Le léninisme et la révolution russe

Pour le mar­xisme l’histoire doit être ana­ly­sée et cri­ti­quée : c’est la « concep­tion maté­ria­liste et cri­tique »[1]de l’histoire. Connaître l’histoire ne doit pas ser­vir à répé­ter des for­mules ou des recettes, mais à com­prendre les événe­ments et à ne pas com­mettre les mêmes erreurs. Notre but est donc de com­prendre l’action du léni­nisme dans la révo­lu­tion russe, et ainsi d’approcher la nature pra­tique, réelle, de cette doctrine.

Contrai­re­ment aux léni­nistes, il ne s’agit pas pour nous de défendre tel cou­rant ou telle per­sonne, et décla­rer que tout ce qu’il a fait et dit était juste et par­fait. Un tel cou­rant « par­fait » n’existe pas dans la révo­lu­tion russe, et cer­tai­ne­ment dans aucune révolution.

La prise du pou­voir d’octobre 1917

Le mythe répété reli­gieu­se­ment est clair : en octobre 1917, les bol­che­viks auraient fait une « révo­lu­tion ». Encore plus fort, cette « révo­lu­tion » d’octobre aurait été une « révo­lu­tion socia­liste », voire une « révo­lu­tion marxiste » !

Il est donc néces­saire de rap­pe­ler ici une des bases du mar­xisme : le volon­ta­risme poli­tique ne peut pas se sub­sti­tuer à l’action consciente des masses elles-mêmes. L’action poli­tique ne peut en aucun cas rem­pla­cer l’action sociale.

Ce qui a eu lieu en octobre 1917 en Rus­sie, c’est une prise du pou­voir par un parti, le parti bol­che­vik. Lénine écrit en sep­tembre 1917 au comité cen­tral bol­che­vik : « les bol­ché­viks peuvent et doivent prendre en mains le pou­voir. »[2] C’est franc : pour Lénine, c’est bien aux bol­che­viks seuls de prendre le pouvoir.

Juste après le coup bol­che­vik, Trotsky le dit sans ambi­guïté : « L’habitant dor­mait tran­quille­ment et ne savait pas que, pen­dant ce temps, un pou­voir était rem­placé par un autre. »[3] Aucun rap­port, donc, avec une révo­lu­tion populaire.

D’où vient alors la confu­sion ? D’abord la Rus­sie était en révo­lu­tion depuis février 1917, cette révo­lu­tion ayant ren­versé le tsa­risme, mais n’arrivant pas à se trou­ver un nou­veau régime, bien que l’aspiration popu­laire soit clai­re­ment pour une véri­table démo­cra­tie. Le « coup d’Etat d’octobre »[4] n’a été qu’un des événe­ments de la révo­lu­tion russe, mais des décen­nies de pro­pa­gande et de contre-vérités ont fait confondre ce putsch mené de nuit avec la révo­lu­tion russe, qui est un événe­ment bien plus vaste où les masses ont joué un rôle primordial.

Après octobre, le pou­voir est exercé par un « Conseil des com­mis­saires » dirigé par Lénine (qui n’a jamais été membre d’un soviet), et en pra­tique encore plus par la petite direc­tion bolchevique.

La pra­tique du pou­voir léniniste

L’échec des gou­ver­ne­ments pro­vi­soires de février à octobre 1917 a consti­tué le ter­reau du déve­lop­pe­ment des bol­che­viks. Mais il ne fau­dra que quelques semaines pour que les bol­che­viks fassent sur plu­sieurs points les mêmes renie­ments que les gou­ver­ne­ments pro­vi­soires (les simi­li­tudes sont évidentes concer­nant le réta­blis­se­ment de la peine de mort, ainsi que le renon­ce­ment à la Constituante).

La volte-face de Lénine est ainsi résu­mée par Boris Sou­va­rine en 1935 : « Après avoir demandé aux socia­listes au pou­voir la liberté au nom de leurs prin­cipes, il la leur refu­sait au nom de sa tac­tique. »[5] Sou­va­rine pour­suit : « Dans la mesure où ils théo­risent la ter­reur, Lénine et Trotsky entrent en contra­dic­tion avec la pen­sée mar­xiste dont ils se croient les fidèles inter­prètes. Ils n’ont su que répondre quand on leur oppo­sait Engels pour qui la ter­reur est “la domi­na­tion de gens eux-mêmes ter­ro­ri­sés”, faite de “cruau­tés inutiles com­mises pour se ras­su­rer par des gens qui ont peur eux-mêmes”. Opi­nion nul­le­ment for­tuite confir­mée par Marx »[6].

