Max Adler (1873–1937) : itinéraire d’un marxiste autrichien

(ce texte est égale­ment dis­po­nible dans notre bro­chure sur Max Adler)

Né le 15 jan­vier 1873 à Vienne dans une famille juive, Max Adler est mort le 28 juin 1937 dans la même ville. Doc­teur en droit (selon Raoul Vanei­gem, il « entre­prend des études de droit, mais se consacre sur­tout à la phi­lo­so­phie et à la socio­lo­gie »1), socia­liste, avo­cat, il est plus tard ensei­gnant à l’université de Vienne. Il se consacre à la phi­lo­so­phie sociale, la socio­lo­gie, l’éducation popu­laire, la for­ma­tion au sein des orga­ni­sa­tions socia­listes. Il se situe à l’aile gauche du Parti ouvrier social-démocrate d’Autriche (Sozial­de­mo­kra­tische Arbei­ter­par­tei in Öster­reich, SDAPÖ).

Max Adler adhère au SDAPÖ en 1893. Il est égale­ment membre de l’Association libre des étudiants socia­listes (Freie Verei­ni­gung Sozia­lis­ti­scher Stu­den­ten), qu’il dirige un temps. Les luttes poli­tiques sont alors très vives, puisque les socia­listes d’Autriche-Hongrie s’opposent à la monar­chie et aux cou­rants chré­tiens conser­va­teurs qui sont à la fois anti­so­cia­listes et anti­sé­mites. La lutte du SDAPÖ pour la conquête du suf­frage uni­ver­sel égal abou­tit en 1906 – mais par­tiel­le­ment, puisque les femmes en sont encore exclues.

En 1904, Adler crée les Marx-Studien avec Rudolf Hil­fer­ding2, revue publiée à Vienne jusqu’en 1923. C’est dans ce cadre qu’ils par­ti­cipent en 1910–1911, avec l’historien mar­xiste russe David Ria­za­nov, à un pro­jet d’édition com­plète des textes de Karl Marx, qui n’aboutira pas3. Adler est égale­ment ensei­gnant à l’école interne du SDAPÖ, char­gée de la for­ma­tion théo­rique des militants.

Inter­na­tio­na­liste, Max Adler s’oppose à la Pre­mière Guerre mon­diale et à l’alignement de nom­breux « socia­listes » sur les gou­ver­ne­ments pen­dant le conflit. Il déplo­rera « le manque com­plet d’opposition révo­lu­tion­naire de classe à la guerre et à la poli­tique écono­mique impé­ria­liste de cha­cun des Etats, qui eut pour effet l’effondrement de l’Internationale »4. Contrai­re­ment à ce qui se passe en France et en Alle­magne, la ques­tion du vote des cré­dits de guerre ne se pose pas en Autriche-Hongrie : le gou­ver­ne­ment impé­rial sus­pend le par­le­ment de 1914 à 1917, et aucun vote n’a lieu sur cette ques­tion. La majo­rité du parti socia­liste est cepen­dant favo­rable à une poli­tique proche de « l’union sacrée », de sou­tien à la guerre. Adler fait par­tie de la mino­rité oppo­sée à cette poli­tique : il défend des posi­tions paci­fistes au sein du Cercle Karl Marx (Verein Karl Marx) à Vienne, aux côtés d’autres mili­tants inter­na­tio­na­listes comme Josef Stras­ser, The­rese Schle­sin­ger, Gabriele Proft et Robert Danneberg.

Le 21 octobre 1916, le socia­liste paci­fiste Frie­drich Adler assas­sine le chef du gou­ver­ne­ment, le Comte Stürgkh. Frie­drich Adler, sans lien de parenté avec Max Adler mais fils du diri­geant du parti Vic­tor Adler, était un scien­ti­fique qui avait ensei­gné la phy­sique à l’université de Zurich. Son geste, mûre­ment réflé­chi, répon­dait à une situa­tion de déses­poir face à une dic­ta­ture monar­chiste et mili­ta­riste5. Le Cercle Karl Marx, dont il était membre, est alors inter­dit. Frie­drich Adler est condamné à mort, mais dans le contexte de dic­ta­ture son geste lui vaut une grande popu­la­rité chez les tra­vailleurs, et il sera libéré deux ans plus tard par la révo­lu­tion qui ren­ver­sera le régime impé­rial. Dès 1917, la majo­rité du parti socia­liste effec­tue un virage en se rap­pro­chant de la ligne pré­co­ni­sée par la mino­rité pacifiste.

