Les Vies de Boris Souvarine

L’existence de Boris Sou­va­rine est consti­tuée à la fois de fidé­lité à ses prin­cipes, et de rup­tures le plus sou­vent pro­vo­quées par des tra­gé­dies de l’histoire (notam­ment la guerre de 14–18, puis l’émergence du sta­li­nisme). Prin­ci­pal fon­da­teur du Parti Com­mu­niste en 1920, devenu ennemi acharné de Sta­line et de l’URSS de par la défense des mêmes convic­tions, le par­cours et les ana­lyses de l’autodidacte Boris Sou­va­rine sont riches d’enseignements.

[Ce texte a été d’abord publié en bro­chure]

Vers le socia­lisme et le pacifisme

Boris Lif­schitz naît le 5 novembre 1895 en Rus­sie tsa­riste, à Kiev. En 1897 son père, ouvrier, décide d’émigrer avec sa famille vers Paris. La famille Lif­schitz acquiert la natio­na­lité fran­çaise en 1906.

Le jeune Boris com­mence à tra­vailler comme apprenti à l’age de 14 ans. Il y par­tage la condi­tion des tra­vailleurs, et se trouve en phase avec les luttes ouvrières et le mou­ve­ment socia­liste. A cette époque, il assiste à des mee­tings de Jean Jau­rès.

La pre­mière guerre mon­diale consti­tue la pre­mière rup­ture pour Sou­va­rine. Mobi­lisé, il découvre les hor­reurs de la guerre. Evé­ne­ment déci­sif dans son ral­lie­ment au paci­fisme, son frère aîné meurt au front en mars 1915.

Ce trau­ma­tisme contri­bue à son enga­ge­ment poli­tique intense, au sein de l’aile gauche du mou­ve­ment ouvrier, comme mili­tant de la mino­rité res­tée paci­fiste et inter­na­tio­na­liste. Il adhère au Parti socia­liste (SFIO) en 1916, et com­mence à écrire dans le jour­nal des socia­listes mino­ri­taires : Le Popu­laire. Il y signe du pseu­do­nyme qu’il gar­dera toute sa vie : Sou­va­rine, patro­nyme emprunté à un per­son­nage du roman Ger­mi­nal d’Emile Zola.

Libéré de ses obli­ga­tions mili­taires, Boris Sou­va­rine devient jour­na­liste pour plu­sieurs titres de la presse de gauche et d’extrême-gauche. Il y déve­loppe rapi­de­ment un talent d’écriture évident, aussi doué comme polé­miste que comme sub­til obser­va­teur des évène­ments[1].

En 1917, comme l’ensemble des socia­listes, il accueille avec fer­veur la révo­lu­tion de février en Rus­sie, qui ren­verse le tsa­risme. Rus­so­phone, il suit avec atten­tion l’évolution du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire, et sou­tient les mots d’ordre de pou­voir aux soviets et de paix immé­diate. Il devient cor­res­pon­dant pour la Novaïa Jizn (Vie Nou­velle), le jour­nal de Maxime Gorki publié à Pétrograd.

En novembre 1917, suite à la prise du pou­voir par les bol­che­viks et aux pre­mières mesures du nou­veau régime, Sou­va­rine a cette ana­lyse : « Il est à craindre que, pour Lénine et ses amis, la “dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat” doive être la dic­ta­ture des bol­che­viki et de leur chef. Ce pour­rait deve­nir un mal­heur pour la classe ouvrière russe et, par la suite, pour le pro­lé­ta­riat mon­dial. […] Ce que nous vou­lons sou­hai­ter, c’est l’entente entre socia­listes pour l’organisation d’un pou­voir stable, qui soit vrai­ment le pou­voir du peuple et non celui d’un homme »[2].

Mal­gré cette cri­tique ini­tiale par­ti­cu­liè­re­ment lucide, Sou­va­rine va évoluer. Les bol­che­viks sont auréo­lés du mérite d’avoir signé la paix. Or dans le reste de l’Europe la guerre se pour­suit, avec ses mil­liers de morts chaque semaine. Sou­va­rine, comme d’autres, voit son juge­ment s’infléchir en faveur des nou­veaux diri­geants de la Rus­sie. Il faut dire qu’à cette date il n’a pas encore eu le temps d’étudier en pro­fon­deur le mar­xisme, et les mul­tiples renie­ments des bol­che­viks ne lui appa­raissent pas encore comme tels ; il par­lera avec le recul de cette « orien­ta­tion que nous pre­nions (à tort, d’ailleurs) pour du mar­xisme, sous l’influence d’une révo­lu­tion gran­diose, appa­rem­ment vic­to­rieuse, et pré­ten­du­ment socia­liste. »[3]

La créa­tion de la SFIC

En 1919, Sou­va­rine adhère au Comité de la Troi­sième Inter­na­tio­nale, issu de la trans­for­ma­tion en mai 1919 du Comité pour la Reprise des Rela­tions Inter­na­tio­nales (petite struc­ture d’extrême-gauche, oppo­sée à la guerre). Ce Comité était favo­rable à la Troi­sième Inter­na­tio­nale, ou Inter­na­tio­nale Com­mu­niste, qui venait d’être créée à Moscou.

Boris Sou­va­rine devient un des mili­tants les plus actifs du Comité, et publie plu­sieurs bro­chures qui sont lar­ge­ment dif­fu­sées. Il y écrit par exemple que « les par­tis socialistes-communistes doivent tendre à créer la démo­cra­tie pro­lé­ta­rienne qui sup­pri­mera les classes en abo­lis­sant les pri­vi­lèges écono­miques, et dont les organes sont les soviets, c’est-à-dire les conseils ouvriers et pay­sans, nou­veau type d’organisation du pro­lé­ta­riat se gou­ver­nant lui-même. »[4]

En février 1920 il est élu délé­gué au congrès de la SFIO, où il est de ceux qui défendent l’adhésion du parti à l’Internationale Com­mu­niste. En mars 1920 il crée le bimen­suel du Comité de la Troi­sième Inter­na­tio­nale : le Bul­le­tin com­mu­niste.

Il est arrêté le 17 mai 1920 dans le cadre d’une opé­ra­tion étatique visant à accu­ser les lea­ders révo­lu­tion­naires de « com­plot » et de « menées anar­chistes ». Cette manœuvre ne repo­sant sur rien, lui et ses co-accusés (dont les deux autres diri­geants du Comité, Fer­nand Loriot et Pierre Monatte) seront acquit­tés en mars 1921.

Empri­sonné, il écrit sans relâche, pour le Bul­le­tin com­mu­niste, L’Humanité, La Vague, La Vie ouvrière… C’est égale­ment dans sa cel­lule qu’il rédige, avec quelques autres, la « motion Sou­va­rine »[5] pour le congrès de Tours de la SFIO, motion qui allait être majoritaire.

En décembre 1920, Loriot et Sou­va­rine sont dési­gnés comme « pré­si­dents d’honneur » du congrès de Tours. Les trois quarts des congres­sistes adoptent la motion de Sou­va­rine, et créent la SFIC : Sec­tion Fran­çaise de l’Internationale Com­mu­niste (« SFIC — Parti socia­liste » jusqu’en mai 1921, « SFIC — Parti com­mu­niste » ensuite ; le nom « Parti com­mu­niste fran­çais » ne sera adopté que bien plus tard, une fois le parti inté­gra­le­ment stalinisé).

Sou­va­rine arrive en Rus­sie en juin 1921, comme délé­gué au 3e congrès de l’Internationale Com­mu­niste (IC). Il se fait remar­quer par son anti-conformisme, visi­tant des anar­chistes en pri­son, ou encore se pro­cu­rant les thèses de l’Opposition Ouvrière[6] — thèses dont la dif­fu­sion était interdite.

Le com­mu­niste Mar­cel Body le ren­contre en Rus­sie : « Vic­tor Serge et moi avions été frap­pés par sa matu­rité d’esprit et par l’ascendant qu’il exer­çait sur la délé­ga­tion fran­çaise. […] Ce qui nous frap­pait tout particulièrement, c’était la clarté de ses expo­sés, repris en séance plé­nière, non par lui-même, car Boris Sou­va­rine, écri­vain remar­quable, n’était pas un ora­teur, mais par Fer­nand Loriot, à l’époque dans la cin­quan­taine »[7].

A l’issue du congrès, Sou­va­rine est élu parmi les prin­ci­paux diri­geants de l’IC. Bien que fai­sant égale­ment par­tie de la direc­tion de la SFIC, il est le plus sou­vent à Mos­cou pour par­ti­ci­per aux tra­vaux de la direc­tion de l’Internationale.

En 1921 le Comité de la Troi­sième Inter­na­tio­nale se dis­sout, ses mili­tants for­mant l’aile gauche du nou­veau parti. Le Bul­le­tin com­mu­niste, tou­jours dirigé par Sou­va­rine, devient l’hebdomadaire de la SFIC.

Pen­dant ces années, il milite à plein temps pour l’Internationale et pour sa sec­tion fran­çaise, et par­ti­cipe en par­ti­cu­lier aux luttes de ten­dance contre les cou­rants de la droite du parti. Il est régu­liè­re­ment réélu au sein des plus hautes ins­tances de l’Internationale.

Fin 1923 et début 1924, devant les manœuvres de la direc­tion du parti russe — le début de ce qui allait deve­nir le sta­li­nisme — Boris Sou­va­rine refuse de res­ter dans la ligne, et affirme une liberté d’esprit et d’expression élémen­taire pour un mar­xiste, mais qui appa­raît comme plus que sus­pecte pour les nou­veaux diri­geants de l’Etat russe. Cet esprit cri­tique, et le fait qu’il refuse de se can­ton­ner à quelques décla­ra­tions feu­trées ne sor­tant pas des milieux diri­geants, le classent rapi­de­ment comme dis­si­dent — consé­quence de la vision toute mili­taire de la poli­tique selon la bureau­cra­tie russe.