Rosa Luxem­burg constate en sep­tembre 1918 que le pou­voir bol­che­vik a fait « preuve du mépris le plus gla­cial à l’égard de l’Assemblée consti­tuante, du suf­frage uni­ver­sel, de la liberté de la presse et de réunion, bref de tout l’appareil des liber­tés démo­cra­tiques fon­da­men­tales des masses popu­laires »[7]. Cette poli­tique des bol­che­viks consti­tue l’inverse de ce qui est indis­pen­sable selon le mar­xisme, ce que rap­pelle Luxem­burg quand elle en appelle à « la vie poli­tique active, libre, éner­gique, de larges masses popu­laires »[8], à « la démo­cra­tie la plus large et la plus illi­mi­tée »[9], à « une vie inten­sé­ment active des masses dans une liberté poli­tique illi­mi­tée »[10].

Moins d’un an après le coup d’Etat bol­che­vik, Rosa Luxem­burg constate que « sans l’action inter­na­tio­nale de la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne », le régime russe doit « inévi­ta­ble­ment tom­ber dans un tour­billon de contra­dic­tions et d’erreurs »[11], ce que l’histoire a ample­ment confirmé.

Luxem­burg déplore « les 200 vic­times expia­toires de Mos­cou », et « la ter­reur et l’écrasement de la démo­cra­tie »[12]. Les 200 vic­times dont il est ques­tion étaient 200 mili­tants socialistes-révolutionnaires de gauche, qui avaient été exé­cu­tés à Mos­cou par le pou­voir bol­che­vik en juillet 1918. Rosa Luxem­burg avait été très affec­tée par cette répres­sion, comme en témoigne cet extrait de sa cor­res­pon­dance : « règne au vrai tout autour de moi un cli­mat de fin du monde. Peut-être sont-ce spé­cia­le­ment les 200 “exé­cu­tions d’otages” de Mos­cou que j’ai lues hier dans le jour­nal, qui m’ont affec­tée de la sorte… »[13]

Selon Luxem­burg le pou­voir léni­niste est « un gou­ver­ne­ment de cote­rie — une dic­ta­ture, il est vrai, non celle du pro­lé­ta­riat, mais celle d’une poi­gnée de poli­ti­ciens, c’est-à-dire une dic­ta­ture au sens bour­geois, au sens de la domi­na­tion jaco­bine »[14]. Lénine se reven­dique lui-même de « l’exemple » du gou­ver­ne­ment jaco­bin, et en 1920 il recon­naît que le régime n’est dirigé que par quelques chefs bol­che­viks : « la plus authen­tique “oli­gar­chie” »[15] selon ses propres mots.

Sur le plan écono­mique, les bol­che­viks mettent en place les méthodes d’exploitation capi­ta­liste : « salaire aux pièces » et « sys­tème Tay­lor »[16], notam­ment.

Le 29 avril 1918 Lénine déclare au comité exé­cu­tif cen­tral de Rus­sie : « Eta­blir à pré­sent le capi­ta­lisme d’Etat, c’est appli­quer le recen­se­ment et le contrôle qu’appliquaient les classes capi­ta­listes. »[17] En mai 1918, Lénine confirme que son but est d’« orga­ni­ser la grande pro­duc­tion à l’échelle de l’Etat, sur les bases du capi­ta­lisme d’Etat » ! Il s’agit là d’un point cen­tral pour com­prendre le léni­nisme : la mise en place dès 1918 du capi­ta­lisme d’Etat (pers­pec­tive qui était aupa­ra­vant una­ni­me­ment condam­née par les mar­xistes, et qui était désor­mais reven­di­quée et appli­quée par Lénine). Ce sys­tème écono­mique sera par la suite appli­qué par l’ensemble des régimes d’inspiration léniniste.

Dans le même article, Lénine ajoute : « notre devoir est de nous mettre à l’école du capi­ta­lisme d’Etat des Alle­mands, de nous appli­quer de toutes nos forces à l’assimiler, de ne pas ména­ger les pro­cé­dés dic­ta­to­riaux pour l’implanter en Rus­sie »[18]. Rosa Luxem­burg n’eut pas connais­sance de cet éloge par Lénine du sys­tème qu’elle avait tant com­battu, qu’avaient dure­ment subi des mil­lions de pro­lé­taires en Alle­magne, et que main­te­nant un « mar­xiste » vou­lait… copier. Lénine a donc, effec­ti­ve­ment, appli­qué le sys­tème écono­mique de la monar­chie alle­mande, et l’a fait avec les méthodes de la monar­chie allemande.