La fin de la guerre est pré­ci­pi­tée en Autriche-Hongrie par la Révo­lu­tion d’octobre-novembre 1918, au même moment qu’en Alle­magne. Elle marque la dis­lo­ca­tion de l’empire austro-hongrois, et la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques. Des conseils ouvriers s’étaient for­més depuis la grève de jan­vier 1918, et ils prennent après l’armistice une grande d’importance. Max Adler est lui-même membre du conseil de Vienne. La Répu­blique d’Autriche est pro­cla­mée le 12 novembre 1918, le social-démocrate Karl Ren­ner deve­nant le même jour chef du gou­ver­ne­ment. Mais les gou­ver­ne­ments des pays vain­queurs de la guerre entravent les vel­léi­tés de socia­li­sa­tion des socia­listes autri­chiens au pou­voir6. De plus, les fron­tières de l’Autriche leur semblent deve­nues trop réduites – du fait de la volonté des vain­queurs de la guerre – et ils se pro­posent de se fédé­rer avec l’Allemagne, alors elle aussi en révo­lu­tion, mais cela est inter­dit par le traité de Saint-Germain qui est imposé à l’Autriche en 1919. Le pou­voir socia­liste peut cepen­dant mettre en œuvre de nom­breuses avan­cées sociales et démo­cra­tiques : congés payés, réduc­tion du temps de tra­vail, assurance-maladie, droit de vote des femmes, inter­dic­tion du tra­vail des enfants, abo­li­tion de la peine de mort, etc. Mais le parti, n’ayant pas de majo­rité abso­lue, per­siste dans une coa­li­tion contre-nature avec la droite, puis après 1920 il est relé­gué dans l’opposition.

En 1919, Max Adler publie une bro­chure sur les conseils ouvriers – qui ne sera tra­duite en fran­çais qu’en 1967, sous le titre Démo­cra­tie et conseils ouvriers. S’il est par­ti­san des conseils ouvriers, « ces orga­nismes ori­gi­naux de la lutte des classes » et « agents d’une véri­table démo­cra­tie socia­liste »7, Max Adler n’est pas pour autant un « conseilliste » comme peuvent l’être Anton Pan­ne­koek, Otto Rühle et d’autres8. Avec ce texte, Adler sou­haite mani­fes­te­ment être audible auprès des com­mu­nistes d’Autriche, et les ame­ner (ou les rame­ner) au socia­lisme révo­lu­tion­naire. Il établit cepen­dant une « dis­tinc­tion entre com­mu­nisme et bol­che­visme », Adler se reven­di­quant de l’objectif com­mu­niste mais voyant un dan­ger dans la « confu­sion entre les concepts de com­mu­nisme et de bol­che­visme ». Il pose ainsi l’alternative en titre de cha­pitre : « Com­mu­nisme ou bol­che­visme ? »9 Cette confu­sion s’est mal­heu­reu­se­ment répan­due, et aujourd’hui encore mène à un contre-sens cou­rant sur le mot com­mu­nisme – qui est à l’origine très éloi­gné des dérives léni­nistes. Adler écrit ainsi que dès les pre­miers mois du pou­voir bol­che­vik, « il s’avérait que cette dic­ta­ture n’était pas celle du pro­lé­ta­riat » mais « celle des bol­che­viks »10.

Au-delà de la vision léni­niste, les conseils ouvriers sont des outils utiles pour la révo­lu­tion sociale inter­na­tio­nale. Adler rap­pelle que « les mots de liberté et d’égalité poli­tiques res­tent vides de sens tant que fait défaut l’égalité écono­mique. » Fon­da­men­ta­le­ment, « nous ne pou­vons arri­ver à la démo­cra­tie que par le socia­lisme. » Dans ce but, « seule la rup­ture radi­cale avec tout ce sys­tème capi­ta­liste, donc seule la révo­lu­tion sociale, prend le mal vrai­ment à la racine et l’élimine en déli­vrant les hommes une fois pour toutes »11.

Adler rap­pelle l’objectif : « la dis­pa­ri­tion de la société de classes donc la sup­pres­sion du pro­lé­ta­riat » en tant que classe ; il ne faut donc pas « sta­bi­li­ser le carac­tère de classe du pro­lé­ta­riat », le conseil ouvrier n’est par consé­quent qu’un outil tran­si­toire, un « ins­tru­ment de lutte contre toutes les formes de domi­na­tion et d’oppression de la société actuelle »12.