Même si sa remise en cause du régime est très pro­gres­sive, le 6 février 1924 Sou­va­rine écrit à Zino­viev : « Il y a bien des faits que j’estime inad­mis­sibles et dans le Parti russe et dans la vie sovié­tique en géné­ral. » Le 4 avril dans une réunion de la fédé­ra­tion de la Seine du PC-SFIC, il livre fran­che­ment son ana­lyse : « Il y a quelque chose de pourri dans le Parti et l’Internationale ! »[8].

Dans les semaines qui suivent la mort de Lénine, Sou­va­rine s’oppose ainsi à l’unanimisme obli­ga­toire qui consiste à sou­te­nir la direc­tion (Staline-Zinoviev) contre Trotsky, et il publie en avril 1924 une tra­duc­tion en fran­çais de la bro­chure Cours nou­veau de Trotsky.

Pré­sent en URSS pour le congrès de l’Internationale, il prend la parole le 28 mai 1924 devant le congrès du parti russe, le PCUS. Sou­va­rine y dénonce sous les huées « une telle quan­tité de men­songes et de calom­nies » qui se sont accu­mu­lées « contre l’opposition du Parti russe, et sur­tout contre Trotsky »[9]. Dénon­cer pour ce qu’elle est l’opération poli­ti­cienne menée contre Trotsky et les autres oppo­si­tion­nels, à Mos­cou et à la tri­bune du congrès du parti unique, c’en est trop : le sort de Sou­va­rine est désor­mais scellé.

Mais Sou­va­rine est un des diri­geants du Komin­tern, un pilier du Parti fran­çais, et il est connu et appré­cié de nom­breux mili­tants de dif­fé­rents pays. Le 5e congrès du Komin­tern, ouvert en juin 1924, ren­voie la « ques­tion Sou­va­rine » à une com­mis­sion spé­ciale. C’est fina­le­ment l’exécutif du Komin­tern qui tranche en juillet 1924 : c’est l’exclusion, assor­tie de la pos­si­bi­lité pure­ment for­melle de deman­der plus tard sa re-adhésion — c’est d’ailleurs ce que fera Sou­va­rine, mais n’ayant pas abdi­qué son esprit cri­tique, il ne sera évidem­ment pas réintégré.

Cette exclu­sion de l’Internationale entraî­nant aussi son exclu­sion de la sec­tion fran­çaise, le PC a ainsi perdu son prin­ci­pal fon­da­teur. Après celle de Sou­va­rine, d’autres exclu­sions et démis­sions pri­ve­ront rapi­de­ment le PC du reste de son aile gauche.

Sou­va­rine, com­mu­niste anti-stalinien

Pré­sent en Rus­sie au moment de son exclu­sion (qu’il apprend en lisant la Pravda du 13 juillet), Sou­va­rine y reste quelques mois, avant de quit­ter défi­ni­ti­ve­ment le pays en jan­vier 1925, suite aux menaces qui pèsent sur sa liberté.

Dans les années sui­vantes, Sou­va­rine est employé par David Ria­za­nov comme cor­res­pon­dant en France de l’Institut Marx-Engels[10]. Son rôle est en par­ti­cu­lier l’achat de livres rares et d’archives des divers mou­ve­ments socia­listes et com­mu­nistes. Sou­va­rine per­met par exemple l’acquisition des manus­crits de Grac­chus Babeuf. Cet atta­che­ment à la conser­va­tion des archives du mou­ve­ment ouvrier est une constante dans la vie de Souvarine.

Revenu en France, il tente d’organiser et de ras­sem­bler les com­mu­nistes oppo­si­tion­nels : il est un des pre­miers anti-staliniens, et il le res­tera jusqu’à sa mort. A par­tir de 1925 il refait paraître le Bul­le­tin com­mu­niste, comme organe révo­lu­tion­naire indé­pen­dant et clai­re­ment oppo­si­tion­nel : « Où sont la pen­sée ori­gi­nale, l’esprit cri­tique, le tra­vail spi­ri­tuel du com­mu­nisme ? Pas dans les organes offi­ciels des par­tis. On ne les trouve plus que dans de petits groupes d’opposition qui gardent intactes leurs convic­tions révo­lu­tion­naires »[11].

En 1926, il obtient une copie du « Tes­ta­ment » de Lénine (texte gardé secret par le pou­voir russe), et en orga­nise la pre­mière publi­ca­tion avec Max East­man et Alfred Rosmer.

La même année, il regroupe divers com­mu­nistes exclus, démis­sion­naires ou oppo­si­tion­nels, au sein du Cercle Com­mu­niste Marx et Lénine.

Il entre­tient des liens avec de nom­breux anti-staliniens en URSS, dénonce « l’atmosphère de pogrome créée par la presse des sta­li­niens »[12], sans jamais abdi­quer son esprit cri­tique. Il observe ainsi que « les oppo­sants ne sont pas libres de s’exprimer, ils tiennent compte des moyens de pres­sion et de répres­sion de l’adversaire, des risques à cou­rir… Comme les diri­geants d’ailleurs, ils ne disent pas tou­jours ce qu’ils pensent, ils ne pensent pas tou­jours ce qu’ils disent. Tout est empoi­sonné de tac­tique. »[13] Il regrette que l’opposition russe « n’a pas su se faire l’interprète des aspi­ra­tions démo­cra­tiques du pro­lé­ta­riat », et il rap­pelle « notre rôle prin­ci­pal de cham­pions de la démo­cra­tie authen­tique, celle que les socia­listes et les com­mu­nistes de tou­jours appe­laient démo­cra­tie sociale. » [14]

Il observe que « dans le com­plexus du léni­nisme, il est un poi­son tout par­ti­cu­lier : l’immoralisme, que les adeptes prennent pour le fin du fin de l’habileté poli­tique. » Face à l’immoralisme, Sou­va­rine oppose « l’éthique révo­lu­tion­naire »[15].

Sur le plan inter­na­tio­nal, Sou­va­rine dénonce la poli­tique de l’Exécutif du Komin­tern : « Le sabo­tage du mou­ve­ment com­mu­niste alle­mand est l’œuvre de l’Exécutif lui-même. C’est l’Exécutif qui a dis­cré­dité les mili­tants spar­ta­kistes ; […] qui a entre­pris le déni­gre­ment rétros­pec­tif de Rosa Luxem­bourg »[16]. « La poli­tique sta­li­nienne » consiste notam­ment à « épurer les par­tis com­mu­nistes de tout élément com­mu­niste pour en faire des appen­dices d’un Etat russe de moins en moins pro­lé­ta­rien, de plus en plus bureau­cra­tique »[17].

Il lit la presse russe, se tient par­ti­cu­liè­re­ment au fait des ana­lyses et des acti­vi­tés des dif­fé­rentes oppo­si­tions (la plu­part sont déjà en exil). Il cherche à sai­sir la réa­lité vécue par les pro­lé­taires russes, au-delà de l’écran de fumée de la pro­pa­gande sta­li­nienne : il s’agit pour lui de com­prendre et de faire connaître « la condi­tion réelle des tra­vailleurs sous la pré­ten­due dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat »[18].

En 1927, l’économie russe est selon Sou­va­rine carac­té­ri­sée par des « rap­ports de classe, déter­mi­nés par le régime écono­mique, [qui] cor­res­pondent de toute évidence à un stade de déve­lop­pe­ment capi­ta­liste de la Rus­sie. » Il ajoute que « l’exploitation de l’homme par l’homme se déve­loppe »[19].

En 1929, il débat par lettres avec Trotsky, qui vient d’être expulsé d’URSS par le pou­voir sta­li­nien. Même si Sou­va­rine n’a jamais vrai­ment été « trots­kyste », il l’a sou­tenu contre Sta­line, dès 1923–1924. La volonté de Sou­va­rine est de cher­cher à com­prendre les racines du sta­li­nisme, et de trou­ver les moyens d’empêcher ce phé­no­mène et ses pré­mices de se repro­duire. Trotsky, à l’inverse, sou­haite essen­tiel­le­ment reve­nir au bol­ché­visme d’avant la domi­na­tion de Staline.

La lettre que Sou­va­rine écrit à Trotsky en juin 1929 est une longue cri­tique, franche et argu­men­tée, des posi­tions léni­nistes, donc notam­ment de Trotsky. Sou­va­rine y ana­lyse l’économie russe comme « un capi­ta­lisme d’Etat où une caté­go­rie sociale nou­velle s’approprie et consomme une grande part de la plus-value pro­duite par les sala­riés »[20]. Il écrit que « le bol­che­visme était une sim­pli­fi­ca­tion du mar­xisme », et que « le bol­che­visme post-révolutionnaire aurait eu besoin d’un retour à Marx. Il s’est au contraire éloi­gné de plus en plus du mar­xisme. Son sché­ma­tisme sim­pli­fi­ca­teur a poussé la paro­die de la doc­trine ini­tiale jusqu’à la cari­ca­ture ». Sou­va­rine dénonce « un pays où un seul parti a le mono­pole de la vie poli­tique, ce que nul pro­gramme com­mu­niste n’a jamais pres­crit »[21].

Ses cri­tiques sont évidem­ment infi­ni­ment plus sévères concer­nant les sta­li­niens : il consi­dère ainsi que « les sec­tions actuelles de l’Internationale […] ne servent qu’à dis­cré­di­ter le com­mu­nisme »[22].