Au bout de trois ans, en avril 1921, Lénine per­sis­tait dans sa défense du capi­ta­lisme d’Etat : « Puisque nous ne sommes pas encore en état de réa­li­ser le pas­sage immé­diat de la petite pro­duc­tion au socia­lisme, le capi­ta­lisme est, dans une cer­taine mesure, inévi­table […] aussi devons-nous l’utiliser (sur­tout en l’orientant dans la voie du capi­ta­lisme d’Etat) »[19]. Décou­vrant au prin­temps 1921, trois ans et demi après la prise du pou­voir, que le capi­ta­lisme est inévi­table étant donné l’état de déve­lop­pe­ment de la Rus­sie, Lénine décide néan­moins de se main­te­nir comme chef d’un Etat capi­ta­liste. Seule modi­fi­ca­tion du sys­tème écono­mique : la NEP, qui consiste en l’injection d’une dose de capi­ta­lisme privé au sein du capi­ta­lisme d’Etat, lequel reste mal­gré tout la base du mode de pro­duc­tion de la Rus­sie léniniste.

Le 28 mars 1922 à la tri­bune du congrès du parti bol­che­vik, il recon­naît encore que l’économie russe est un capi­ta­lisme d’Etat, et il déclare que « le capi­ta­lisme d’Etat […] c’est un capi­ta­lisme toléré par nous », ajou­tant : « le capi­ta­lisme d’Etat est toléré par notre Etat pro­lé­ta­rien : or, l’Etat, c’est nous. Si nous nous y sommes mal pris, nous sommes les cou­pables, inutile d’en cher­cher d’autres ! ». Au delà de la for­mule absurde « Etat pro­lé­ta­rien », Lénine emprunte ici à Louis XIV sa concep­tion de l’Etat (« l’Etat, c’est moi »), le sou­ve­rain russe s’associant cepen­dant la direc­tion du parti bol­che­vik en un « l’Etat, c’est nous » qui pousse le renie­ment jusqu’au ridicule.

Enfin, Lénine affirme qu’il ne veut pas d’un « débat sur la façon dont les pro­fes­seurs alle­mands com­pre­naient le capi­ta­lisme d’Etat et dont nous le com­pre­nons. Depuis lors, nous avons subi bien des épreuves et il n’y a abso­lu­ment aucune rai­son de regar­der en arrière »[20]. Et pour cause : un « regard en arrière » per­met­trait de s’apercevoir que les mar­xistes et les autres socia­listes ont tou­jours rejeté le capi­ta­lisme d’Etat ; et les épreuves russes ne jus­ti­fient en rien qu’au nom du « socia­lisme » soit menée une poli­tique capitaliste.

Faire de néces­sité vertu est une chose, déjà peu accep­table pour un mar­xiste, mais men­tir de façon aussi nette pour cou­vrir ce retour­ne­ment en est une autre, encore plus grave. C’est ce men­songe sur lequel est bâti la légende de l’« URSS socia­liste » — alors que c’était en réa­lité l’inverse : l’URSS capi­ta­liste d’Etat. En effet, les rap­ports de pro­duc­tion y ont du début à la fin été basés sur le tra­vail sala­rié, la forme mar­chan­dise, et le capi­tal. Ces trois éléments sont décrits par Karl Marx dans Le Capi­tal comme les trois bases du capitalisme.

Fin 1922 encore, Lénine affirme : « l’instauration du capi­ta­lisme d’Etat dans notre pays n’est pas aussi rapide que nous le vou­drions. […] si le capi­tal étran­ger ne par­ti­cipe pas au déve­lop­pe­ment de notre écono­mie on ne peut espé­rer la réta­blir rapi­de­ment. »[21]

Comme l’écrivit le mar­xo­logue Maxi­mi­lien Rubel : « En Rus­sie, Lénine, son parti et la bureau­cra­tie assu­mèrent le rôle dévolu par­tout ailleurs à la bour­geoi­sie […] Cette écono­mie pré­ten­du­ment socia­liste n’est autre qu’une forme par­ti­cu­lière du type de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion déjà décrit dans le troi­sième livre du Capi­tal : le capi­ta­lisme direc­to­rial, variété du capi­ta­lisme privé sur­gie grâce à l’expropriation des petites entre­prises et à leur absorp­tion dans des oli­go­poles et mono­poles. »[22].

L’exploitation du tra­vail contraint étant res­tée la règle sous le régime léni­niste, les tra­vailleurs russes sont donc res­tés exploi­tés de la même façon. La pro­duc­tion était diri­gée par la nou­velle classe domi­nante : la bureau­cra­tie d’Etat (laquelle n’était pas plus élue que les pos­ses­seurs du capi­tal en régime de capi­ta­lisme privé). Les pri­vi­lé­giés de cette classe diri­geante obte­naient leurs pri­vi­lèges écono­miques par l’exploitation de la majo­rité, tout comme les autres classes capi­ta­listes dans les autres formes d’économies capitalistes.

Déjà, en renon­çant à la démo­cra­tie, les léni­nistes renon­çaient de fait à toute ten­dance vers le socia­lisme. Lénine tenta en 1920 de jus­ti­fier son « pou­voir per­son­nel », par ces pro­pos clai­re­ment oppo­sés au mar­xisme : « la volonté d’une classe est par­fois réa­li­sée par un dic­ta­teur, qui par­fois fait à lui seul davan­tage et est sou­vent plus néces­saire. »[23] Dif­fi­cile d’être plus clair, et de renier encore plus la pen­sée de Marx.