Mal­gré une cer­taine sym­pa­thie de Max Adler pour la révo­lu­tion russe, il refuse donc l’alignement sur les bol­che­viks13. Mais il s’illusionne en res­tant dans la social-démocratie, même si le parti autri­chien consti­tue son aile « gauche » qui crée début 1921 l’Union des par­tis socia­listes pour l’action inter­na­tio­nale (dite Inter­na­tio­nale de Vienne ou Inter­na­tio­nale « deux et demie »). Il y a, il est vrai, à l’époque une pro­fonde dif­fi­culté pour consti­tuer une voie mar­xiste révo­lu­tion­naire de masse et indé­pen­dante des bol­che­viks. En Autriche, le parti socia­liste est un véri­table parti de masse, qui compte plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’adhérents dans un pays peu peu­plé, où la majo­rité des tra­vailleurs révo­lu­tion­naires sont res­tés dans les rangs socia­listes ; c’est aussi un parti qui obtient à lui seul autour de 40 % des voix lors des élec­tions14. Max Adler sera briè­ve­ment député et conseiller muni­ci­pal de Vienne, ville où les socia­listes obte­naient à eux seuls la majo­rité abso­lue des suf­frages. Grâce notam­ment à l’instauration d’« impôts sur le luxe », ils mirent en place de nom­breuses mesures avan­cées dont la construc­tion mas­sive de loge­ments sociaux modernes, qui firent que la « Vienne rouge » devint « la ville la plus pro­gres­siste d’Europe entre les deux guerres »15.

Adler conti­nue de mili­ter en Autriche, bien qu’il soit oppo­si­tion­nel au sein de son parti, par­ti­ci­pant en 1928 à la créa­tion du Groupe d’études mar­xistes (Mar­xis­tische Studien-Gemeinschaft). Il milite aussi par­fois en Alle­magne, où il par­ti­cipe à la revue socia­liste de gauche Der Klas­sen­kampf (où l’on retrouve égale­ment Paul Levi, qui fut un proche de Rosa Luxem­burg et un des cofon­da­teurs du KPD). Son ter­rain d’action devrait être l’Internationale, mais il constate « la ruine, non encore répa­rée aujourd’hui, de l’Internationale »16. Par ailleurs, Adler per­çoit bien le péril bureau­cra­tique : il écrit ainsi que « la forme hié­rar­chique des orga­ni­sa­tions com­bi­née avec la pro­fes­sion­na­li­sa­tion du tra­vail du Parti et du syn­di­cat ontres­treint gran­de­ment l’initiative de chaque mili­tant et très sou­vent l’ont ren­due impos­sible. »17

En tant que par­ti­san du socia­lisme révo­lu­tion­naire, Max Adler est amené à être en désac­cord à la fois avec les réfor­mistes et avec les léni­nistes. Mais, même s’il insiste sur le fait qu’il faut don­ner au socia­lisme « plus d’esprit de classe révo­lu­tion­naire »18, Adler se retrouve fina­le­ment mal­gré lui dans l’impasse du réfor­misme. La poli­tique réfor­miste radi­cale du Parti ouvrier social-démocrate per­met certes des amé­lio­ra­tions pour les classes popu­laires, en par­ti­cu­lier à Vienne, mais laisse inchan­gées les struc­tures sociales. La loi de mai 1919 sur la socia­li­sa­tion resta lettre morte, et la Com­mis­sion de socia­li­sa­tion dont fit par­tie Otto Bauer ne donna que peu de résul­tats. En fin de compte, « mal­gré l’ampleur des réformes, les rap­ports de force dans la vie écono­mique res­taient les mêmes. »19

Consti­tuer une aile révo­lu­tion­naire dans une struc­ture réfor­miste, même de masse, abou­tit donc à une impasse poli­tique. De plus, les posi­tions radi­cales d’Adler l’isolent au sein du SDAPÖ20.

En 1926, Adler publie le livre Poli­tische oder soziale Demo­kra­tie, qui est tra­duit en fran­çais quatre ans plus tard sous le titre Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale. C’est durant cette période 1930–1933 qu’il com­mence en effet à être tra­duit en fran­çais, ce qui s’explique par le contexte à la fois inter­na­tio­nal, autri­chien, et interne au socia­lisme en France : l’affirmation d’une aile gauche au sein du Parti socia­liste SFIO. Lucien Lau­rat le pré­sente ainsi en 1931 : « Max Adler, pro­fes­seur à l’Université de Vienne, se place à l’extrême gauche de la social-démocratie autri­chienne : il s’est signalé tout par­ti­cu­liè­re­ment pen­dant la guerre par son atti­tude cou­ra­geuse et vrai­ment inter­na­tio­na­liste. En décembre 1917, dans un mee­ting public, il n’hésita pas, en pleine dic­ta­ture mili­taire, à faire accla­mer par la foule Karl Liebk­necht et Frie­drich Adler. Ceci dit pour pré­sen­ter l’auteur, presque inconnu du public fran­çais »21.