Par sa « réponse » (une courte mis­sive de mépris, qui ne répond à aucun des nom­breux argu­ments de Sou­va­rine), Trotsky rompt avec Sou­va­rine, qui a le tort de refu­ser d’être un dis­ciple, un petit sol­dat du trots­kysme, et fait preuve de trop d’esprit cri­tique. Cette rup­ture entraîne une petite scis­sion dans l’opposition com­mu­niste en France. Se ran­ger sous la ban­nière de Trotsky deve­nant pour ce der­nier la base poli­tique sine qua non, c’est for­cé­ment un fac­teur de divi­sion et d’appauvrissement poli­tique. C’est une décep­tion pour Sou­va­rine, tant concer­nant Trotsky que les quelques mili­tants du Cercle qui passent alors au trots­kysme nais­sant (parmi les­quels Pierre Naville et Gérard Rosenthal).

Trotsky par­lera par la suite d’un « sou­va­ri­nisme », qui dési­gne­rait le « cou­rant poli­tique » ini­tié par Sou­va­rine. Trotsky ira jusqu’à iden­ti­fier ce « sou­va­ri­nisme » en décembre 1939 chez les mili­tants oppo­si­tion­nels du Socia­list Wor­kers Party (SWP) états-unien : c’est-à-dire les mili­tants de ce parti trots­kyste qui étaient en désac­cord avec lui[23].

Grâce aux infor­ma­tions qui cir­culent plus ou moins clan­des­ti­ne­ment, et à la lec­ture de nom­breux textes dis­po­nibles uni­que­ment en russe, Boris Sou­va­rine est parmi les pre­miers à com­prendre ce qui se passe réel­le­ment en URSS. Il ne ménage pas ses efforts pour faire connaître et dénon­cer les crimes sta­li­niens, pour ten­ter de sau­ver les dis­si­dents répri­més, pour faire appa­raître la vérité der­rière les men­songes de la propagande.

Dénon­cer l’exploitation subie par les tra­vailleurs en URSS, la dic­ta­ture de Sta­line, les dépor­ta­tions, l’arbitraire, l’absence de tout élément de socia­lisme en URSS, tout cela découle natu­rel­le­ment pour Sou­va­rine d’une concep­tion authen­tique du mili­tan­tisme révo­lu­tion­naire, tant il est vrai que « le mar­xisme exige de regar­der la réa­lité en face, fût-elle amère, et non de se ber­cer de pieuses illu­sions. »[24] Or en URSS le sys­tème du sala­riat est omni­pré­sent, et la liberté de la presse absente : c’est-à-dire l’exact inverse de ce que sou­hai­tait Marx. Ainsi, avec le Cercle et dans le Bul­le­tin com­mu­niste, Sou­va­rine est à cette époque un des ini­tia­teurs d’une cri­tique sans conces­sion du sta­li­nisme, cri­tique qui est faite du point de vue du mar­xisme. Sou­va­rine a ainsi su com­prendre dès les années 1920 ce qu’était le sta­li­nisme, et il l’a donc com­battu pour ce qu’il était : un « pseudo-communisme » (for­mule répé­tée dans d’innombrables textes et articles). Cer­tains, des décen­nies plus tard et alors que les infor­ma­tions étaient beau­coup plus acces­sibles, ont fait pro­fes­sion dans le sta­li­nisme, puis quelques années après la mort de Sta­line, voire plus tard, ont refusé d’admettre toutes les impli­ca­tions de leur four­voie­ment, et ont fait ouver­te­ment pro­fes­sion dans l’anti-communisme, conser­vant les méthodes anti-communistes apprises dans leur for­ma­tion sta­li­nienne ainsi que les for­mu­la­tions men­son­gères du sta­li­nisme, méri­tant ainsi le qua­li­fi­ca­tif d’ex-staliniens « mora­le­ment incu­rables », pour reprendre les mots de Sou­va­rine[25].

En 1929, l’écrivain Panaït Istrati – un « com­mu­niste sin­cère et libéré d’illusions »[26] – pro­pose à Sou­va­rine d’écrire un des tomes de Vers l’autre flamme, ouvrage en trois par­ties publié sous le nom d’Istrati, qui cri­tique l’évolution de l’URSS. Sou­va­rine accepte : « j’étais chô­meur et fau­ché, voici un job tem­po­raire inat­tendu. »[27]

Dans ce texte, La Rus­sie nue, Sou­va­rine s’attache à décrire concrè­te­ment « les phé­no­mènes géné­raux inté­res­sant la vie des classes labo­rieuses »[28], autre­ment dit « la vie tra­gique des tra­vailleurs » (c’est le titre des cha­pitres II, III et IV), et ce à par­tir de sources incon­tes­tables qu’il tra­duit du russe. Il prouve chiffres et docu­ments à l’appui l’étendue du chô­mage, du tra­vail des enfants, et de « l’inégalité crois­sante »[29] en URSS. Sou­va­rine pour­suit en consta­tant que le parti unique sta­li­nien est une « ins­ti­tu­tion bureau­cra­tique » qui n’a plus « rien de com­mu­niste ». Il observe donc : « nous connais­sons main­te­nant un Parti com­mu­niste sans com­mu­nistes »[30]. Il ajoute enfin que « contre les classes labo­rieuses, on ne peut accom­plir qu’une révo­lu­tion bour­geoise. »[31]

 A par­tir de 1930 débute la période la plus fruc­tueuse de Sou­va­rine : de 1930 à 1934, c’est l’époque du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, de la revue La Cri­tique Sociale, et de l’écriture de son livre-somme sur Sta­line et le bolchévisme.

En février 1930, il écrit que « Le com­mu­nisme renaî­tra mais dans une nou­velle phase de l’histoire contem­po­raine, avec une nou­velle géné­ra­tion et contre les influences cor­rup­trices diverses du bol­ché­visme. »[32]

La même année, le Cercle Com­mu­niste Marx et Lénine se trans­forme en Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique. Le Cercle redé­fini a pour but de « main­te­nir, pro­lon­ger et vivi­fier la tra­di­tion démo­cra­tique et révo­lu­tion­naire du mar­xisme »[33] et de « recher­cher acti­ve­ment les germes de renou­vel­le­ment de la pen­sée et de l’action révo­lu­tion­naires. »[34]

Le Cercle « ras­semble des tra­vailleurs réso­lus à for­ti­fier leur culture et leur pré­pa­ra­tion révo­lu­tion­naires dans l’esprit du mar­xisme, tout en sai­sis­sant chaque occa­sion d’agir en sou­tien de tout mou­ve­ment orienté dans le sens du pro­grès his­to­rique. […] Le Cercle s’efforcera de contri­buer à pré­pa­rer le ter­rain sur lequel le parti pro­lé­ta­rien de demain pourra se for­mer ; il per­dra sa rai­son d’être le jour où il exis­te­rait, en France, un parti qui, affran­chi de toute domi­na­tion ou dépen­dance d’Etat, inter­pré­tera selon les prin­cipes de la démo­cra­tie com­mu­niste les inté­rêts fon­da­men­taux et his­to­riques du pro­lé­ta­riat et du socia­lisme inter­na­tio­nal. »[35]

Parmi ses fon­de­ments théo­riques, le Cercle défend en par­ti­cu­lier une concep­tion exi­geante de la démo­cra­tie : « Avec Marx et Engels aussi, le Cercle s’affirme démo­cra­tique, enten­dant par là par­ti­cu­liè­re­ment res­tau­rer contre les faux com­mu­nistes qui la nient et les faux socia­listes qui la dégradent une notion insé­pa­rable de l’idée révo­lu­tion­naire. Les com­mu­nistes et les socia­listes de l’école mar­xiste ont long­temps porté, en poli­tique, le simple nom de “démo­crates” avant d’appeler leur parti “social-démocratie”. La cri­tique mar­xiste de la réa­li­sa­tion du prin­cipe démo­cra­tique en régime capi­ta­liste vise les contra­dic­tions de la pra­tique, non le prin­cipe même, et démontre l’impossibilité d’acquérir une vraie démo­cra­tie poli­tique sans la baser sur l’égalité écono­mique. »[36]

L’esprit cri­tique face à l’URSS est affirmé par le Cercle comme une néces­sité révo­lu­tion­naire : « Toute idéa­li­sa­tion sys­té­ma­tique du régime sovié­tique, pour ne pas par­ler de l’apologie inté­res­sée, est objec­ti­ve­ment contre-révolutionnaire. »[37] Dans un texte de mars 1931, « le Cercle constate qu’il n’y a pas de soviets dans la Répu­blique des Soviets, que la dic­ta­ture du secré­ta­riat y sévit contre toutes les classes labo­rieuses, par­ti­cu­liè­re­ment contre les pro­lé­taires et leurs repré­sen­tants poli­tiques ou intel­lec­tuels, enfin que la lutte au nom de la démo­cra­tie com­mu­niste contre l’usurpation bureaucratico-policière est à l’ordre du jour en per­ma­nence. »[38]

Sou­va­rine défend à cette époque l’opportunité d’un nou­veau parti, face à un PC détruit de l’intérieur par la  sta­li­ni­sa­tion : « nous dénions à ce parti tout carac­tère com­mu­niste et révo­lu­tion­naire ». L’objectif du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique est pour lui de « mili­ter pour le com­mu­nisme authen­tique, non seule­ment contre toutes les forces poli­tiques bour­geoises ou socia­listes, mais contre un parti qui usurpe la qua­lité de com­mu­niste »[39].