Au niveau de l’appareil répres­sif d’Etat, la tchéka s’est déve­lop­pée dès les pre­miers mois du pou­voir léni­niste, se com­por­tant en conti­nua­trice de l’okhrana (la ten­ta­cu­laire police poli­tique tsa­riste). Le schéma de la conti­nuité du tsa­risme par le régime léni­niste est pour l’essentiel le même concer­nant les camps de prisonniers.

Avec la sup­pres­sion de la liberté de la presse et de la démo­cra­tie poli­tique (qui étaient des conquêtes de la révo­lu­tion des masses de 1917), ainsi qu’avec le main­tien de la répres­sion, Lénine renie ses pro­messes anté­rieures. C’est cet ensemble de renie­ments que des géné­ra­tions de léni­nistes ont approuvé.

Le 30 décembre 1922, Lénine estime que l’appareil de l’Etat russe est « emprunté au tsa­risme »[24], luci­dité dont l’immense majo­rité de ses « dis­ciples » seront incapables.

Concer­nant le sou­lè­ve­ment de Krons­tadt de février-mars 1921, on se limi­tera ici à citer quelques éléments rele­vés par Boris Sou­va­rine en 1935, soit avant que la contro­verse concer­nant Trotsky ne se déclenche[25] : « Le mou­ve­ment de reven­di­ca­tion des ouvriers et des marins, d’aspect abso­lu­ment paci­fique à l’origine, cor­res­pon­dait à l’agitation du pro­lé­ta­riat de Pétro­grad excédé de pri­va­tions, de décep­tions et des bru­ta­li­tés de la “com­mis­sa­ro­cra­tie”. […] Si les mate­lots et les ouvriers de Crons­tadt avaient ourdi un com­plot ou dressé un plan, ils eussent attendu le dégel qui ren­drait leur for­te­resse impre­nable et met­trait Pétro­grad sous le tir de la flotte. Mais ils espé­raient gain de cause par la seule puis­sance de leur droit et grâce à la soli­da­rité de la Rus­sie labo­rieuse. […] ils se savaient les inter­prètes des doléances popu­laires. Leur can­deur poli­tique reste hors de doute comme leur fidé­lité à la révo­lu­tion. Mais le lourd “appa­reil” du parti bol­ché­viste n’était déjà plus sen­sible à la pureté des meilleures inten­tions. […] Par une sinistre iro­nie de l’histoire, la Com­mune de Crons­tadt périt le 18 mars 1921, cin­quan­tième anni­ver­saire de la Com­mune de Paris. »[26]

Une pra­tique ossi­fiée en… « théorie »

D’un point de vue théo­rique, Lénine était ins­piré par Ple­kha­nov et Kautsky, bien plus que par Marx ou Engels. Il ne fut par ailleurs jamais lui-même un théo­ri­cien et, avant de deve­nir chef d’Etat, ne fut pas consi­déré comme tel. Il a fallu tout le pou­voir de per­sua­sion de l’Etat qu’il diri­geait pour réus­sir à faire croire à un « Lénine théo­ri­cien » voire, plus absurde encore, à un « Lénine théoricien marxiste » !

Sui­vant Lénine, les prin­ci­paux diri­geants bol­che­viks (Trotsky, Zino­viev, Sta­line, Bou­kha­rine…) avaient des for­mules jus­ti­fiant la situa­tion poli­tique et écono­mique qu’ils menaient en Rus­sie, cela au nom du « mar­xisme » — men­tant ou se four­voyant ainsi de façon gro­tesque. Le léni­nisme s’est sou­vent pré­senté comme étant « le mar­xisme », contri­buant ainsi à recou­vrir le mar­xisme de dog­ma­tisme, de nom­breux mythes, et d’innombrables défor­ma­tions. En « rem­pla­çant » le mar­xisme, le léni­nisme a ainsi par­ti­cipé à l’ignorance très répan­due vis-à-vis du mar­xisme réel, abou­tis­sant à la situa­tion — qui per­dure aujourd’hui encore — où le mar­xisme n’est le plus sou­vent « connu » qu’au tra­vers de quelques for­mules vidées de leur sens, voire absentes des écrits de Marx.

Le léni­nisme appli­quant la « real­po­li­tik », les divers cou­rants léni­nistes se sont nour­ris de cet oppor­tu­nisme, allant jusqu’à croire que ce serait une qua­lité… « mar­xiste » ! Loin de la rigueur et de l’esprit cri­tique mar­xiste, le léni­nisme fonc­tionne à base de sen­tences aussi défi­ni­tives que fausses, de juge­ments aussi arrê­tés qu’inexacts, d’argumentaires aussi pauvres qu’insultants.