Dans ce texte de 1926, Max Adler constate que « la démo­cra­tie véri­table n’existe pas encore », puisque « dans un Etat de classe, ce n’est jamais le peuple qui est sou­ve­rain, mais bien une classe ou un ensemble de classes. »22Il plaide pour la démo­cra­tie sociale, pour la « société soli­daire », qui équi­va­lent selon lui au socia­lisme. Néan­moins, « la démo­cra­tie poli­tique est une arme indis­pen­sable au pro­lé­ta­riat »23, qui doit donc être défen­due lorsqu’elle est atta­quée. Il n’en reste pas moins que la démo­cra­tie réelle est selon lui impos­sible dans une société divi­sée en classes sociales. La solu­tion est le socia­lisme, société sans classes, qui seul per­met la démo­cra­tie véri­table. Démo­cra­tie et socia­lisme sont donc au fond le même objec­tif, le même pro­jet de société qui vise à rem­pla­cer la société capi­ta­liste divi­sée en classes. Sou­li­gnant que l’organisation sociale et la forme poli­tique sont liées, Adler écrit que la « démo­cra­tie signi­fie : socia­li­sa­tion soli­daire »24. Pour lui, « le prin­cipe de l’égalité des droits et de la liberté du citoyen devrait assu­rer à cha­cun le droit de faire de son temps ce qu’il veut, et en par­ti­cu­lier de res­ter quand il veut oisif. » Mais il remarque qu’au contraire la société bour­geoise n’accorde ce droit qu’aux pos­sé­dants, à la fois par les dif­fé­rences maté­rielles (d’argent) et aussi par la loi sur le « vaga­bon­dage » qui exis­tait alors en Autriche, par laquelle pou­vait être pour­suivi tout indi­vidu non-possédant « qui ne s’est sous­trait au “tra­vail”, c’est-à-dire à l’exploitation, que momen­ta­né­ment et à ses frais »25.

Rap­pe­lant tou­jours l’objectif mar­xiste d’abolition des Etats, Adler consi­dère que « la véri­table démo­cra­tie n’est pas pos­sible dans l’Etat »26. Face au « vieux monde de la non-solidarité et de l’oppression », la démo­cra­tie sociale sera « le monde nou­veau de la soli­da­rité et de la liberté »27 et « la démo­cra­tie sociale seule fera une réa­lité […] de la notion d’association humaine »28. Dans ce but, Adler appelle à « l’éducation socia­liste des masses par elles-mêmes. »29 Pour lui, « le centre de gra­vité de la poli­tique socia­liste révo­lu­tion­naire ne doit pas être cher­ché dans le par­le­men­ta­risme ni dans la poli­tique des fac­tions, mais dans l’action immé­diate et réso­lue de toute la classe pro­lé­ta­rienne. »30

A par­tir de 1933, une dic­ta­ture conser­va­trice s’installe en Autriche (cer­tains ont parlé d’« austrofascisme »), diri­gée en grande par­tie contre le SDAPÖ contre lequel la droite autri­chienne au pou­voir conjugue anti­marxisme et anti­sé­mi­tisme. Des milices contre-révolutionnaires s’étaient déve­lop­pées depuis des années, ins­pi­rées et en par­tie finan­cées par la dic­ta­ture fas­ciste ita­lienne. Les dif­fé­rents cou­rants réac­tion­naires béné­fi­cièrent de la situa­tion poli­tique des pays limi­trophes de l’Autriche : l’Italie, l’Allemagne avec la mon­tée du nazisme, et la Hon­grie alors sous la dic­ta­ture de Miklós Horthy.

La liberté de la presse et le droit de grève sont sup­pri­més. Le par­le­ment est empê­ché de se réunir par le gou­ver­ne­ment. Face à cette sup­pres­sion de facto de la démo­cra­tie, le SDAPÖ orga­nise… une péti­tion31. Fina­le­ment, suite à des arres­ta­tions arbi­traires de mili­tants socia­listes, le 12 février 1934 « com­mença le com­bat des tra­vailleurs autri­chiens pour la défense des der­niers ves­tiges de la démo­cra­tie autri­chienne »32. Un sou­lè­ve­ment est déclen­ché par une par­tie de la base socia­liste, et un appel à la grève géné­rale lancé – mais il est rela­ti­ve­ment peu suivi par des tra­vailleurs démo­ra­li­sés et très tou­chés par la crise capi­ta­liste en cours depuis 1929. Cette résis­tance armée déses­pé­rée et trop tar­dive est écra­sée en quelques jours. Le SDAPÖ est inter­dit et le mou­ve­ment ouvrier en Autriche est dès lors réduit à la clan­des­ti­nité jusqu’en 1945.

Un temps arrêté et détenu, Max Adler à court d’argent est ensuite contraint de vendre ses livres. Sa cor­res­pon­dance avec Rosa Luxem­burg fut mal­heu­reu­se­ment détruite avant d’avoir été publiée. Il meurt en 1937, et son sou­ve­nir peine à fran­chir la Seconde Guerre mondiale.

