Scènes d’une société en crise(s)

En Tunisie la révolution se poursuit, avec des soubresauts et des évolutions pour le moment incertaines, mais en Égypte et en Libye c’est la contre-révolution qui a pour le moment pris le dessus. C’est la guerre civile qui fait maintenant rage en Libye, sur laquelle se greffe une intervention militaire étrangère sous le commandement de l’OTAN1. Pour notre part, nous sommes pour le succès d’un mouvement révolutionnaire émancipateur en Libye, mené par les travailleurs, les chômeurs et les jeunes – comme en Tunisie et en Égypte – pour renverser la dictature et mettre en place une véritable démocratie sociale. L’émancipation ne se conquiert pas à coup de bombardements aériens.

Rappelons que Kadhafi avait été reçu à Paris avec tous les honneurs en décembre 2007 par Sarkozy et des grands patrons français2, et que les armes qu’il utilise pour abattre les révoltés lui ont été en partie vendues par la france. Si les États, qui disent qu’ils font actuellement la guerre contre la dictature, avaient commencé par ne pas vendre d’armes aux dictateurs, la situation serait déjà différente…

Dans un rapport récent, le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) indique que la france est le quatrième exportateur mondial d’armements (derrière les États-Unis, la Russie et l’Allemagne). Les exportations d’armements ont globalement augmenté de 24 % sur la période 2006-2010 par rapport à la période 2001-2005. Autrement dit : voilà un secteur économique intégralement nuisible, mais qui ne connait pas la récession. Le SIPRI ajoute que « ce sont principalement les producteurs européens qui recherchent des opportunités d’exportations, et qui sont, en plus, soutenus par leurs gouvernements via des aides à l’exportation. C’est par exemple le cas des firmes d’armement anglaises, françaises, italiennes et suédoises »3. Autrement dit : voilà de l’argent public gaspillé à aider des entreprises qui ne sont pas dans le besoin et qui vont frontalement à l’encontre des intérêts de l’humanité.

Dans un autre domaine, selon un économiste qui découvre la poudre il y aurait actuellement en france un « fort décalage entre l’euphorie des chefs d’entreprise et le pessimisme renforcé des ménages »4. Cet individu ne va tout de même pas jusqu’à nous dire que cette différence de perception vient d’une différence très réelle de situation. Et naturellement, il ne dira surtout pas que c’est précisément parce que ça va mal pour les travailleurs que ça va bien pour les patrons…

Comme l’écrivait Victor Serge, « le conflit est entre la peur et la conscience. » Même si les résultats de l’extrême-droite lors des élections cantonales de mars ne sont heureusement pas aussi massifs qu’on a voulu le dire, puisqu’il faut tenir compte de l’abstention (55,7 % au premier tour et 3 % de votes blancs ; 55,2 % au deuxième tour et 3,2 % de votes blancs), force est malgré tout de constater que la peur fait son chemin. Entre les deux tours, le ministre de l’Intérieur annonçait pour 2011 un « objectif » de 28 000 expulsions de sans-papiers, tout en précisant que ce chiffre n’était qu’un minimum et qu’il faudrait essayer de le dépasser… « Diviser pour mieux régner » : on connaît l’objectif de ces politiques détestables. Ce véritable Parti de la peur, qui se manifeste au travers de politiques et discours xénophobes, est initié par divers éléments de la classe dominante – y compris des membres du gouvernement. La solidarité mondiale des travailleurs se doit de s’y opposer avec plus de force, pour mettre fin à toutes les formes de tentatives réactionnaires.

Des mouvements se manifestent effectivement, mais de façon non-coordonnée au niveau européen, et donc à des dates différentes. Le 19 mars à Lisbonne, ce sont 200.000 manifestants qui ont dénoncé l’austérité budgétaire et le chômage, et ont demandé des hausses de salaire. Quelques jours plus tard, le premier ministre portugais José Sócrates a annoncé sa démission après que le parlement ait refusé son nouveau plan de réduction budgétaire ; des élections anticipées auront lieu début juin. Quel qu’en soit le résultat, tout nouveau gouvernement appliquera les mêmes orientations anti-sociales, et ne trouvera toujours pas la formule impossible permettant de stabiliser le capitalisme au profit des travailleurs – il n’est pas fait pour ça et ne peut parvenir à ce résultat, surtout en période de crise.

Le 26 mars à Londres, près de 500.000 manifestants se sont opposés à la politique gouvernementale d’austérité budgétaire et d’attaques contre les services publics. Il s’agit de la manifestation la plus massive à Londres depuis 8 ans (mouvement contre la guerre en Irak).

Manifestation à Londres le 26 mars 2011

 

Même si certains nous annoncent la fin de la crise capitaliste – certains le prétendent depuis 2008 ! – en réalité les travailleurs continuent à la subir, sous diverses formes et intensités. Il est plus que jamais nécessaire de riposter, d’unifier les mobilisations existantes, et de passer de la lutte contre les effets de la crise à la lutte contre ses causes : les rapports de production capitalistes.

Au Japon, le tremblement de terre du 11 mars a provoqué un tsunami meurtrier, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts. A Haïti, depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010 non seulement presque rien n’est encore reconstruit, mais la majorité des ruines n’ont même pas encore été déblayées. L’aide promise par les pays riches n’est pas totalement arrivée, et la population vit toujours dans des conditions tragiques.

En plus de la catastrophe naturelle que vient de subir le Japon, il y a les conséquences sur la centrale nucléaire de Fukushima : cette catastrophe nucléaire montre une nouvelle fois les dangers immenses liés à l’utilisation de cette source d’énergie. Sortir du nucléaire est une nécessité, qui exige une volonté claire et des décisions fermes. Ce n’est pas en espérant vainement que le capitalisme puisse un jour devenir « écolo » ou « responsable » que l’on pourra faire avancer les choses ; le capitalisme n’existe que par l’exploitation des êtres humains et des ressources naturelles, que pour extraire du profit de préférence à court terme. C’est en changeant de mode de production qu’une solution existe.

La situation appelle donc l’émergence d’une autre organisation sociale, radicalement différente, transformant tant la vie quotidienne que les rapports mondiaux, créant un nouveau mode de production – qu’on l’appelle socialiste, communiste ou autrement – et abolissant les États et les frontières. L’alternative n’existe nulle part « au dehors » ; elle ne peut être construite et inventée que par les travailleurs, les chômeurs et les jeunes du monde entier.

1 L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord est une structure militaire créée en 1949 dans le cadre de la Guerre froide, qui regroupe notamment les États-Unis, la france, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Italie, etc.

2 Voir « Sarkozy et la dictature », texte de Démocratie Communiste – Luxemburgiste, 14 décembre 2007 : http://democom.alice.red/sarkodictature.htm

3 Communiqué de presse du 14 mars 2011, sur www.sipri.org .

4 Propos de Marc Touati, dépêche AFP du 25 mars 2011, publiée entre autres par www.liberation.fr .