La base du léni­nisme, ce « volon­ta­risme poli­tique » se sub­sti­tuant à la libre œuvre éman­ci­pa­trice des masses, consiste dans une foi irra­tion­nelle en un gou­ver­ne­ment « socia­liste », natu­rel­le­ment dirigé par des léni­nistes, qui mène­rait la trans­for­ma­tion sociale. En vérité, un gou­ver­ne­ment « socia­liste » ne per­met en aucun cas un pas­sage au socia­lisme. C’est seule­ment un mou­ve­ment popu­laire mas­sif qui peut bou­le­ver­ser les struc­tures de la société, pas­sant d’une société hiérarchique-capitaliste à une société démocratique-socialiste, par la vic­toire du champ social sur les champs écono­mique et politique.

Igno­rant cette réa­lité, on retrouve la même illu­sion d’un « gou­ver­ne­ment socia­liste » chez Lénine comme chez Ebert en Alle­magne à la même époque, et fina­le­ment la même tra­hi­son dans les deux cas (que cette tra­hi­son se fasse en conscience ou « mal­gré eux » étant une autre question).

Des bol­che­viks contre le léninisme

Même chez les bol­che­viks, dès le début nom­breux sont ceux qui s’opposent à telle ou telle des fautes de Lénine : Vic­tor Serge rap­pel­lera « la lutte de Maxime Gorki contre la Ter­reur, l’insistance de Ria­za­nov à récla­mer l’abolition de la peine de mort, les efforts de Kamé­nev en vue de sau­ve­gar­der un mini­mum de liberté pour la pen­sée impri­mée »[27].

Par la suite, des cou­rants, ten­dances ou frac­tions s’opposent encore à la concep­tion léni­niste ou à cer­tains de ses aspects : les com­mu­nistes de gauche de la revue Le Com­mu­niste au prin­temps 1918, l’Opposition Ouvrière à par­tir de 1919, le Groupe du Cen­tra­lisme Démo­cra­tique (dit « déciste »), la Vérité Ouvrière, le Groupe Ouvrier de Mias­ni­kov… Mais l’interdiction des ten­dances par le congrès bol­che­vik en mars 1921 empêche cette contes­ta­tion de s’exprimer libre­ment, et elle devient essen­tiel­le­ment clan­des­tine[28].

Anton Ciliga, com­mu­niste you­go­slave anti-stalinien arrêté en URSS en 1930, a côtoyé des mili­tants bol­che­viks empri­son­nés appar­te­nant aux dif­fé­rents cou­rants d’opposition. Il explique notam­ment les posi­tions du Groupe Ouvrier, qui « entra en guerre dès le début contre les concepts léni­nistes de la “dic­ta­ture du parti”, et de l’organisation bureau­cra­tique de la pro­duc­tion » ; pour ce Groupe, « le socia­lisme ne peut être qu’une œuvre de libre créa­tion des tra­vailleurs. Tan­dis que ce que l’on édifiait par la contrainte, en lui don­nant le nom de socia­lisme, ne fut pour eux, dès le début, qu’un capi­ta­lisme bureau­cra­tique d’Etat. »[29]. L’ouvrier « déciste » Pro­co­pé­nia estime que « Lénine, à la fin de sa vie, per­sis­tait à se méfier des masses ouvrières »[30]. Ciliga estime pour sa part que « dès l’instant où l’édifice ancien se fut écroulé et où Lénine prit le pou­voir, le divorce tra­gique com­mença entre lui et les masses »[31].

Les faits désa­vouent les deux mythes cen­traux concer­nant le léni­nisme, qui disent que ce serait un cou­rant « mar­xiste » et « ouvrier ». En réa­lité, au sein même du parti bol­che­vik les très rares ouvriers asso­ciés à la direc­tion s’opposèrent tous à Lénine (Chliap­ni­kov, Sapro­nov, Lou­to­vi­nov) ; de même concer­nant le seul véri­table spé­cia­liste de Marx parmi les bol­che­viks : David Ria­za­nov[32].

Le léni­nisme après Lénine

La pro­pa­gande men­son­gère menée par la presse de droite et d’extrême-droite, avec ses cli­chés anti-communistes et anti-marxistes, a contri­bué à légi­ti­mer le léni­nisme : de nom­breux mili­tants de gauche ont, en réac­tion, défendu le régime bol­che­vik, qui était dans ce cas atta­qué pour des rai­sons abso­lu­ment fausses, sur la base d’arguments fallacieux.

Plus tra­gique encore, la répres­sion anti-communiste des dic­ta­tures d’extrême-droite, tou­chant tant les com­mu­nistes réels que les sta­li­niens, contri­bua à faire pas­ser les dif­fé­rences fon­da­men­tales au second plan, ame­nant au fait que des diri­geants du Komin­tern sont deve­nus des vic­times aux côtés de véri­tables tenants du mar­xisme et de la démocratie.