La mécon­nais­sance de Max Adler en France s’inscrit dans le cadre plus vaste d’une mécon­nais­sance de l’histoire de l’Autriche, en par­ti­cu­lier du mou­ve­ment ouvrier et de ses événe­ments révo­lu­tion­naires. Concer­nant Adler, il s’agit pour nous – comme le fit Maxi­mi­lien Rubel – de sou­li­gner l’intérêt de ses écrits, tout en cri­ti­quant ses limites. On retrouve chez lui cer­tains des tra­vers du soi-disant « mar­xisme » de la Deuxième Inter­na­tio­nale, même si Adler n’était pas dog­ma­tique et ne fut pas de « la prê­traille mar­xiste » dénon­cée par le spar­ta­kiste Franz Meh­ring33. Par exemple, Adler sur­es­time le rôle du parti poli­tique, qua­si­ment féti­chisé par lui, erreur que l’on peut expli­quer en grande par­tie par la situa­tion du parti socia­liste en Autriche. En 1929, les 720.000 adhé­rents socia­listes consti­tuaient 18 % de la popu­la­tion adulte du pays34, pro­por­tion peut-être unique dans l’histoire au sein d’un parti d’opposition. C’est de plus une orga­ni­sa­tion à socio­lo­gie jeune et for­te­ment ouvrière.

Max Adler avait étudié de façon appro­fon­die les textes de Marx et d’Engels, mais aussi d’Emmanuel Kant et de Max Stir­ner. Il a écrit à plu­sieurs reprises sur Kant ; selon Iring Fet­scher, il s’agissait pour Adler « d’adapter la théo­rie kan­tienne de la connais­sance à la théo­rie sociale mar­xiste »35. Il fut cri­ti­qué par Her­bert Mar­cuse pour ses ouvrages sur ce sujet, dans un article de 193036. Selon Yvon Bour­det, « ce qui inté­res­sait Max Adler, ce n’était pas la vul­ga­ri­sa­tion du mar­xisme, mais son appro­fon­dis­se­ment et son déve­lop­pe­ment. »37

Max Adler défend un « socia­lisme mar­xiste », contre le réfor­misme et contre le natio­na­lisme. Il refuse « par prin­cipe l’Etat et la société capi­ta­liste »38. Il pou­vait se consi­dé­rer comme un « social-démocrate révo­lu­tion­naire », dans l’ancien sens du mot social-démocrate, mais pour éviter les fausses inter­pré­ta­tions il peut aujourd’hui être défini comme un socia­liste révo­lu­tion­naire mar­xiste. Il se fonde sur la concep­tion maté­ria­liste de l’histoire ; il parle ainsi du mar­xisme « dont la concep­tion maté­ria­liste de l’histoire et la théo­rie du pro­grès social tirent leur sens et leur force de convic­tion d’abord du concept de l’homme socia­lisé, c’est-à-dire de la conscience sociale. »39 Il argu­mente en faveur d’une éthique révo­lu­tion­naire : pour lui, le socia­lisme est un « pro­duit des condi­tions sociales qui est en même temps jus­ti­fié d’un point de vue éthique »40. A l’inverse, « le capi­ta­lisme est pro­fon­dé­ment contraire à la civi­li­sa­tion, parce qu’il est une forme de société basée sur la force »41.

Dans la concep­tion d’Adler, la révo­lu­tion socia­liste doit abo­lir l’Etat, ainsi que « l’esclavage sala­rié »42. Le socia­lisme « ne veut pas seule­ment que la situa­tion du tra­vailleur s’améliore, mais qu’il cesse enfin de n’être rien d’autre qu’un tra­vailleur, c’est-à-dire un homme qui doit tra­vailler pour vivre. »43

Selon Adler, la démo­cra­tie stric­te­ment poli­tique n’est qu’une étape avant d’arriver à la forme supé­rieure de la démo­cra­tie réelle et effec­tive : la démo­cra­tie sociale. Par l’auto-éducation des masses et l’expérience de la lutte des classes se forme la conscience de classe, qui per­met­tra le rem­pla­ce­ment révo­lu­tion­naire du capi­ta­lisme par le socia­lisme. Il écrit que le socia­lisme ne vien­dra pas de lui-même : « il faut le faire. Et le faire, le pro­lé­ta­riat seul le peut »44.

On qua­li­fie sou­vent Max Adler d’austromarxiste. Mais la notion même d’« austromarxisme » est très contes­table. On y a regroupé des mili­tants et auteurs aussi dif­fé­rents que Max Adler45, Rudolf Hil­fer­ding, Otto Bauer, Karl Ren­ner, Josef Stras­ser, Frie­drich Adler, etc. Ren­ner dira lui-même en 1930 : « aujourd’hui, dans le Parti, Otto Bauer est au centre, Hil­fer­ding et moi à droite, et Max Adler à gauche »46.