En mars 1931 il crée le bimes­triel La Cri­tique Sociale, « revue des idées et des livres ». Ceux qui écrivent dans la revue sont presque tous du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, ou en sont sym­pa­thi­sants. Parmi les col­la­bo­ra­teurs de la revue on trouve ainsi Boris Sou­va­rine, Pierre Kaan, Simone Weil, Colette Pei­gnot, Ray­mond Que­neau, Georges Bataille, Karl Korsch…

Dans ses articles, Sou­va­rine note « l’incompatibilité abso­lue entre le bol­ché­visme post-léninien et le mar­xisme. »[40] Il regrette que ce soit « le socia­lisme qui manque le plus parmi les éléments en jeu, le socia­lisme véri­table, conscient, entre­pre­nant et agis­sant, mili­tant et com­bat­tant, c’est-à-dire le com­mu­nisme démo­cra­tique de Marx et Engels. »[41] Il qua­li­fie l’URSS de « régime anti-communiste »[42], et dénonce « l’expression poli­tique d’Union des Répu­bliques Socia­listes Sovié­tiques, com­po­sée d’autant de men­songes que de mots »[43]. Il rap­pelle que « les mar­xistes n’ont pas droit de cité en Rus­sie sovié­tique, sauf comme empri­son­nés, dépor­tés ou comme citoyens pas­sifs. »[44]

Il constate que « la civi­li­sa­tion bour­geoise […] tend à durer exclu­si­ve­ment pour l’exploitation et par l’oppression, au prix d’indicibles souf­frances humaines et aux dépens d’une masse innom­brable de vic­times. »[45]

A l’occasion des 50 ans de la mort de Marx, Sou­va­rine regrette que « il ne se passe guère de jour où quelque pon­tife de la culture bour­geoise n’inscrive au pas­sif d’un mar­xisme ima­gi­naire les idées les plus contraires, les faits les plus étran­gers au mar­xisme réel. » De même, l’idéologie offi­cielle en Rus­sie est une « anti­no­mie ache­vée du mar­xisme authen­tique. » En consé­quence, « il s’agit, dans les années ter­ribles que tra­verse le monde, de main­te­nir vivant l’esprit cri­tique et construc­tif du mar­xisme pour l’opposer aux dogmes immo­biles, même à ter­mi­no­lo­gie socia­liste ou com­mu­niste, figés dans leur sté­ri­lité défi­ni­tive. »[46]

Pour des rai­sons finan­cières, La Cri­tique Sociale doit s’arrêter en mars 1934. En 1983, la réédi­tion com­plète de ses 11 numé­ros confir­mera, grâce au recul du temps, l’exceptionnelle qua­lité de la revue et la grande luci­dité que l’on y trouve.

Boris Sou­va­rine ini­tie ou par­ti­cipe à des cam­pagnes pour la libé­ra­tion d’opposants empri­son­nés en URSS, par exemple pour David Ria­za­nov et Vic­tor Serge. A ce sujet, il indique la logique de sa démarche : « Nous devons nous expri­mer comme nous l’entendons, et en com­mu­nistes, et comp­ter sur la conta­gion de l’exemple. Si nous n’aboutissons pas, nous aurons tout de même fait notre devoir. »[47] Pour Sou­va­rine il importe évidem­ment de faire libé­rer les révo­lu­tion­naires per­sé­cu­tés, mais sa lutte est aussi bien plus large : « en pro­tes­tant pour Vic­tor Serge et sa famille injus­te­ment mal­trai­tés, nous avons voulu défendre non seule­ment nos cama­rades, nos amis, mais tout le peuple russe opprimé, la révo­lu­tion bafouée. Des mil­liers de tra­vailleurs de Rus­sie, ni plus ni moins cou­pables que Vic­tor Serge, sont exi­lés ou dépor­tés dans l’extrême-nord, condam­nés aux tra­vaux for­cés sous un cli­mat meur­trier. Parmi eux, com­bien d’innocents ont péri, com­bien d’enfants ont été exter­mi­nés ? »[48]

S’agissant de l’industrialisation en URSS, Sou­va­rine relève non seule­ment les faux chiffres don­nés par la pro­pa­gande, mais aussi son coût humain, esti­mant que les vrais com­mu­nistes doivent se pré­oc­cu­per avant tout de la situa­tion des tra­vailleurs : « ce qui nous inté­resse, com­mu­nistes que nous sommes, ce n’est pas tant le char­bon que le mineur. Si le prix de revient est le cri­tère prin­ci­pal dans l’ordre écono­mique, le stan­dard de vie et le degré de liberté sont nos pierres de touche sur le plan social. »[49]

Début 1933 le Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique publie, avec une fédé­ra­tion de com­mu­nistes exclus du PC, une bro­chure inti­tu­lée « Pour le com­mu­nisme rénové », dont les idées et le style portent net­te­ment la marque de Sou­va­rine. On peut notam­ment y lire les extraits sui­vants : « La bol­ché­vi­sa­tion, syn­thèse de la théo­rie et de la pra­tique dites léni­nistes par oppo­si­tion au mar­xisme, cari­ca­ture inter­na­tio­nale du bol­ché­visme d’Etat déjà déca­dent, impo­sée par les héri­tiers illé­gi­times de Lénine grâce au pres­tige immense de la révo­lu­tion d’Octobre et aux moyens maté­riels à leur dis­po­si­tion, a brisé et sté­ri­lisé le mou­ve­ment com­mu­niste contem­po­rain. Opé­ra­tion contre-révolutionnaire par excel­lence, car elle donne le pas aux inté­rêts par­ti­cu­liers de la cama­rilla bureau­cra­tique au pou­voir à Mos­cou sur les inté­rêts géné­raux du pro­lé­ta­riat et de la révo­lu­tion, la bol­ché­vi­sa­tion a trans­posé sur le plan inter­na­tio­nal des phé­no­mènes propres à l’Etat sovié­tique dégé­néré, à un régime qui ne tolère aucune ins­ti­tu­tion de la classe ouvrière, ni par­tis, ni syn­di­cats, ni bourses du tra­vail, ni conseils d’entreprises, ni coopé­ra­tives, ni soviets et leur sub­sti­tue une hié­rar­chie « d’appareils » sou­mis à une oli­gar­chie recru­tée par coop­ta­tion. […] Une dis­pro­por­tion exces­sive sous tous les rap­ports entre la sec­tion russe et les autres sec­tions de l’I.C., ajou­tée aux tra­di­tions du bol­ché­visme conso­li­dées et hyper­tro­phiées après Octobre, a pesé sur le déve­lop­pe­ment nor­mal du com­mu­nisme en Europe et en Amé­rique au point de l’étouffer dès que le per­son­nel dic­ta­to­rial de l’Union sovié­tique s’est mis, après la mort de Lénine, à trai­ter le mou­ve­ment com­mu­niste à l’extérieur comme il avait traité le parti pri­vi­lé­gié à l’intérieur. La résur­rec­tion du com­mu­nisme inter­na­tio­nal d’inspiration mar­xiste ne sera pos­sible qu’envers et contre le bol­ché­visme abâ­tardi, en oppo­si­tion au léni­nisme et à la bol­ché­vi­sa­tion. […] Nous dénon­çons la dic­ta­ture bureau­cra­tique sur le pro­lé­ta­riat dans la Répu­blique des Soviets sans répu­blique ni soviets »[50]

Dans un article de mai 1933, Sou­va­rine argu­mente en faveur d’un boy­cott écono­mique de l’Allemagne nazie[51]. Quelques années aupa­ra­vant, il avait « été un des pre­miers en France, avant l’arrivée d’Hitler au pou­voir, à dénon­cer le dan­ger nazi »[52].

Après les émeutes du 6 février 1934, le Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique par­ti­cipe acti­ve­ment à la mobi­li­sa­tion de la gauche et de tout le mou­ve­ment ouvrier contre la ten­ta­tive de coup de force de l’extrême-droite. Le Cercle édite mas­si­ve­ment un tract inti­tulé « Peuple tra­vailleur, alerte ! », qui appelle au « Front unique de toutes les orga­ni­sa­tions ouvrières » et à la grève géné­rale. Le Cercle appelle égale­ment par affiches à la mani­fes­ta­tion du 12 février ; deux des col­leurs d’affiches sont arrê­tés le 11, res­tent déte­nus 24 heures, et ne sont libé­rés qu’après que Sou­va­rine ait fait inter­ve­nir l’entourage de Léon Blum[53].

Sous le nom de Fédé­ra­tion Com­mu­niste Démo­cra­tique, le Cercle par­ti­cipe au « Front com­mun pour la défense des liber­tés publiques » créé à l’initiative de Mar­ceau Pivert, diri­geant de l’aile gauche de la SFIO. Ce « Centre de liai­son anti­fas­ciste », à la dif­fé­rence du « Front popu­laire » qui sera formé plus tard, ne com­porte ni le PC ni le Parti radi­cal, mais unit la SFIO, les groupes d’extrême-gauche, et diverses autres orga­ni­sa­tions de gauche. Mais en mars 1934 la pres­sion du PC met fin à ce ras­sem­ble­ment, et le Cercle est de nou­veau isolé.

De plus, face à l’urgence de la situa­tion, beau­coup au Cercle consi­dèrent qu’il n’y a plus de temps pour construire un nou­veau parti, un parti com­mu­niste démo­cra­tique. De nom­breux mili­tants du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique rejoignent alors l’aile révo­lu­tion­naire de la SFIO ou des Jeu­nesses Socia­listes[54]. Sou­va­rine ne fait pas par­tie du nombre, et le Cercle se délite, jusqu’à dis­pa­raître à la fin de l’année 1934.

Boris Sou­va­rine est sou­vent prin­ci­pa­le­ment connu pour son livre Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, écrit à par­tir de 1930, et publié en juin 1935. Ce livre extrê­me­ment bien docu­menté est non seule­ment un por­trait sans conces­sion de Sta­line, mais aussi une his­toire de la révo­lu­tion russe. L’ouvrage contient une cri­tique du sta­li­nisme et une démys­ti­fi­ca­tion de Sta­line qui paraît évidente aujourd’hui, mais qui ne l’était mal­heu­reu­se­ment pas à l’époque.