La guerre civile menée par les « blancs », en rédui­sant l’alternative poli­tique à seule­ment tsa­risme ou bol­che­visme, a donné une légi­ti­mité aux bol­che­viks comme oppo­si­tion au régime d’avant février 1917 — fai­sant oublier que février aurait pu débou­cher sur un autre résul­tat, plus conforme aux aspi­ra­tions des masses (même s’il est évident que ce régime se serait égale­ment trouvé face à de nom­breuses dif­fi­cul­tés). En réa­lité dans les pre­mières années du pou­voir léni­niste, même au niveau des pou­voirs concur­rents on trouve certes des tsa­ristes et des bol­che­viks, mais aussi des groupes de pay­sans indé­pen­dants, ainsi que des gou­ver­ne­ments locaux men­che­viks, socialistes-révolutionnaires, ou encore anar­chistes. S’ajoutent à cela les SR de gauche, les bol­che­viks oppo­si­tion­nels, et les pos­si­bi­li­tés de coa­li­tions (l’idée d’une coa­li­tion de tous les socia­listes avait ren­con­tré de nom­breux avis favo­rables au cours du 2e semestre 1917, mais elle fut reje­tée par Lénine).

La direc­tion léni­niste de l’Etat russe n’est évidem­ment pas seule res­pon­sable de la sté­ri­li­sa­tion de la vie poli­tique russe après octobre 1917, mais sa res­pon­sa­bi­lité ne sau­rait être minimisée.

Par la suite, on peut par­ler de divers léni­nismes : en fait essen­tiel­le­ment le trots­kisme et le bor­di­guisme — le sta­li­nisme, et son dérivé le maoïsme, bien que se reven­di­quant du léni­nisme, sont des cou­rants décom­po­sés et oppor­tu­nistes qu’il est dif­fi­cile de rat­ta­cher réel­le­ment au léni­nisme en tant que doc­trine. Après Lénine, c’est offi­ciel­le­ment au nom du « léni­nisme » que va être diri­gée l’URSS, mais c’est en réa­lité le sta­li­nisme qui va s’imposer.

L’étatisme inté­gral est ins­tauré avec le pre­mier plan quin­quen­nal en 1928, et l’étatisation de l’agriculture en 1929 (qu’on trouve encore par­fois dési­gnée comme « col­lec­ti­vi­sa­tion », qui était le terme uti­lisé par la dés­in­for­ma­tion sta­li­nienne). L’exploitation sala­riale est sys­té­ma­ti­sée dans les cam­pagnes par les sov­khozes et kol­khozes, qui sont des sys­tèmes d’étatisation de la pay­san­ne­rie[33]. A par­tir de 1935, la doc­trine du sta­kha­no­visme ren­força encore l’exploitation des salariés.

Il est évident à par­tir de ces faits que la logique du sta­li­nisme était de « n’invoquer le socia­lisme que pour en illus­trer l’antithèse. »[34]

Fer­nand Loriot écri­vait en 1929 que pour « les pseudos-communistes » de l’IC et du PC, « l’ennemi n’est plus, depuis long­temps, le capi­ta­liste, c’est l’ouvrier syn­di­qué, c’est l’ouvrier com­mu­niste lui-même, s’ils ne sont pas sta­li­nistes. »[35]

En 1936, l’écrivain André Gide rap­porta ses obser­va­tions sur l’URSS sta­li­nienne. Il écrit notam­ment :  « Qu’il y ait diver­gence de l’idéal pre­mier, voici qui ne peut être mis en doute. » Obser­vant en par­ti­cu­lier la situa­tion poli­tique, il constate : « Dic­ta­ture, évidem­ment ; mais celle d’un homme, non plus celle des pro­lé­taires unis, des Soviets. Il importe de ne point se leur­rer, et force est de recon­naître tout net : ce n’est point là ce qu’on vou­lait. Un pas de plus et nous dirons même : c’est exac­te­ment ceci que l’on ne vou­lait pas. » Ces obser­va­tions faites, Gide conclue que « Les erreurs par­ti­cu­lières d’un pays ne peuvent suf­fire à com­pro­mettre la vérité d’une cause inter­na­tio­nale, uni­ver­selle. Le men­songe, fût-ce celui du silence, peut paraître oppor­tun, et oppor­tune la per­sé­vé­rance dans le men­songe, mais il fait à l’ennemi trop beau jeu, et la vérité, fût-elle dou­lou­reuse, ne peut bles­ser que pour gué­rir. »[36]

Au delà du sta­li­nisme, qui consti­tue en quelque sorte la tra­hi­son d’une tra­hi­son, s’est égale­ment formé le trotskisme, comme conti­nua­tion du léni­nisme. L’intervention de Trotsky au 13e congrès bol­che­vik, en mai 1924, est révé­la­trice : « Per­sonne d’entre nous ne veut ni ne peut avoir rai­son contre son parti. En défi­ni­tive, le parti a tou­jours rai­son »[37]. Le trots­kisme a ainsi conservé telles quelles les tares du léni­nisme, alors que le sta­li­nisme les a aggra­vées jusqu’à l’extrême, tout en ajou­tant de nou­veaux crimes, de nou­velles tra­hi­sons, et de nou­veaux « emprunts » à la dic­ta­ture tsariste.