Les dic­ta­tures des années 1930 puis la Seconde Guerre mon­diale ont frappé de plein fouet les cou­rants socia­listes révo­lu­tion­naires. La dis­pa­ri­tion de Max Adler en 1937 dans une Autriche dic­ta­to­riale, est d’une cer­taine façon repré­sen­ta­tive de cet appau­vris­se­ment subi de la diver­sité de la pen­sée mar­xiste après la Seconde Guerre mon­diale ; Adler figure d’ailleurs parmi les auteurs dont les livres furent inter­dits par les nazis.

Mal­gré cet oubli, la lutte pour la véri­table démo­cra­tie sociale, pour un monde libéré de l’exploitation et de l’aliénation capi­ta­liste, n’en reste pas moins d’actualité.

Textes de Max Adler tra­duits en français :

* Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, L’Eglantine (Bruxelles)47, 1930. Réim­primé en fac-similé en 1970 aux éditions Anthro­pos (Paris).

* Le Socia­lisme de gauche, La Bataille socia­liste (Paris)48, 1932.

* Méta­mor­phoses de la classe ouvrière, Nouveau-Prométhée (Paris)49, 1935.

* Démo­cra­tie et conseils ouvriers, Mas­pero (Paris), 1967.

Les tra­duc­tions en fran­çais sont prin­ci­pa­le­ment d’Alexandre Bracke-Desrousseaux (1861–1955, membre du Parti socia­liste SFIO, qui a égale­ment tra­duit de nom­breux textes de Rosa Luxem­burg, et qui cor­res­pon­dit avec Max Adler), puis d’Yvon Bour­det (1920–2005, proche du groupe Socia­lisme ou bar­ba­rie, par­ti­san de l’autogestion). Mais la grande majo­rité des textes d’Adler sont tou­jours inédits en français.

Men­tion­nons quelques articles parus dans des revues :

* « Y a-t-il crise du Mar­xisme ? », L’Etudiant socia­liste, n° 3, décembre 1929. Selon Adler il n’y a pas crise de la théo­rie mar­xiste, mais crise des orga­ni­sa­tions qui s’en réclament. Il consi­dère que le mou­ve­ment socia­liste est « dans un triste état », et que le mar­xisme est le seul moyen pour « vaincre la fai­blesse et le déchi­re­ment du mou­ve­ment socia­liste ouvrier aujourd’hui ». Il observe que « le capi­ta­lisme, après avoir sur­monté les ruines de la guerre, se recons­truit sur des bases supé­rieures, de plus en plus consciem­ment appa­raissent des ten­dances d’organisation, tant à l’intérieur des Etats qu’internationalement ». Face à cette situa­tion, Adler dénonce « l’illusion fatale d’une concep­tion qui ne consi­dère pas les formes de démo­cra­tie comme moyens de la lutte de classe révo­lu­tion­naire, mais comme ceux de l’entente et de la col­la­bo­ra­tion crois­santes des classes. »

* « L’éducation socia­liste et sa tâche actuelle », La Bataille socia­liste, n° 55 et 56, mars et avril 1932. Adler appelle notam­ment à munir la jeu­nesse « d’un esprit de classe for­te­ment conscient et révo­lu­tion­naire ».

* « La tâche de la jeu­nesse en notre temps », Révolte, n° 13, octobre 1932. Adler dresse un bilan cri­tique de la situa­tion « qui, dans un âge à venir, appa­raî­tra comme une absur­dité incon­ce­vable : dans l’ordre écono­mique actuel, on ne tra­vaille pas pour que l’humanité puisse vivre, mais pour que les pos­ses­seurs de capi­tal aient des pro­fits. » La jeu­nesse doit donc par­ti­ci­per à la « soli­da­ri­sa­tion de la société » en se pla­çant aux côtés du « mou­ve­ment de classe du pro­lé­ta­riat », qui est « une cause d’intérêt uni­ver­sel » per­met­tant « une huma­ni­sa­tion incon­nue jusqu’ici de la société tout entière. »

