Leur force vient de notre faiblesse

Une nouvelle hausse de la durée de cotisation pour la retraite, la hausse de l’impôt le plus injuste (la TVA) : voilà deux des mesures anti-sociales actuellement mises en place par le gouvernement. La continuité avec les gouvernements précédents, qui eux étaient ouvertement de droite, s’exerce aussi concernant le harcèlement des sans-papiers, ainsi que par les propos xénophobes du ministre de l’Intérieur Manuel Valls.

Si le gouvernement Hollande-Ayrault peut mener une politique économique de droite, c’est parce qu’il n’y a pas de riposte sociale à la hauteur. Une journée quasi-symbolique pour les retraites, rien pour la TVA, tel est le très maigre bilan de la « rentrée sociale ». Or l’austérité atteint d’abord les plus fragiles, les précaires, les exploités en général. C’est une politique de classe, une politique de violence sociale qui est poursuivie.

Le problème majeur à l’heure actuelle est l’absence de la force sociale que peuvent constituer les travailleurs, les chômeurs, les précaires, s’ils sont unis pour la défense de leurs intérêts collectifs. C’est grâce à cette faiblesse que le gouvernement Hollande-Ayrault peut poursuivre une politique pourtant impopulaire ; et c’est aussi sur cette faiblesse que prospère l’extrême droite. Le danger de ce courant politique, qui est le pire ennemi des travailleurs, n’est actuellement en France pas tant la prise du pouvoir (dont il est heureusement fort éloigné), que le fait que ses préjugés haineux et ses simplismes réactionnaires s’infiltrent dans la société.

Il est indispensable de construire une opposition à la base contre les politiques de régression sociale. Cela ne peut se faire qu’en partant des intérêts concrets des classes populaires. Pour éviter les impasses, il faut aussi partir du constat qu’il n’existe aucune solution à l’intérieur des frontières d’un Etat. Une politique ayant pour but l’auto-émancipation ne peut en aucun cas s’inscrire dans l’actuelle tendance au repli, elle doit au contraire la combattre de façon systématique. Un mouvement réellement émancipateur ne peut pas prendre une forme défensive, il doit conquérir de nouvelles avancées sociales, et ne pas hésiter à s’en prendre à la racine de la crise sociale : le mode de production capitaliste, qui fonctionne par l’exploitation et l’aliénation de l’immense majorité.

Les récentes manifestations lycéennes contre les expulsions de sans-papiers scolarisés nous ont montré une nouvelle fois que le mouvement réel peut surgir à tout moment, et remettre la solidarité au premier plan.

C’est de la mobilisation d’en bas que peut venir une solution à la crise actuelle. La naissance de notre force serait aussi la fin de celle de nos adversaires.