Ainsi, selon Sou­va­rine le régime de Lénine n’était déjà abso­lu­ment pas le socia­lisme ou le com­mu­nisme, mais avec Sta­line « le sou­ve­nir même du pro­gramme socia­liste ou com­mu­niste a dis­paru ».[55] Il sou­ligne qu’en 1929 déjà il n’y avait en Rus­sie « de socia­lisme, point de trace, ni dans les faits, ni dans les ten­dances »[56]. Sou­va­rine mul­ti­plie les obser­va­tions des très nom­breuses simi­li­tudes entre le régime tsa­riste et l’URSS, consi­dé­rant que « l’histoire de la Rus­sie éclaire mieux le régime sovié­tique exempt de soviets que les réfé­rences arbi­traires au mar­xisme dont Sta­line repré­sente l’antithèse. »[57] A par­tir de sa connais­sance des réa­li­tés russes, Sou­va­rine ana­lyse l’économie russe comme étant « un capi­ta­lisme d’Etat de nou­velle espèce »[58].

Il est révé­la­teur que le Sta­line de Sou­va­rine soit à l’origine sur­tout appré­cié et recom­mandé par la gauche socia­liste et l’extrême-gauche. Dans les ten­dances de la gauche de la SFIO, les anciens du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique en font la pro­mo­tion ; parmi eux, René Lefeuvre le dif­fuse au sein de la « Biblio­thèque de Masses », puis au sein du PSOP (fondé en 1938). En 1948, l’ouvrage est une des bases de l’article de Claude Lefort sur les contra­dic­tions de Trotsky[59] — au moment où il par­ti­cipe à la créa­tion de Socia­lisme ou Bar­ba­rie comme orga­ni­sa­tion poli­tique auto­nome, et « le livre de Sou­va­rine revien­dra égale­ment sous la plume de Cor­ne­lius Cas­to­ria­dis dans plu­sieurs articles de Socia­lisme ou Bar­ba­rie consa­crés à l’URSS et au sta­li­nisme. »[60]

Plus tard, en 1977, c’est par l’extrême-gauche que l’ouvrage est réédité, en l’occurrence par Champ Libre dont le « direc­teur lit­té­raire » offi­cieux était le situa­tion­niste Guy Debord. Ce livre a ainsi été salué et sou­tenu, depuis sa publi­ca­tion, par les dif­fé­rents cou­rants de l’extrême-gauche non-léniniste, ainsi que par cer­tains socia­listes et syn­di­ca­listes. Il faut dire que selon Sou­va­rine lui-même, son livre contient « une répro­ba­tion sans réserve du bol­ché­visme du point de vue même du com­mu­nisme ou du socia­lisme »[61].

L’ouvrage a été tra­duit en plu­sieurs langues et a, depuis cette réédi­tion, égale­ment été reconnu beau­coup plus lar­ge­ment comme l’œuvre lucide d’un his­to­rien rigou­reux – ce qu’était effec­ti­ve­ment Souvarine.

« je suis peut-être perdu moi-même »[62]

S’ajoutant aux tra­giques évène­ments de l’époque, la rup­ture avec sa com­pagne Colette Pei­gnot, qui se déroule de l’été 1934 jusqu’à sep­tembre 1936, va bri­ser mora­le­ment Sou­va­rine. Les lettres de 1934 rela­tives à cette rup­ture ont été récem­ment publiées : celles de Sou­va­rine sont mar­quées d’un déses­poir pro­fond : « Je vis un indi­cible cau­che­mar », « Je suis brisé », « Je ne vois plus de pers­pec­tive de salut ni pour elle, ni pour moi ; nous sommes condam­nés à traî­ner cha­cun à sa façon, une exis­tence qui n’est ni la vie ni la mort », « Je ne suis plus qu’un demi-cadavre »[63], « Quand à moi, quoi qu’il advienne, je n’en gué­ri­rai pas »[64]. Cet épisode per­son­nel a une influence impor­tante sur la vie publique de Sou­va­rine, d’autant plus que les divers pro­ta­go­nistes sont tous membres du Cercle. Cette rup­ture contri­bue ainsi à faire de ces années 1934–1936 une nou­velle char­nière dans l’existence de Boris Souvarine.

Après la dis­so­lu­tion de fait du Cercle à la fin de l’année 1934, Sou­va­rine ne sera plus jamais membre d’une orga­ni­sa­tion poli­tique. Son rela­tif iso­le­ment se double de la dis­pa­ri­tion de ses revues, le Bul­le­tin com­mu­niste ayant été contraint de ces­ser sa paru­tion en 1933, et La Cri­tique Sociale en 1934. Au prin­temps 1935, sa ten­ta­tive de faire repa­raître cette der­nière échoue.

Sou­va­rine par­ti­cipe après 1933 au sau­ve­tage des archives mar­xistes alle­mandes, conte­nant les manus­crits de Marx. Il crée en 1935 l’Institut d’Histoire Sociale à Paris, comme antenne de l’IIHS d’Amsterdam, avec les mar­xistes anti-staliniens Boris Nico­laïevski et Bracke-Desrousseaux, ainsi que l’historien socia­liste Georges Bour­gin (cet Ins­ti­tut sera déman­telé par les nazis après l’invasion de 1940 ; Sou­va­rine le recréera cepen­dant après-guerre[65]).

Avec d’autres anciens du Cercle, il crée en 1936 l’association des Amis de la vérité sur l’URSS. Le but est de publier des bro­chures com­por­tant des faits pré­cis, pour dif­fu­ser « une infor­ma­tion exacte et valable sur les réa­li­tés “sovié­tiques” ». Sou­va­rine écrit deux bro­chures, qui paraissent sans nom d’auteur (Sou­va­rine pra­ti­quait régu­liè­re­ment la publi­ca­tion sous anonymat).

Dans La Peine de mort en URSS, il écrit que « n’importe qui en URSS peut subir la peine de mort pour n’importe quoi, dans l’impossibilité totale de se dis­cul­per, de se défendre ou de se jus­ti­fier »[66], et il tra­duit un décret éten­dant l’application de la peine de mort aux enfants à par­tir de… 12 ans.

Dans Bilan de la ter­reur en URSS, il cite un texte qu’il avait écrit en 1934 :  « Il y a en URSS plu­sieurs mil­lions de dépor­tés ou de ban­nis de toutes caté­go­ries et des cen­taines de mil­liers de déte­nus poli­tiques dans les pri­sons, les iso­la­teurs et les camps de concen­tra­tion. Ce sont la plu­part d’obscurs tra­vailleurs, ouvriers ou pay­sans, sans noto­riété ni sou­tien. […] Parmi les vic­times de cet arbi­traire illi­mité figurent aussi des repré­sen­tants de toutes les nuances de l’opinion révo­lu­tion­naire non confor­miste »[67]. Il ajoute que « les dépor­tés suc­combent nom­breux, en Sibé­rie et ailleurs. »[68] Cinq autres bro­chures sont publiées par l’association en 1936 et 1937.

Au cours de cette période, Boris Sou­va­rine devient fon­da­men­ta­le­ment pes­si­miste. Force est de recon­naître, outre sa situa­tion per­son­nelle, que la période his­to­rique avait de quoi inci­ter au pes­si­misme. Ainsi, en 1939 Léon Blum lui pro­pose de tenir une chro­nique sur la situa­tion mili­taire dans Le Popu­laire, pro­po­si­tion qui n’aboutit pas car Sou­va­rine pense que la France va perdre la guerre, pro­nos­tic qui sidère Blum. Le pes­si­misme, en cette période, était donc sou­vent confirmé par les faits : il était « minuit dans le siècle », comme l’écrivit Vic­tor Serge. Mais, plus encore, c’est un véri­table déses­poir qui atteint Sou­va­rine à par­tir de cette période.

L’observateur des deux mondes

Sou­va­rine pour­suit mal­gré tout son étude de la situa­tion réelle en URSS, qui contre­dit sur tous les points ce que le régime sta­li­nien dit de lui-même. Ainsi, « loin d’aller s’atténuant, l’inégalité s’aggrave, — et s’accuse la dif­fé­ren­cia­tion sociale. »[69]. En mai 1939, il pré­voit dans un article le pacte germano-soviétique (lequel ne sera signé que le 23 août). Il n’est en fait ni le seul ni le pre­mier à avoir annoncé l’alliance Staline-Hitler : dès le 21 avril 1939, le Parti Socia­liste Ouvrier et Pay­san (PSOP) arri­vait aux mêmes conclu­sions dans son jour­nal Juin 36[70].

Evi­dem­ment, cette alliance sur­prend ceux qui croient contre l’évidence que Sta­line aurait été « com­mu­niste ». Mais, déjà à l’époque des faits, pour ceux qui connaissent la réa­lité poli­tique du sta­li­nisme — Sou­va­rine et le PSOP entre autres — l’autoritarisme, le chau­vi­nisme, le men­songe, la répres­sion sau­vage, rap­prochent les deux dic­ta­tures. Ce n’est évidem­ment pas un hasard si ceux qui ont annoncé le pacte stalino-nazi sont ceux qui avaient com­pris que Sta­line n’avait rien de communiste.

L’invasion nazie oblige Sou­va­rine à fuir Paris en juin 1940, puis la zone dite libre en août 1941, cette fois pour s’exiler aux Etats-Unis, ini­tia­le­ment pour rejoindre la New School for Social Research. Il par­ti­cipe par la suite à un ser­vice de la France Libre, tout en étant très méfiant vis-à-vis du géné­ral de Gaulle.