* « La réa­li­sa­tion du mar­xisme », La Bataille socia­liste, n° 67, avril 1933. Cet article est l’objet d’une note de lec­ture non-signée, mais pro­ba­ble­ment de Boris Sou­va­rine, dans La Cri­tique sociale, n° 8, avril 1933, p. 97 : « Etudesérieuse et solide, comme tout ce qu’écrit cet auteur en géné­ral, et la meilleure publiée à notre connais­sance dans une revue fran­çaise, à l’occasion du cin­quan­te­naire [de la mort de Karl Marx]. Plu­sieurs pas­sages et les conclu­sions, cepen­dant, déçoivent par leur carac­tère aca­dé­mique et peu en rap­port avec la réa­lité vivante. Max Adler réfute de façon très per­ti­nente l’argumentation spé­cieuse de ceux qui croient le mar­xisme “périmé”. Mais il ne semble pas se rendre compte de la parenté intime qui relie le “socia­lisme de droite” au “socia­lisme de gauche” et sup­pose que si le second pré­va­lait sur le pre­mier, la crise de l’Internationale serait sur­mon­tée, sa ruine “répa­rée”. Il montre ensuite que Marx, théo­ri­cien, “dans l’exposé de l’évolution capi­ta­liste devan­çait les choses et des­si­nait ainsi déjà leur aspect futur quand celui-ci n’était encore qu’en germe” ; c’est pour­quoi tant d’écrits de Marx, vieux de trois quarts de siècle, sont main­te­nant d’une éton­nante actua­lité, c’est pour­quoi Marx est, “au plein sens du mot, un pen­seur moderne” ; cer­taines des œuvres de Marx ne sont même plei­ne­ment intel­li­gibles que depuis la confir­ma­tion contem­po­raine des faits. “Le mar­xisme est si peu périmé, écrit Adler, qu’aujourd’hui seule­ment il com­mence à être reconnu géné­ra­le­ment comme science socio­lo­gique fon­da­men­tale et à régir poli­ti­que­ment le pro­lé­ta­riat mon­dial.” La pre­mière moi­tié de cette obser­va­tion est exacte, car bien des gens font du mar­xisme sans le savoir, mais la seconde ne l’est pas le moins du monde : il faut être homme de cabi­net comme Max Adler pour aller racon­ter que le pro­lé­ta­riat mon­dial est guidé par le mar­xisme. Enfin, notre auteur conclut avec assu­rance : “Sous la pres­sion et par le carac­tère sans issue de la crise mon­diale du capi­ta­lisme, le mar­xisme va deve­nir ce qu’il n’était jusqu’à pré­sent qu’en pro­gramme : la doc­trine mon­diale d’émancipation du pro­lé­ta­riat admise par­tout par les masses.” Nous vou­drions par­ta­ger cette belle convic­tion mais la moindre démons­tra­tion ferait bien mieux notre affaire. »

* « L’imposture ata­vique du national-socialisme », La Bataille socia­liste, n° 70 et 71, juillet et sep­tembre 1933. Adler y écrit que « l’essence d’une révo­lu­tion » est « de faire triom­pher un prin­cipe nou­veau d’ordre social […] qui soit dans le sens d’un accrois­se­ment géné­ral de liberté et d’égalité, c’est-à-dire d’un accrois­se­ment de soli­da­rité humaine. […] Au contraire, tout mou­ve­ment qui s’oppose à pareil ren­for­ce­ment de la soli­da­rité sociale, et même qui anéan­tit des formes de soli­da­rité sociale déjà conquises, est contre-révolutionnaire ».

* « L’”utopisme” chez Marx et Engels », Etudes de mar­xo­lo­gie, n° 14, novembre 1970. Il s’agit de la tra­duc­tion du cha­pitre XVIII du livre La Concep­tion mar­xiste de l’Etat (1922), avec une pré­sen­ta­tion d’Yvon Bour­det : « Max Adler et la ques­tion de l’utopie ». Adler réfute l’accusation d’utopisme adres­sée à Marx et Engels par Hans Kel­sen, ce der­nier se trom­pant selon lui sur le mar­xisme. Max Adler emploie indif­fé­rem­ment les expres­sions « com­mu­nauté socia­liste » et « société com­mu­niste » pour dési­gner la société de l’avenir qui sera « une société de soli­da­rité humaine ». Le socia­lisme a pour objec­tif « la garan­tie et l’épanouissement le plus large pos­sible de la vie ». De nou­velles rela­tions sociales, des condi­tions de vie dif­fé­rentes, crée­ront for­cé­ment des êtres humains nou­veaux, « ces hommes trans­for­més du XXIe ou XXIIe siècle, qui seront à coup sûr tout aussi dif­fé­rents de nous que nous le sommes aujourd’hui [en 1922] de ceux du XIe siècle ».

Prin­ci­paux textes non-traduits en français :

* Kau­sa­lität und Teleo­lo­gie im Streite um die Wis­sen­schaft, 1904.

* Marx als Den­ker, 1908.

* Weg­wei­ser, Stu­dien zur Geis­tes­ges­chichte des Sozia­lis­mus, 1914.

* Der sozio­lo­gische Sinn der Lehre von Karl Marx, 1914.

* Zwei Jahre… !, Welt­krieg­sbe­trach­tun­gen eines Sozia­lis­ten, 1916.

* Die sozia­lis­tische Idee der Befreiung bei Karl Marx, 1918.

* Klas­sen­kampf gegen Völ­ker­kampf !, Mar­xis­tische Betrach­tun­gen zum Welt­kriege, 1919.

* Engels als Den­ker, 1920.

