Maurice Dommanget sur la Commune

On célèbre actuellement les 140 ans de la Commune de Paris de 1871, dont on connaît l’importance dans l’histoire sociale et l’histoire révolutionnaire dans le monde.

Nous publions à cette occasion de brefs extraits d’une brochure publiée en 1947 par Maurice Dommanget : La Commune et les communards. Cette brochure faisait partie de la série « Les Egaux », publiée en supplément à la revue socialiste révolutionnaire Masses (dirigée par René Lefeuvre). Dommanget (1888-1976), instituteur de profession, a écrit plusieurs ouvrages sur l’histoire sociale en france.

Sens profond de la Commune

La Commune a écrit une page inoubliable de l’histoire. Tout un enseignement se dégage de son épopée. Ses fautes mêmes nous sont précieuses.

C’est que toutes les Révolutions ont quelque chose de prophétique. Elles constituent une sorte de creuset où, avec une rapidité étonnante, se forment et se heurtent les luttes de classe et les oppositions de tendance, les organismes, les méthodes de combat et les institutions qui ne se manifesteront pleinement que dans l’évolution postérieure.

Le vieil Engels avait déjà remarqué que le mouvement de Thomas Münzer dans la Réforme religieuse allemande représentait la Réforme sociale, que le mouvement des niveleurs dans la Révolution politique anglaise représentait la Révolution sociale, que le mouvement du grand Babeuf représentait la Révolution prolétarienne dans la Révolution bourgeoise.

En 1848, le mouvement ouvrier nous donne aussi une synthèse anticipée des étapes et des formes de lutte qui prévaudront dans les années suivantes et nous savons tous que la Révolution russe de 1905 fut la préface de la Révolution bolchévique de 1917.

La Commune n’échappe point à cette particularité, et Marx a su génialement mettre en lumière sa signification profonde, découvrir l’immense part d’avenir qu’elle recèle.

[…]

La conception communaliste

Par-dessus tout, en prenant le nom de Commune, en fixant par la bouche de Beslay (28 mars) comme par la Déclaration au peuple français de Pierre Denis (19 avril) ce qu’elle entendait par ce mot et en avalisant toutes les thèses sur l’autonomie communale, l’insurrection victorieuse proclamait ouvertement sa volonté de transformation sociale dans la liberté et en partant de la base. Il y a là un fait d’une extrême importance et sur lequel on n’a pas assez insisté.

On peut dire que l’idée de la Commune fut le lieu géométrique de plusieurs conceptions.

D’abord la conception pragmatique surgie dans les cerveaux parisiens à la suite des réalisations municipales dues à la force des choses pendant les cinq mois du siège.

Puis la conception de la protestation permanente contre le régime d’exception et la centralisation excessive qui étouffaient la capitale.

Puis la conception révolutionnaire se réclamant du mouvement communal du Moyen Âge, de la Commune du 10 août 1792 et de la Commune extrémiste de 1793.

Puis la conception décentralisatrice et fédéraliste mise à la mode par l’Internationale et qui s’en référait à Proudhon.

Puis la conception fouriériste, n’oublions pas que Victor Considérant s’est rallié à la Commune – d’après laquelle pendant le garantisme ou période transitoire entre le capitalisme et le socialisme, la Commune devenait le grand atelier des réformes sociales, l’élément alvéolaire de la société en formation.

Tous ces concepts, qui ne s’ajustent pas toujours, se rejoignent incontestablement par leur origine et par leur aspiration commune à un milieu social et à une forme de gouvernement en opposition au monde bourgeois. Ils visent à réduire le gouvernement des hommes et accroître, au contraire, l’administration des choses, tendance dans la norme générale du socialisme. […]

L’Avenir est à la Révolution sociale, au Prolétariat, à la Communauté internationale des Hommes sans exploiteurs et sans Dieu.

Non. La Commune n’est pas morte. Vive la Commune !

Maurice Dommanget.