­tec­tions et garan­ties col­lec­tives arra­chées par les luttes des tra­vailleurs. C’est dans cette logique que nous par­ti­ci­pe­ront aux luttes à venir sur ce thème.

Rien n’est écrit sur les 5 ans à venir. La clé est la capa­cité des tra­vailleurs, des classes popu­laires, à s’auto-organiser dans la lutte, à s’unir sur des reven­di­ca­tions à la fois défen­sives et offen­sives – comme la baisse du temps de tra­vail – et à créer à la base de nou­veaux espaces de dis­cus­sion, de déci­sion et de mobi­li­sa­tion. Le rap­port de forces entre les classes sociales nous est aujourd’hui défa­vo­rable, il ne tient qu’à nous tous de le renverser.

Ban­de­role dans une mani­fes­ta­tion anti-Macron, mai 2017.

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