Et si on essayait la démocratie ?

La démocratie, c’est le pouvoir au peuple. Il devient indispensable de le rappeler. Ce n’est pas seulement le pouvoir de décider qui aura le pouvoir à notre place, pendant une durée donnée.

Les institutions actuelles ne sont pas véritablement démocratiques. Le système existant consiste en fait en une dépossession des citoyens1. Il y a un flagrant défaut de démocratie, un manque de démocratie qui étouffe la vie sociale – on le voit par le mur de refus, et souvent de mépris, qui est opposé par le pouvoir aux manifestants et grévistes qui défendent des revendications nécessaires et majoritaires.

Ce manque de démocratie est un problème mondial, même en dehors des régimes dictatoriaux (qu’il faut évidemment contribuer à combattre en priorité). Le système capitaliste, entre autres maux, perpétue une hétérogénéité violente entre les situations sociales, et même entre les possibilités sociales. Or, la démocratie ne peut exister que si les individus peuvent exprimer pleinement leur individualité, et en même temps si l’ensemble de ces individus font société. La démocratie exige que les principes de liberté, d’égalité, de fraternité soient une réalité pour toutes et tous – et pas uniquement un slogan restant théorique.

Il y a donc la nécessité d’une appropriation de la démocratie, sans laquelle le pouvoir est dans les faits exercé par des oligarchies, ce qui est contradictoire avec le principe démocratique.

Il est normal que la constitution ait changé depuis celle de la Première République, mais alors qu’on pourrait croire qu’en deux siècles la constitution serait devenue plus démocratique, elle est en réalité devenue moins démocratique sur presque tous les aspects sauf celui – fondamental – du suffrage féminin. Entre autres reculs, il y a eu la restauration dès la Deuxième République du principe monarchique par l’instauration d’un « président de la République » qui, seule innovation « républicaine », est élu. Il peut ensuite régner sans en référer à la population pour toute la durée de son mandat, décidant avec ses conseillers et ministres non élus, se trouvant au-dessus des lois par son immunité judiciaire, et toutes ses dépenses étant payées par l’Etat.

La démocratie est un projet d’avenir

S’il s’agit de maintenir des formes d’oppression sociale, il est logique que le pouvoir appartienne à des « experts » – comme c’est le cas actuellement2. Mais s’il s’agit de changer la société en partant de la réalité sociale vécue par chacun, alors une véritable démocratie est indispensable : une démocratie faite par tous. La démocratie réelle permettrait d’organiser une vie commune pacifiée, débarrassée de l’organisation du travail contraint et exploité qu’est le système du salariat, et un libre épanouissement de tous et de chacun.

Nous pouvons créer des assemblées démocratiques, des Assemblées Générales et des conseils permanents, pour permettre l’invention, le dialogue, l’échange, la décision démocratique, qui ne peuvent exister que dans la libre expression tant individuelle que collective.

Il n’y a pas de démocratie authentique sans réelle démocratie sociale. La seule vraie démocratie est une démocratie d’égaux, sans une division entre citoyens de première ou de seconde classe. Il n’y a pas besoin de quelque forme de domination que ce soit si la société se base sur la coopération entre humains égaux. Une telle société permettrait d’en finir avec les diverses dominations qui minent la société actuelle.

La crise du capitalisme nous montre de façon claire la nécessité de transformer complètement l’organisation économique et sociale. Ni « patrons », ni « salariés », ni « actionnaires » : c’est une nouvelle société que nous devons inventer.

Réaliser la démocratie implique un investissement de tous dans la production commune des décisions. Chacun se doit de s’informer, de débattre, de participer à une réflexion et à une élaboration collectives, puis aux décisions. Cela implique que chacun ait toutes les possibilités matérielles – à commencer par le temps ! – de s’informer et de consacrer du temps à cette élaboration collective.

Le vote est bien sûr indispensable au fonctionnement démocratique. Mais choisir et formuler les questions à trancher, cela doit aussi être mis en place de façon démocratique. Autrement dit, la démocratie n’est pas seulement un processus de décision, mais aussi un processus de libre élaboration collective des différentes possibilités sur lesquelles il faudra, par la suite, faire des choix.

Il s’agit également de garantir l’indépendance des contre-pouvoirs. Enfin, la démocratie, pour fonctionner de façon saine et transparente, a besoin de l’existence d’importants médias fiables et indépendants, et d’un réel pluralisme.

Une véritable démocratie s’oppose forcément aux fonctionnements hiérarchiques. Il s’agit de construire collectivement une société permettant le libre épanouissement de tous et de chacun, une société déterminée démocratiquement et de façon autonome, autogérée.

En plus de permettre la satisfaction des revendications actuelles, une mobilisation massive et dans la durée, n’hésitant pas à s’en prendre au système lui-même, pourrait permettre un vaste mouvement de démocratisation, de libération, et d’émancipation.

La démocratie reste un projet d’avenir !

 

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1 Cela sans compter le fait qu’il faudrait étendre considérablement le champ des citoyens, aux « étrangers » résidents, notamment.

2 La spécialisation du pouvoir s’opposant, de toute façon, aux valeurs démocratiques.

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