Nadejda Tolokonnikova : « Lettre de Mordovie »

Nade­jda Tolo­kon­ni­kova, Lettre de Mor­do­vie, L’Insomniaque, 2013, 23 pages, 2 euros.

On ne dira jamais assez l’intérêt des petites bro­chures à prix modique, per­met­tant à de courts textes de trou­ver un public atten­tif – en tout cas bien plus que sur un écran. C’est donc une excel­lente ini­tia­tive que la publi­ca­tion de cette lettre ouverte de l’une des Pussy Riot empri­son­née, dont le texte avait déjà cir­culé sur inter­net et dont des extraits étaient parus dans la presse.

Les Pussy Riot sont un groupe russe d’action artis­tique fémi­niste, consti­tué de mili­tantes oppo­sées à la dic­ta­ture de Vla­di­mir Pou­tine. Trois d’entre elles sont empri­son­nées depuis mars 2012 suite à un hap­pe­ning anti-Poutine dans une cathé­drale de Mos­cou : Nade­jda Tolo­kon­ni­kova, Maria Ale­khina et Eka­te­rina Samout­se­vitch (cette der­nière ayant été libé­rée en octobre 2012).

Tolo­kon­ni­kova a écrit ce texte en sep­tembre 2013, après un an de déten­tion dans un camp de tra­vail en Mor­do­vie (région de la Rus­sie située à l’est de Mos­cou), et pour annon­cer qu’elle com­men­çait une grève de la faim pour dénon­cer les condi­tions de vie impo­sées aux détenues.

Les camps de tra­vail forcé (ou « colo­nies péni­ten­tiaires »), héri­tiers du gou­lag et avant l’URSS du sys­tème de répres­sion tsa­riste, conti­nuent en effet d’exister. Plu­sieurs cen­taines de mil­liers de per­sonnes y sont actuel­le­ment détenues.

Dans sa lettre, Nade­jda Tolo­kon­ni­kova décrit en par­ti­cu­lier ses condi­tions de tra­vail et celle de ses codé­te­nues : obli­gées de fabri­quer des uni­formes de police (!) 16 heures par jour. En plus de ces condi­tions de quasi-esclavage, elles subissent tout un arse­nal de vio­lence, les condi­tions sani­taires « sont pen­sées pour que le détenu se sente comme un ani­mal sale et impuis­sant », elles sont mena­cées, frap­pées, tout cela dans le cadre d’un sys­tème mis en place pour détruire la volonté des détenues.

Ce court texte nous rap­pelle la néces­sité de la lutte contre la condi­tion car­cé­rale par­tout dans le monde, et contre la dic­ta­ture de Pou­tine – dont les Pussy Riot sou­lignent notam­ment l’aspect sexiste. Le carac­tère réac­tion­naire de ce régime est en effet un autre point com­mun avec le sta­li­nisme (même si sous Sta­line, les Pussy Riot auraient pro­ba­ble­ment été exécutées).

Suite à la paru­tion de cette lettre ouverte, son auteure a été trans­fé­rée dans un camp en Sibé­rie et a cessé sa grève de la faim. Nade­jda Tolo­kon­ni­kova et Maria Ale­khina devraient nor­ma­le­ment être libé­rées en mars 2014. Gageons que leur lutte contre la dic­ta­ture Pou­tine se pour­sui­vra, avec le sou­tien des mili­tants internationalistes.

[Ajout du 23 décembre 2013 : Maria Ale­khina et Nade­jda Tolo­kon­ni­kova viennent d’être libérées !]

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