Combattons l’austérité sauce Hollande

Le soir de son élection, le 6 mai dernier, François Hollande a déclaré que ce vote était dirigé contre l’austérité1. Puis, il a tout naturellement appliqué une politique d’austérité – sans employer le mot (et, malgré tout, en supprimant certaines des mesures les plus injustes prises par le gouvernement précédent).

C’est la sauce Hollande : l’accompagnement change, mais le plat d’austérité – qu’on veut nous faire avaler de force – demeure. Loin d’avoir tiré les leçons de la défaite du sarkozysme, la droite poursuit pour sa part sa surenchère déconnectée de la réalité, qui crée de nouvelles tensions.

Mais le problème n’est pas l’individu François Hollande, ou tout autre politicien, ni même les institutions spécifiques de la france ou de l’Union européenne : on retrouve en fait la même situation actuellement partout dans le monde.

Plus largement, la tendance est à la réduction des droits sociaux et des services publics, ce qui était déjà avant la crise l’objectif des partisans du « libéralisme économique »2. Sans intervention des travailleurs pour l’empêcher, les saignées sociales se poursuivront. Le capitalisme est actuellement incapable de proposer une perspective – même socialement contestable ! – de résolution de la crise économique et sociale, dont il est la cause3. Or, la situation est explosive : le chômage est toujours en hausse4, et l’austérité se poursuit contre les classes populaires.

Cette politique violente a des conséquences dramatiques. Le 16 août, la police a tiré sur des mineurs en lutte pour des hausses de salaire en Afrique du Sud, faisant au moins 34 morts, tués au nom du profit. Une fois de plus, le capitalisme tue. Début août, un allocataire du RSA est mort en banlieue parisienne après s’être immolé par le feu dans les locaux de sa CAF, suite à la suspension de son allocation. Les politiques de « chasse aux chômeurs » et de « chasse aux allocataires » ont bel et bien des conséquences comme celle-ci, même si la plupart du temps elles ne sont pas aussi spectaculaires et donc non médiatisées.

De plus, le gouvernement n’a aucune solution face aux nombreux plans de licenciements collectifs qui sont en cours, annoncés, ou à venir. Si elles s’unifient et s’élargissent, les luttes des travailleurs visés pourraient être le point de départ d’une remise en cause plus large du système. Un communiqué commun d’organisations d’extrême gauche5 va dans ce sens. Mais il ne faudrait pas se contenter simplement de communiqués : ces organisations pourraient par exemple impulser la création de comités de lutte unitaires, organisés par zone géographique.

Car une véritable solution ne peut venir que de la base, pour inventer un autre système social. L’organisation actuelle de la société, économique et politique, ne permet pas de sortie prévisible de la situation de crise subie par les classes populaires du monde entier depuis 4 ans. L’alternative pragmatique pour sortir de cette impasse, c’est de prendre nous-mêmes en mains nos affaires.

Dans l’immédiat, il s’agit de lutter contre les mesures d’austérité prises par le gouvernement Hollande-Ayrault. Plus largement, au niveau mondial des voix s’élèvent pour exiger cette mesure générale : cesser de rembourser les dettes, ce qui implique d’abord un véritable rapport de force, et ensuite d’en finir avec le système bancaire lui-même.

Le pacte budgétaire européen, dit aussi « traité Sarkozy-Merkel », qui est désormais soutenu par le gouvernement Hollande-Ayrault, devrait être voté en france début octobre. Il s’agit d’une avancée de plus pour l’austérité. Mais plus fondamentalement, les véritables carcans ne sont pas tel ou tel traité : ce sont le mode de production capitaliste, l’aliénation et l’exploitation par le travail contraint, et l’organisation hiérarchique de la société.

Contre la fausse unification européenne proclamée par les chefs d’Etat, et qui n’est en fait que le prolongement des politiques anti-sociales qu’ils mènent chacun dans leur pays, il nous faut construire une Europe des travailleurs, pour aller vers un monde sans patrie ni frontière.

Les problèmes de fond ne se résoudront pas en changeant de gouvernement, on le voit bien. Une lutte victorieuse ne pourra qu’être révolutionnaire et internationale, pour et par la démocratie sociale.

1 « Dans toutes les capitales, au-delà des chefs de gouvernement et des chefs d’Etat, il y a des peuples qui grâce à nous espèrent, regardent vers nous, et veulent en terminer avec l’austérité. » (discours place de la Bastille).

2 Voir « L’absurdité du « libéralisme économique«  », Critique Sociale n° 3, décembre 2008, pp. 8-10.

3 On pourrait également développer la question écologique, qui apparaît comme impossible à résoudre sans sortir du mode de production capitaliste.

4 Au sein de l’Union européenne, le taux de chômage est passé en un an de 9,6 % à 10,4 % (chiffres Eurostat). Le nombre officiel de chômeurs dans l’UE est de 24 millions.

5 Alternative Libertaire, Fédération Anarchiste, Mouvement des Objecteurs de Croissance, et Nouveau Parti Anticapitaliste, le 11 juillet 2012 : npa2009.org/content/conférence-sociale-communiqué-commun-dal-fa-moc-npa