Les léni­nistes sont essen­tiel­le­ment dans un rap­port d’imitation par rap­port à la révo­lu­tion russe ; il fau­drait selon eux prendre exemple sur ce qu’y ont fait les bol­che­viks. Une pers­pec­tive mar­xiste se doit au contraire d’analyser et de tirer toutes les leçons des mul­tiples erreurs et renon­ce­ments du pou­voir léni­niste, et ce dès les pre­mières années.

Le léni­nisme est la théo­rie d’un parti « d’élite », auto-proclamé, qui cherche à prendre le pou­voir au nom de la classe sala­riée, et à sa place.

Mar­xisme ou léni­nisme : il s’agit là d’un choix déci­sif à faire, entre deux concep­tions poli­tiques très différentes.

Signa­lons quelques autres textes, non cités dans cet article :

Rosa Luxem­burg : « Cen­tra­lisme et démo­cra­tie » (1904) ; Alexan­dra Kol­lon­taï : « L’Opposition Ouvrière » (1921) ; Rudolf Rocker : « Les Soviets tra­his par les bol­che­viks » (1921) ; Simon Zagorsky : « Où va la Rus­sie ? Vers le socia­lisme ou vers le capi­ta­lisme ? » (1928) ; Henri Dol­let : « Vive l’unité ! Cri­tique révo­lu­tion­naire de quelques idées fon­da­men­tales du léni­nisme » (1934) ; Anton Pan­ne­koek : « Lénine en phi­lo­sophe » (1938) ; Anton Ciliga : « Dix ans au pays du men­songe décon­cer­tant » (1938) ; Leo­nard Scha­piro : « Les Bol­ché­viques et l’Opposition (1917–1922) — du musel­le­ment des par­tis à l’interdiction des frac­tions dans le parti » (1955) ; Mau­rice Brin­ton : « Bol­she­viks and Wor­kers’ Control, 1917–21 : The State and Counter-revolution » (1970) ; Claude Ber­ger : « Marx, l’association, l’anti-Lénine — vers l’abolition du sala­riat » (1974) ; Socia­lisme Mon­dial : « Com­ment le capi­ta­lisme d’Etat est arrivé en Rus­sie » et « Les Tra­vailleurs en Rus­sie » (1978) ; Rafael Cle­mente : « Lenin, padre del arri­bismo y del opor­tu­nismo » (2007).

Démo­cra­tie Com­mu­niste (Luxem­bur­giste), mars 2008.


[1] Karl Marx, L’Idéologie alle­mande, 1845–1846.

[2] Lénine, Les bol­che­viks doivent prendre le pou­voir, 12–14 sep­tembre 1917, dans Lénine, Œuvres, Edi­tions sociales, tome 26, 1958, p. 10 (sou­li­gné dans l’original).

[3] Rap­port de Trotsky du 25 octobre 1917, repro­duit par Léon Trotsky en 1930 dans Ma Vie, cha­pitre 27 (« La nuit décisive »).

[4] Pour reprendre l’expression employée par Rosa Luxem­burg en sep­tembre 1918 dans La Révo­lu­tion russe. La for­mule « coup d’Etat d’octobre » n’est pas écrite au hasard, puisqu’elle revient à trois reprises dans ce texte assez court : La Révo­lu­tion russe, dans Rosa Luxem­burg, Réforme sociale ou révo­lu­tion ? (et autres textes poli­tiques), Spar­ta­cus, 1997, pp. 155, 164 et 170.

[5] Boris Sou­va­rine, Sta­line — Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, Ivrea, 1992 (pre­mière publi­ca­tion : 1935), p. 191.

[6] Idem, p. 225. Sou­li­gné par nous.

[7] Rosa Luxem­burg, La Révo­lu­tion russe, op. cit., p. 165.

[8] Idem, p. 174.

[9] Idem, p. 179.

[10] Idem, p. 180. Elle résume l’ensemble par un mot d’ordre clair : « acti­vité sociale des masses, liberté poli­tique illi­mi­tée » (Idem, p. 181).

[11] Idem, p. 154.

[12] Idem, p. 170.

[13] Rosa Luxem­burg, lettre du 25 juillet 1918, dans : Rosa Luxem­burg, J’étais, je suis, je serai ! (cor­res­pon­dance 1914–1919), Mas­pero, 1977, p. 351.