Il publie quelques articles, par exemple dans Poli­tics, Par­ti­san Review et The New Lea­der, jour­naux de la gauche anti-stalinienne (où George Orwell écrira égale­ment). Déçu par les Etats-Unis, il par­vient à ren­trer en France en 1947.

Dans la logique de la lutte contre Sta­line, il par­ti­cipe en 1947 à une nou­velle édition du « Tes­ta­ment de Lénine ». Dans sa pré­face — non signée — il n’épargne pas Lénine, par­lant de « la Com­mune de Crons­tadt » comme étant le « der­nier sur­saut des soviets contre la dic­ta­ture de l’appareil bol­che­vik ». La suite de sa pré­face est en fait un long extrait du cha­pitre 7 de Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme [71].

Il publie en 1948 une feuille d’information, L’Observateur des deux mondes - titre qui montre bien la situa­tion de Sou­va­rine, qui est passé de mili­tant à obser­va­teur. Il en est le seul rédac­teur. Il conti­nue inlas­sa­ble­ment de dénon­cer le « régime pseudo-communiste » qu’est « l’Etat sta­li­nien »[72], et n’épargne pas non plus les Etats-Unis où « les élec­teurs se trouvent pri­vés de leur droit au pro­fit des deux par­tis, le vote n’est qu’un simu­lacre »[73]. Le ton est acerbe, tra­dui­sant un dégoût cer­tain devant l’état du monde. Au fond, Sou­va­rine n’espère plus rien. La publi­ca­tion, com­men­cée en juin 1948, doit s’interrompre dès le mois d’octobre, au bout de 7 numéros.

Obser­va­teur déses­péré, isolé et par consé­quent choi­sis­sant par­fois moins bien ses fré­quen­ta­tions, Sou­va­rine cède alors à une logique de « guerre froide ». C’est la rai­son pour laquelle Maxi­mi­lien Rubel lui écrit en 1957 à pro­pos de l’expression « monde libre » — Rubel repro­chant à Sou­va­rine d’employer sans recul cri­tique cette expres­sion abu­sive, qui était uti­li­sée par le bloc de l’Ouest pour s’auto-désigner durant la guerre froide. Dans sa réponse, Sou­va­rine « [allègue] l’impossibilité pour un homme seul de “résis­ter indé­fi­ni­ment à la pres­sion d’un usage devenu uni­ver­sel, si déplo­rable soit-il”. »[74] C’est recon­naître une conces­sion, éton­nante de sa part, au « men­songe qui passe », renon­ce­ment bien peu conforme en tout cas à la rigueur sou­va­ri­nienne des années de La Cri­tique sociale.

Il conserve mal­gré tout une rare érudi­tion, et sou­vent sa rigueur d’analyse et sa luci­dité. Il écrit en 1971 que « Mao est un natio­na­liste de la plus vul­gaire espèce chau­vine, étran­ger au mar­xisme »[75]. Obser­vant la Chine, l’URSS et ses vas­saux, Sou­va­rine en conclue que « Sta­line est mort, mais le sta­li­nisme conti­nue sous des formes arron­dies, moins san­gui­naires »[76]. L’historien rigou­reux ne doit pas se lais­ser abu­ser par « les emprunts for­mels de Sta­line à des concepts anté­rieurs qu’il a vidés de leur contenu ini­tial. »[77]

Il s’en prend égale­ment à « la presse dite “bour­geoise” » qui « adopte sans le moindre esprit cri­tique toutes les fic­tions trom­peuses de la pro­pa­gande et de l’intoxication machi­nées à Mos­cou. »[78] Son acti­vité se centre essen­tiel­le­ment sur la dénon­cia­tion des dic­ta­teurs de l’URSS, cette « oli­gar­chie que les imbé­ciles du monde entier dénomment “mar­xiste”, tel­le­ment le vrai sens des mots peut se perdre. »[79]

Sou­va­rine crée en 1957 une nou­velle revue : Le Contrat social, « revue his­to­rique et cri­tique des faits et des idées », à paru­tion bimestrielle.

Dans ses articles, il conti­nue à dénon­cer « l’exploitation accrue de l’homme par l’homme sous le capi­ta­lisme sovié­tique »[80]. Il s’étonne de la per­sis­tance des mythes concer­nant l’URSS : « Ainsi des intel­lec­tuels occi­den­taux ignoraient, beaucoup ignorent encore, que le com­mu­nisme n’existe abso­lu­ment pas dans l’Union sovié­tique, qu’une nou­velle classe pri­vi­lé­giée domine et exploite la popu­la­tion labo­rieuse, que le parti pré­tendu com­mu­niste s’arroge le mono­pole du pou­voir poli­tique et par­tage les pro­fits maté­riels, la plus-value, avec les élites de toutes sortes. »[81]

Il qua­li­fie le PCF de « soi-disant parti soi-disant com­mu­niste »[82], et écrit que « ce parti est dan­ge­reux non parce que com­mu­niste, mais parce qu’il ne l’est pas. »[83].

Le sta­li­nisme ment sur tout, en par­ti­cu­lier « en pro­cla­mant la réa­li­sa­tion du socia­lisme là où se conso­lident un capi­ta­lisme d’Etat et la pire exploi­ta­tion de l’homme par l’homme. […] Ainsi Khroucht­chev, tout comme Sta­line, trompe-t-il son monde en assi­mi­lant le socia­lisme à son régime d’inégalité extrême »[84]. Pré­tendre que l’URSS est socia­liste consti­tue « le men­songe suprême », et « de ce men­songe prin­ci­pal découlent tous les men­songes subor­don­nés qui infestent la vie sovié­tique et qui infectent les rap­ports de l’Etat sovié­tique avec le monde exté­rieur. »[85] Au contraire, il constate que « l’Etat sovié­tique [est] pos­sédé par le Parti unique en pro­priété pri­vée »[86], et que ce parti ainsi que le parti unique chi­nois « n’ont rien de com­mun avec le com­mu­nisme »[87].

Il n’accepte pas « le terme très impropre d’anticommunisme », et ajoute que « Si une seule publi­ca­tion au monde a sou­li­gné constam­ment des incom­pa­ti­bi­li­tés essen­tielles entre mar­xisme et léni­nisme, entre léni­nisme et sta­li­nisme, c’est bien la nôtre, donc tout le contraire de l’anticommunisme. » Il s’agit pour lui de dénon­cer « la plus hideuse cari­ca­ture du com­mu­nisme »[88]. Il réaf­firme régu­liè­re­ment que « les pseudo-communistes s’avèrent mani­fes­te­ment étran­gers au mar­xisme, au socia­lisme, au com­mu­nisme. »[89]

La revue doit ces­ser sa paru­tion en 1968, à nou­veau en rai­son de pro­blèmes finan­ciers. L’isolement de Sou­va­rine fait qu’il peut alors écrire : « je n’appartiens pas au monde actuel »[90].

En 1977, il écrit un « arrière-propos » pour la réédi­tion de son Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, où il écrit que « le sta­li­nisme sur­vit à Sta­line, mais un sta­li­nisme sans la démence de son créa­teur », ajou­tant qu’il « s’agit effec­ti­ve­ment de ban­di­tisme poli­tique, et non pas, comme le croit une mul­ti­tude d’ignorants et de phi­lis­tins à tra­vers le monde, de “mar­xisme”. »[91] Il cri­tique de façon plus géné­rale « la ver­sion des­sé­chée du “mar­xisme russe” où Marx n’est plus recon­nais­sable »[92].

Dans Sta­line : pour­quoi et com­ment, Boris Sou­va­rine décrit la manière dont Sta­line, diri­geant « de l’Etat pré­tendu sovié­tique », s’est consti­tué une « oli­gar­chie sta­li­niste, com­po­sée de par­ve­nus rede­vables per­son­nel­le­ment à Sta­line de leur avan­ce­ment dans l’appareil, de leurs chances d’accéder aux plus hauts étages de la hié­rar­chie dans la nou­velle élite sociale, la nou­velle classe des exploi­teurs, des pri­vi­lé­giés, des pro­fi­teurs. » Au delà, Sou­va­rine dénonce « un pseudo-marxisme ver­bal, sim­pliste et cari­ca­tu­ral, dont Lénine fut […] le créa­teur théo­rique et pra­tique », que « Sta­line n’a fait qu’avilir à l’extrême »[93].

En 1981 il conti­nue de dénon­cer « les héri­tiers et dis­ciples de Sta­line, conti­nua­teurs de sa poli­tique impé­ria­liste, étran­gère et contraire à la théo­rie com­mu­niste dont elle ose se récla­mer, au mépris de l’évidence. »[94] Son ana­lyse maintes fois répé­tée est que la Rus­sie, jusqu’aux années 1980, reste fon­da­men­ta­le­ment sous la domi­na­tion du stalinisme.

Boris Sou­va­rine contre le XXe siècle

Par delà les rup­tures, la plu­part dues à la pres­sion des événe­ments dra­ma­tiques du XXe siècle, Sou­va­rine a main­tenu, contre les cou­rants domi­nants de cette époque qu’il n’aimait pas, son atta­che­ment à l’exactitude des faits, et à la cri­tique des régimes dic­ta­to­riaux et de leurs mul­tiples men­songes. A ce titre, sa mise au jour des mys­ti­fi­ca­tions du sta­li­nisme méri­te­rait d’être étudiée de plus près : au delà de la pré­coce dénon­cia­tion des crimes sta­li­niens, dont la réa­lité est désor­mais uni­ver­sel­le­ment recon­nue, Sou­va­rine a égale­ment su décons­truire les mythes créés par ce régime, et a ainsi établi dès l’époque des faits que « la tra­di­tion authen­tique du socia­lisme ou du com­mu­nisme qui remonte à Marx et à la Ire Inter­na­tio­nale […] est donc bafouée cyni­que­ment de nos jours par le pseudo-communisme sta­li­nien »[95].

