Succès du 29 janvier : quelles suites ?

La journée de grève et de manifestations du 29 janvier 2009 a été une réussite, bien au delà des prévisions. Il s’agissait d’exiger la fin des licenciements et des autres suppressions de postes, la hausse des salaires, la défense du service public, et le retrait des contre-réformes du gouvernement.

Deux millions et demi de manifestants ont fait du 29 janvier un succès massif et populaire, qui montre que les travailleurs, chômeurs, et étudiants, se sont saisis de cette journée unitaire de mobilisation pour tenter de changer la situation, en allant à l’encontre des politiques du gouvernement et du patronat. C’est ainsi qu’on a vu dans les manifestations des pancartes « Sarkozy démission », ou encore le désormais fameux « Casse-toi pauv’ con » retourné à Sarkozy, qui, au delà de l’humour, signifie au fond : casse-toi du pouvoir.

Pour les classes dirigeantes, la crise actuelle est arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Mais pour de nombreux travailleurs – précarisés, sous-payés, pressurisés – la situation avant la crise était déjà mauvaise, et la crise ne fait que l’aggraver encore plus1.

Il y a incontestablement urgence.

D’ailleurs, des mobilisations se poursuivent et se développent, secteur par secteur. Le 10 février, les manifestations de l’enseignement supérieur ont rassemblé 100.000 professeurs et étudiants, pour le retrait des réformes actuelles et pour plus de postes et de moyens. La mobilisation s’est cristallisée autour d’un projet de modification du statut des enseignants-chercheurs, mais la grève porte également d’autres revendications : outre le retrait du projet Pécresse, c’est aussi contre les réformes LRU, et parfois aussi LMD-ECTS, que la lutte se poursuit.

La logique des réformes en cours depuis plusieurs années conduit à instaurer des « PDG d’université ». C’est un élément d’une logique d’ensemble qui consiste à casser les facs en tant que services publics, et à les gérer comme des entreprises – pour progressivement les transformer en entreprises.

Il ne faut en effet pas oublier que, là comme ailleurs, la tendance à la privatisation se poursuit, alors même qu’elle a reçu un désaveu cinglant avec la crise actuelle. D’autre part, on retrouve à l’université les mêmes problèmes qu’ailleurs : précarisation, suppression de postes, sous-financement… On voit que la convergence entre les différents secteurs n’est pas difficile à envisager.

Autre secteur en pointe : les grèves générales en cours à la Guadeloupe et à la Martinique, qui font face au mépris du gouvernement. Si la force de la mobilisation (grève et manifestations) a permis des avancées, comme la baisse des prix sur certains produits de première nécessité, le gouvernement et le patronat refusent toujours les augmentations de salaires – la revendication est en Guadeloupe de 200 euros nets en plus par mois pour les bas salaires.

Mais plutôt que de répondre à l’élémentaire revendication de hausse des salaires, le gouvernement préfère envoyer en Martinique… deux escadrons supplémentaires de gendarmes mobiles.

Etant donné cette situation, on doit déplorer que les directions syndicales se soient laissées endormir par l’intervention télévisée de Sarkozy du 5 février : la date qu’ils ont décidé pour une nouvelle journée de mobilisation – le 19 mars – est beaucoup trop tardive. De plus, il semble évident au vue de son discours et de celui du MEDEF que rien de décisif en faveur des salariés ne pourra sortir de la réunion du 18 février. Pourquoi alors attendre l’inévitable constat d’échec de cette rencontre avant de décider clairement d’un appel à la grève pour le 19 mars ? A ce niveau, la « modération » et l’attentisme des directions syndicales ressemblent fort à de l’irresponsabilité.

Lors de son show du 5 février, Sarkozy n’a manifestement pas répondu aux revendications des manifestants du 29 janvier : aucune des contre-réformes n’a été retirée, aucune augmentation du SMIC et des minimas sociaux n’a été décidée, et comme l’ont dit les syndicats de la fonction publique dans une déclaration du 11 février : « aucune des revendications des personnels n’a été prise en compte »2.

Pire, Sarkozy poursuit la logique des attaques continues contre les services publics. Il veut poursuivre les 30.000 suppressions de postes dans la fonction publique pour l’année 2009, et annonce que des dizaines de milliers d’emploi vont continuer à être détruits chaque année par l’Etat. Sa justification vaut le détour : il annonce qu’avec ces suppressions de postes par non-remplacement de la moitié des fonctionnaires partant en retraite, il y aurait en 2012 le « même nombre de fonctionnaires qu’en 1992 ». Il n’y a vraiment que Sarkozy pour faire semblant d’ignorer que la population a augmenté depuis 1992 de 7 millions, et que cette croissance démographique va sans nul doute se poursuivre d’ici à 2012 ! La comparaison avec 1992 est donc d’une malhonnêteté évidente.

Les multiples mensonges qu’il a enchaîné lors de son intervention du 5 février lui servent à couvrir une politique qui est menée au bénéfice des privilégiés, et au détriment de la majorité (salariés, chômeurs, jeunes…).

Face à l’intransigeance gouvernementale, la coordination nationale de l’enseignement supérieur du 11 février a appelé à l’extension du mouvement à l’ensemble de l’éducation. C’est un début vers l’unité, qu’il faudra étendre. Le succès des manifestations du 29 janvier a montré le large rejet de la politique menée par Sarkozy. Or, il refuse de revenir sur ses contre-réformes et de « changer de cap ». La conclusion réaliste et pragmatique de ces faits, c’est qu’il faut une mobilisation forte, unitaire, et qui ne se limite pas à des journées d’action isolées.

Les travailleurs de Guadeloupe ont montré la voie : unité et grève générale. C’est cela qu’il faut réaliser, et si malgré ça le gouvernement persistait toujours à opposer un mur face aux revendications majoritaires, il faudrait clairement un approfondissement de la lutte pour vaincre ce pouvoir, c’est-à-dire le faire partir.

Il ne faut toutefois pas se leurrer : Sarkozy n’est pas responsable de toutes les régressions actuelles, son départ ne résoudrait pas tous les problèmes. C’est au système qui permet à Sarkozy d’agir de la sorte qu’il faut s’en prendre, au manque de démocratie.

Au delà, les travailleurs du monde sont actuellement victimes de la même crise, qui est une crise du système. Le problème est bien le système capitaliste en lui-même, plutôt que tel ou tel de ses rouages. Face à la crise mondiale d’un système mondial, il faut une riposte mondiale des travailleurs, permettant d’aller d’un système hiérarchique et capitaliste vers une société démocratique et socialiste.

1Voir par exemple : « La société du chômage de masse », Critique Sociale n° 3, décembre 2008.

2Le texte complet : http://solidaires.org/article23608.html