[14] Rosa Luxem­burg, La Révo­lu­tion russe, op. cit., p. 179.

[15] Lénine, La Mala­die infan­tile du com­mu­nisme, mai 1920, cha­pitre 6, dans Lénine, Œuvres, Edi­tions sociales, tome 31, 1961, p. 42.

[16] Lénine, Les Tâches immé­diates du pou­voir des soviets, Pravda n° 83, 28 avril 1918, Œuvres, tome 27, 1961, p. 268.

[17] Lénine, Inter­ven­tion au comité exé­cu­tif cen­tral de Rus­sie, 29 avril 1918, Œuvres, tome 27, 1961, p. 305.

[18] Lénine, Sur l’infantilisme “de gauche” et les idées petites-bourgeoises, Pravda n° 88–89-90, 9–11 mai 1918, Œuvres, tome 27, 1961, pp. 355–356 (sou­li­gné dans l’original).

[19] Lénine, L’Impôt en nature, bro­chure éditée en mai 1921, Œuvres, tome 32, 1962, p. 373.

[20] Lénine, Conclu­sions sur le rap­port poli­tique du CC du PC(b)R, 28 mars 1922, Œuvres, tome 33, 1963, pp. 317–319. Dans le même dis­cours, Lénine sou­tient Sta­line (p. 320) — lequel sera nommé secré­taire géné­ral du parti unique à l’issue de ce congrès.

[21] Lénine, A la colo­nie russe d’Amérique du nord, 14 novembre 1922, Œuvres, tome 42, 1969, p. 451.

[22] Maxi­mi­lien Rubel, Le Mythe d’octobre [The rela­tion­ship of Bol­che­vism to Mar­xism, 1968], dans Marx cri­tique du mar­xisme, Payot, 2000, pp. 177–178.

[23] Lénine, Inter­ven­tion au 9e congrès bol­che­vik, 31 mars 1920, Œuvres, tome 30, 1969, p. 489.

[24] Lénine, La ques­tion des natio­na­li­tés ou de l’“autonomie”, 30 décembre 1922, Œuvres, tome 36, 1959, p. 619.

[25] La polé­mique concer­nant la res­pon­sa­bi­lité de Trotsky a été sou­le­vée en 1937 par le révo­lu­tion­naire alle­mand Wen­de­lin Tho­mas ; les articles de Trotsky sur la ques­tion datent de 1937 et de 1938. Trotsky est bel et bien impli­qué dans la répres­sion, même si la res­pon­sa­bi­lité est en fait par­ta­gée col­lec­ti­ve­ment par les diri­geants bolcheviks.

[26] Boris Sou­va­rine, Sta­line — Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., pp. 248–249.

[27] Vic­tor Serge, Le Nou­vel impé­ria­lisme russe [1947], Spar­ta­cus, 1972, p. 40.

[28] Toutes les oppo­si­tions citées ici sont anté­rieures à l’opposition de Trotsky, et sont plus radicales.

[29] Anton Ciliga, Lénine et la révo­lu­tion, Spar­ta­cus, 1947, p. 8.

[30] Idem, p. 9.

[31] Idem, p. 13.

[32] Tous furent arrê­tés, puis assas­si­nés par le pou­voir sta­li­nien dans les années 1930 — sauf Lou­to­vi­nov qui, déses­péré, s’était sui­cidé en 1924.

[33] « En réa­lité un kol­khoze est un orga­nisme étatique qui tend à trans­for­mer les pay­sans en ouvriers agri­coles accom­plis­sant leur tâche par peur des sanc­tions pénales » (Ida Mett, Le Pay­san russe dans la révo­lu­tion et la post-révolution, Spar­ta­cus, 1968, p. 49). Les kol­kho­ziens étaient donc, eux aussi, exploi­tés par la classe bureau­cra­tique d’Etat.

[34] Boris Sou­va­rine, Le Sta­li­nisme, Spar­ta­cus, 1972, p. 30.

[35] Fer­nand Loriot, La Faillite de l’Internationale Com­mu­niste et l’indépendance du mou­ve­ment syn­di­cal [15 novembre 1929], La Révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne n° 95, 1er jan­vier 1930, p. 8.

[36] André Gide, Retour de l’URSS, Gal­li­mard, 1936, pp. 17, 74, 76–77.

Retour de l’URSS et Retouches à mon Retour de l’URSS seront inter­dits en France par les nazis — c’est l’époque du pacte germano-soviétique. Sur la même liste de livres inter­dits et rien que pour Gal­li­mard, on trouve entre autres : Sig­mund Freud, HG Wells, Anton Ciliga, Daniel Gué­rin, Karl Marx… (cf Album NRF, 39e album de La Pléiade, Gal­li­mard, 2000, pp. 132–133).

[37] Cité par B. Sou­va­rine, Sta­line — Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, pp. 315–316.

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