Boris Sou­va­rine meurt le 1er novembre 1984. A l’heure du bilan, il peut être consi­déré à juste titre comme « l’antistalinien le plus consé­quent du XXe siècle »[96], qui après avoir été « un des plus intel­li­gents mar­xistes, à la vue large et anti­dog­ma­tique »[97], est resté un his­to­rien de pre­mier plan, « un des meilleurs connais­seurs de l’histoire sovié­tique »[98].

Fidèle à une cer­taine idée du socia­lisme, même s’il avait perdu espoir de le voir adve­nir de son vivant, resté « soli­daire des exploi­tés et des oppri­més de toutes sortes »[99], il s’efforça de suivre le pré­cepte de Jean Jau­rès : « Le cou­rage, c’est de cher­cher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du men­songe triom­phant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applau­dis­se­ments imbé­ciles et aux huées fana­tiques. »[100]

Biblio­gra­phie

Il n’existe pas pour le moment de bio­gra­phie « défi­ni­tive » de Sou­va­rine. On trou­vera des éléments prin­ci­pa­le­ment dans cer­tains textes de Sou­va­rine lui-même[101], et dans les ouvrages suivants :

* Charles Jac­quier : « Boris Sou­va­rine, un intel­lec­tuel anti­sta­li­nien de l’entre-deux-guerres : 1924–1940 », Uni­ver­sité Paris X, 1993–1994. Cette thèse de doc­to­rat est le meilleur texte sur Sou­va­rine pour le moment, bien que mal­heu­reu­se­ment limité à un seule période (la plus impor­tante cependant).

* Jean-Louis Panné : « Boris Sou­va­rine », Laf­font, 1993. C’est le seul ouvrage pour le moment qui retrace toute la vie de Sou­va­rine. Mais le livre com­porte quelques impré­ci­sions, et des lacunes. Il vaut sur­tout pour les extraits de docu­ments rares voire introu­vables, en par­ti­cu­lier des cor­res­pon­dances inédites.

* Phi­lippe Robrieux : « His­toire inté­rieure du Parti com­mu­niste », Fayard, 1980–1984. Dans le tome 4, la notice sur Sou­va­rine (pp. 505–512) com­porte quelques impré­ci­sions, mais s’achève par une des­crip­tion per­son­nelle très vivante.


[1] Signa­lons que Sou­va­rine écrit dans Le Popu­laire de novembre 1916 un article inti­tulé « A nos amis qui sont en Suisse », auquel Lénine répond par une « Lettre ouverte à Boris Sou­va­rine ». Les deux textes sont réunis dans : Lénine, Lettre ouverte à Boris Sou­va­rine, Spar­ta­cus, 1970.

[2] Boris Sou­va­rine, « La Com­mune maxi­ma­liste », Ce qu’il faut dire n° 78, 17 novembre 1917.

[3] Boris Sou­va­rine, Autour du congrès de Tours, Champ Libre, 1981, p. 60.

[4] Boris Sou­va­rine, La Troi­sième Inter­na­tio­nale, Edi­tions Clarté, 1919, pp. 29–30.

[5] L’expression est de Phi­lippe Robrieux, dans His­toire inté­rieure du Parti com­mu­niste, tome 1, Fayard, 1980, p. 17. La motion avait pour pre­miers signa­taires Loriot et Sou­va­rine, sui­vis de dizaines d’autres noms, mais la rédac­tion était prin­ci­pa­le­ment de Souvarine.

[6] Cou­rant bol­che­vik mino­ri­taire, dis­sout quelques semaines plus tôt par déci­sion de la direc­tion léniniste.

[7] Mar­cel Body, Un Ouvrier limou­sin au cœur de la révo­lu­tion russe, Spar­ta­cus, 1986, pp. 213–214.

[8] Cité par Jean-Louis Panné, Boris Sou­va­rine, Laf­font, 1993, pp. 137 et 142.

[9] Cité par Jean-Louis Panné, Boris Sou­va­rine, op. cit., p. 145.

[10] Cette liberté de Ria­za­nov (le prin­ci­pal connais­seur de Marx en Rus­sie), y com­pris dans le choix de ses cor­res­pon­dants à l’étranger, lui vau­dra de la part du pou­voir sta­li­nien l’arrestation, puis la mort.

[11] Boris Sou­va­rine, « La crise du com­mu­nisme », Bul­le­tin com­mu­niste n° 2 [nou­velle série : « Organe du com­mu­nisme inter­na­tio­nal »], 30 octobre 1925.

[12] Boris Sou­va­rine, « La “défaite” de l’opposition », La Révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne n° 23, novembre 1926.

[13] Boris Sou­va­rine, Lettre à La Révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne, 5 février 1927 ; publiée dans Agone n° 22, 1999, p. 211.

[14] Boris Sou­va­rine, « Octobre noir », Bul­le­tin com­mu­niste n° 22–23, octobre 1927.

[15] Boris Sou­va­rine, « Octobre noir », art. cit.

[16] « Alle­magne. La crise du parti », Bul­le­tin com­mu­niste n° 4, 13 novembre 1925.

[17] Boris Sou­va­rine, « Guerre et paix », Bul­le­tin com­mu­niste n° 18–19, avril 1927.

[18] Boris Sou­va­rine, Sou­ve­nirs sur Panaït Istrati, Isaac Babel, Pierre Pas­cal, Gérard Lebo­vici, 1985, p. 75.

[19] Boris Sou­va­rine, « Octobre noir », art. cit.

[20] Lettre de Boris Sou­va­rine du 8 juin 1929, dans Boris Sou­va­rine, A contre-courant, Denoël, 1985, pp. 213–214.

[21] Lettre de Boris Sou­va­rine du 8 juin 1929, op. cit., p. 263.

[22] Lettre de Boris Sou­va­rine du 8 juin 1929, op. cit., p. 272.

[23] Trotsky écrit dans un article du 15 décembre 1939 : « Unfor­tu­na­tely a cur­rent of Sou­va­ri­nism exists in the present oppo­si­tion of the SWP. And here it is neces­sary to warn young com­rades: Beware of this mali­gnant infec­tion! »

[24] La Cri­tique Sociale n° 8, avril 1933, p. 97.

[25] Boris Sou­va­rine, Autour du congrès de Tours, op. cit., p. 56. On trouve parmi ceux-là les Annie Krie­gel, Sté­phane Cour­tois, etc…

[26] Boris Sou­va­rine, Sou­ve­nirs sur Panaït Istrati, Isaac Babel, Pierre Pas­cal, op. cit., p. 78.

[27] Boris Sou­va­rine, Sou­ve­nirs sur Panaït Istrati, Isaac Babel, Pierre Pas­cal, op. cit., p. 79.

[28] Panaït Istrati, Vers l’autre flamme, tome 3 : La Rus­sie nue, Rie­der, décembre 1929. Réédition : Boris Sou­va­rine, L’URSS en 1930, Ivrea, 1997, p. 50. Le deuxième tome de cette tri­lo­gie était rédigé par Vic­tor Serge.

[29] Boris Sou­va­rine, L’URSS en 1930, op. cit., p. 101.

[30] Boris Sou­va­rine, L’URSS en 1930, op. cit., p. 222.

[31] Boris Sou­va­rine, L’URSS en 1930, op. cit., p. 268.

[32] Bul­le­tin com­mu­niste n° 31, février 1930, p. 522 (sou­li­gné dans l’original).

[33] J. Senestre, La Cri­tique Sociale n° 6, sep­tembre 1932, p. 258.

[34] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, Décla­ra­tion et sta­tuts, Librai­rie du Tra­vail, 1931, p. 14.

[35] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, Décla­ra­tion et sta­tuts, op. cit., pp. 15–16.

[36] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, Décla­ra­tion et sta­tuts, op. cit., p. 6.

[37] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, Décla­ra­tion et sta­tuts, op. cit., p. 11.

[38] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique, « L’Affaire Ria­za­nov », 3 mars 1931. Repro­duit dans Bul­le­tin com­mu­niste n° 33, juillet 1933.

[39] Boris Sou­va­rine, « Un nou­veau parti », Bul­le­tin com­mu­niste n° 33, juillet 1933.

[40] Boris Sou­va­rine, « D. B. Ria­za­nov », La Cri­tique Sociale n° 2, juillet 1931.

[41] Boris Sou­va­rine, « Chaos mon­dial », La Cri­tique Sociale n° 4, décembre 1931.

[42] La Cri­tique Sociale n° 4, décembre 1931, p. 186.

[43] Boris Sou­va­rine, « Anni­ver­saire et actua­lité », La Cri­tique Sociale n° 8, avril 1933. Sou­va­rine confir­mera plu­sieurs fois cette consta­ta­tion : « L’URSS n’est que men­songe, de la base au faîte. Dans les quatre mots que repré­sentent ces quatre ini­tiales, il n’y a pas moins de quatre men­songes. » (article du 10 avril 1938, dans A contre-courant, op. cit., p. 339).

[44] La Cri­tique Sociale n° 5, mars 1932, p. 234.

[45] Boris Sou­va­rine, « Sombres jours », La Cri­tique Sociale n° 6, sep­tembre 1932.

[46] Boris Sou­va­rine, « Anni­ver­saire et actua­lité », La Cri­tique Sociale n° 8, avril 1933.

[47] Lettre de Boris Sou­va­rine à Pierre Kaan, 6 mai 1933, citée dans Jean-Louis Panné, « L’affaire Vic­tor Serge et la gauche fran­çaise », Com­mu­nisme n° 5, 1984.

[48] Boris Sou­va­rine, « Vic­tor Serge condamné », Le Tra­vailleur n° 57, 17 juin 1933.

[49] Boris Sou­va­rine, « Chro­nique de l’URSS : points sur les “i” », Le Tra­vailleur n° 88, 30 décembre 1933.

[50] Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique et Fédé­ra­tion Com­mu­niste Indé­pen­dante de l’Est, Pour le com­mu­nisme rénové !, 1933, pp. 5–7.

[51] Le Tra­vailleur n° 54, 27 mai 1933.

[52] Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, un intel­lec­tuel anti­sta­li­nien de l’entre-deux-guerres, 1994, p. 389.

[53] Charles Ron­sac, Trois noms pour une vie, Laf­font, 1988, pp. 102 à 107 (Ron­sac, un des deux col­leurs d’affiches arrê­tés, mili­tait au Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique sous le nom de Rosen).

[54] Contrai­re­ment au PC, la SFIO accep­tait à l’époque l’existence en son sein de ten­dances mar­xistes révo­lu­tion­naires, même si ces ten­dances cri­ti­quaient très fran­che­ment la poli­tique de la direc­tion. Mais dans les années sui­vantes, plu­sieurs anciens du Cercle seront parmi les mili­tants révo­lu­tion­naires exclus des JS et de la SFIO par les diri­geants réformistes.

[55] Boris Sou­va­rine, Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, Ivrea, 1992, p. 431.

[56] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., pp. 425–426.

[57] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., pp. 465–466.

[58] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., p. 432.

[59] Claude Lefort, « La contra­dic­tion de Trotsky et le pro­blème révo­lu­tion­naire », Les Temps modernes n° 39, décembre 1948 — jan­vier 1949.

[60] Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, un intel­lec­tuel anti­sta­li­nien de l’entre-deux-guerres, p. 359. Plus géné­ra­le­ment, sur la récep­tion du Sta­line on peut se repor­ter au cha­pitre III de cette thèse, pp. 257–364.

[61] Lettre de Boris Sou­va­rine à Panaït Istrati, 22 novembre 1934, citée dans Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, p. 274 — sou­li­gné dans l’original.

[62] « Elle est per­due pour moi et je suis peut-être perdu moi-même », extrait d’une lettre de Boris Sou­va­rine écrite en 1934, dans Laure, Une Rup­ture 1934, éditions des Cendres, 1999, p. 124.

[63] Cité dans Eli­sa­beth Barillé, Laure, la sainte de l’abîme, Flam­ma­rion, 1997, p. 296. Des textes de Colette Pei­gnot ont été publiés après sa mort sous le nom de Laure : voir notam­ment Ecrits de Laure, Pau­vert, 1979, où Boris Sou­va­rine est appelé « Léon Bourénine ».

[64] Lettres de Boris Sou­va­rine écrites en 1934, dans Une Rup­ture 1934, op. cit., pp. 50, 57, 58 et 123.

[65] L’Institut d’Histoire Sociale a été créé par des vété­rans de l’anti-stalinisme de gauche ; mais il est aujourd’hui dirigé par des vété­rans du sta­li­nisme, deve­nus tout natu­rel­le­ment de farouches par­ti­sans de la droite néo-conservatrice. C’est-à-dire que l’IHS est passé à un cou­rant et à une tra­di­tion poli­tique inverses à ceux de sa fon­da­tion. Devant la médio­crité et le biais idéo­lo­gique de l’actuelle « équipe », il faut hélas consta­ter qu’il y a usur­pa­tion du fond d’archive et du nom de l’IHS historique.

[66] Amis de la vérité sur l’URSS, La Peine de mort en URSS, textes et docu­ments, Librai­rie du tra­vail, 1936, p. 7.

[67] Amis de la vérité sur l’URSS, Bilan de la ter­reur en URSS, faits et chiffres, Librai­rie du tra­vail, 1936, p. 5 (sou­li­gné dans l’original). Ce texte avait déjà été publié en 1934 : Boris Sou­va­rine, « Les per­sé­cu­tions en URSS », Le Com­bat mar­xiste n° 10–11, juillet-août 1934. Dans la bro­chure de 1936, il écrit d’ailleurs que « les rares publi­ca­tions d’extrême-gauche qui aient divul­gué la vérité […] sont mal­heu­reu­se­ment de faible tirage […] le grand public est donc encore mal informé ou ne l’est pas du tout. » Citant son article, il se défi­nit lui-même comme « écri­vain com­mu­niste indé­pen­dant et spé­cia­lisé en matière de pro­blèmes russes. » (Bilan de la ter­reur en URSS, op. cit., pp. 4–5).

[68] Bilan de la ter­reur en URSS, faits et chiffres, op. cit., p. 13.

[69] Boris Sou­va­rine, L’Ouvrier sovié­tique [1937], dans Cau­che­mar en URSS, Agone, 2001, p. 90.

[70] Juin 36 n° 51. Le PSOP était un parti d’extrême-gauche créé en 1938, issu de la ten­dance « Gauche Révo­lu­tion­naire » de la SFIO. Plu­sieurs anciens du Cercle Com­mu­niste Démo­cra­tique y militaient.

[71] Le Tes­ta­ment de Lénine, Les Egaux n° 4, avril 1947, sup­plé­ment à Masses n° 9. Réédi­tion Spar­ta­cus, 1977.

[72] L’Observateur des deux mondes n° 4, 15 juillet 1948, dans Boris Sou­va­rine, L’Observateur des deux mondes, et autres textes, La Dif­fé­rence, 1982, pp. 53 et 57.

[73] L’Observateur des deux mondes n° 1, 1er juin 1948 ; L’Observateur des deux mondes, et autres textes, p. 31.

[74] Louis Jano­ver, Lire Rubel aujourd’hui, dans Miguel Aben­sour et Louis Jano­ver, Maxi­mi­lien Rubel, pour redé­cou­vrir Marx, Sens & Tonka, 2008, p. 110. La lettre de Sou­va­rine à Rubel est du 10 décembre 1957.

[75] Boris Sou­va­rine, Un Pot-pourri de Khroucht­chev (A pro­pos de ses « sou­ve­nirs »), Spar­ta­cus, 1971, p. 44.

[76] Un Pot-pourri de Khroucht­chev (A pro­pos de ses « sou­ve­nirs »), op. cit., p .47.

[77] Boris Sou­va­rine, Le Sta­li­nisme, Spar­ta­cus, 1972, p. 4 (texte d’une confé­rence de 1964, déjà paru en fran­çais en mai 1965 dans Le Contrat social volume IX n° 3).

[78] L’Observateur des deux mondes, et autres textes, op. cit., p. 138.

[79] Boris Sou­va­rine, Intro­duc­tion à L’Observateur des deux mondes, et autres textes, op. cit., p. 21.

[80] Boris Sou­va­rine, « Sta­li­nisme et désta­li­ni­sa­tion », Le Contrat social volume I n° 3, juillet 1957, p. 139.

[81] Le Contrat social volume II n° 4, juillet 1958, p. 250.

[82] Le Contrat social volume I n°4, sep­tembre 1957, p. 270.

[83] Le Contrat social volume XII n° 2–3, avril 1968, p. 188.

[84] Boris Sou­va­rine, « Khroucht­chev révi­sion­niste », Le Contrat social volume IV n° 4, juillet 1960, pp. 192–193.

[85] Le Contrat social volume IX n° 5, sep­tembre 1965, p. 272.

[86] Boris Sou­va­rine, « Le rêve com­mu­niste et la réa­lité », Le Contrat social volume VI n° 6, novembre 1962, p. 258.

[87] Le Contrat social volume VII n° 4, juillet 1963, p. 193.

[88] Le Contrat social volume VIII n° 1, jan­vier 1964, pp. 66–67.

[89] Boris Sou­va­rine, « La décom­po­si­tion du marxisme-léninisme », Le Contrat social volume VII n° 4, juillet 1963, p. 194.

[90] Lettre de Boris Sou­va­rine à René Lefeuvre, 18 mai 1970.

[91] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., p. 601.

[92] Sta­line, Aperçu his­to­rique du bol­ché­visme, op. cit., p. 613.

[93] Boris Sou­va­rine, Sta­line pour­quoi, com­ment, Spar­ta­cus, 1978, pp. 57–58 et 63.

[94] Boris Sou­va­rine, L’Observateur des deux mondes, et autres textes, op. cit., p. 108.

[95] Boris Sou­va­rine, L’Observateur des deux mondes, et autres textes, op. cit., p. 166.

[96] Michel Hel­ler, Boris, dans Boris Sou­va­rine, Sur Lénine, Trotski et Sta­line, Allia, 2007, p. 8.

[97] Le Com­bat Syn­di­ca­liste n° 137–138, décembre 1935, cité dans Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, p. 352.

[98] Komin­tern : L’histoire et les hommes, L’Atelier, 2001, p. 514.

[99] Extrait des sou­ve­nirs inédits de Boris Sou­va­rine, cité dans Charles Jac­quier, Boris Sou­va­rine, p. 527.

[100] Jean Jau­rès, Dis­cours à la jeu­nesse, juillet 1903.

[101] En par­ti­cu­lier dans Autour du congrès de Tours ; dans sa lettre à Sol­je­nit­syne du 10 avril 1978 (publiée dans Boris Sou­va­rine, Sou­ve­nirs sur Panaït Istrati, Isaac Babel, Pierre Pas­cal, Gérard Lebo­vici, 1985, pp. 133–150, et dans Boris Sou­va­rine, Contro­verse avec Sol­je­nit­syne, Allia, 1990, pp. 109–121) ; ainsi que dans sa pré­face à la réédi­tion des numé­ros de La Cri­tique sociale, La Dif­fé­rence, 1983.

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