* Die Staat­sauf­fas­sung des Mar­xis­mus, 1922 (seul un cha­pitre a été tra­duit, voir ci-dessus).

* Neue Men­schen, Gedan­ken über sozia­lis­tische Erzie­hung, 1924.

* Kant und der Mar­xis­mus, 1925.

* Lehr­buch der mate­ria­lis­ti­schen Ges­chicht­sauf­fas­sung, 1930.

* Das Rät­sel der Gesell­schaft, Zur erkennt­nis­kri­ti­schen Grund­le­gung der Sozial­wis­sen­schaft, 1936.

Quelques textes en fran­çais sur Max Adler ou sur le contexte :

* Aus­triaca, n° 15, novembre 1982, et n° spé­cial, mars 1983 : « L’austromarxisme, nos­tal­gie et/ou renais­sance ? », Actes du col­loque de Paris des 25–27 février 1982.

* Wolf Ber­tram [pseu­do­nyme de Kurt Lan­dau], La Guerre civile en Autriche, Librai­rie du tra­vail, 1934.

* Yvon Bour­det, « Démo­cra­tie, classe et parti d’après Max Adler », Argu­ments, n° 25–26, 1962, repris dans Com­mu­nisme et mar­xisme, Brient, 1963.

* Yvon Bour­det, « Les condi­tions d’étude de l’austromarxisme », Le Mou­ve­ment social, n° 50, jan­vier 1965.

* Yvon Bour­det, « Rôle et signi­fi­ca­tion des conseils ouvriers d’après Max Adler », Etudes de mar­xo­lo­gie, n° 9, août 1965.

* Yvon Bour­det, Otto Bauer et la révo­lu­tion, EDI, 1968.

* Yvon Bour­det, article sur Max Adler dans le Dic­tion­naire bio­gra­phique du mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­nal : Autriche, éditions ouvrières, 1971 (reprend dans une large mesure sa pré­face de 1970 à Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale).

* Yvon Bour­det, « Actua­lité de l’austromarxisme », Cri­tique, n° 339–340, août-septembre 1975.

* Robert Dan­ne­berg, Le Socia­lisme muni­ci­pal en Autriche, Librai­rie popu­laire, 1925.

* Julius Dick­mann, « Témoi­gnage » publié dans Le Tra­vailleur com­mu­niste syn­di­cal et coopé­ra­tif du 10 mars 1934, réédité dans Agone, n° 23, 2000.

* Jür­gen Doll, « L’austromarxisme et la pen­sée poli­tique fran­çaise », Actes du col­loque France-Autriche 1970–1986 des 12–13 mai 1986, uni­ver­sité d’Orléans, s.d.

* Jacques Droz, La social-démocratie en Autriche-Hongrie (1867–1914) et Le socia­lisme en Europe cen­trale, dans His­toire géné­rale du socia­lisme, tomes 2 et 3, Presses uni­ver­si­taires de France, 1974–1977, réédi­tion 1997.

* Iring Fet­scher, « Le mar­xisme de Max Adler », Archives de Phi­lo­so­phie, tome 41 cahier 3, juillet-septembre 1978.

* Berthe Fou­chère, « L’Autriche mar­tyre », Les Cahiers rouges, n° 10, avril 1938.

* Félix Kreiss­ler, De la Révo­lu­tion à l’annexion, l’Autriche de 1918 à 1938, Presses uni­ver­si­taires de France, 1971.

* Ludo­vic Meis­ter, « Max Adler et le maté­ria­lisme his­to­rique », La Revue socia­liste, n° 354, 15 juin 1914.

* Paul Pas­teur, Pra­tiques poli­tiques et mili­tantes de la social-démocratie autri­chienne, 1888–1934, Belin, 2003.

* Paul Pas­teur, « L’austromarxisme ou une bouée de sau­ve­tage pour une gauche en crise ? », Aus­triaca, n° 63, décembre 2006.

* Georg Scheuer, Seuls les fous n’ont pas peur, scènes de la guerre de trente ans, 1915–1945, Syl­lepse, 2002.

* Raoul Vanei­gem, article sur Max Adler dans l’Encyclopédie Uni­ver­sa­lis, 2007.

1 Article de Raoul Vanei­gem sur Max Adler dans l’Encyclopédie Universalis.

2 Voir la pré­face d’Yvon Bour­det dans Rudolf Hil­fer­ding, Le Capi­tal finan­cier, éditions de Minuit, 1979.

3 Götz Lang­kau, « Marx-Gesamtausgabe — drin­gendes Par­teiin­te­resse oder deko­ra­ti­ver Zweck ? Ein Wie­ner Edi­tions­plan zum 30. Todes­tag, Briefe und Brie­fauszüge », Inter­na­tio­nal Review of Social His­tory, volume 28, 1983.

4 Max Adler, « L’éducation socia­liste et sa tâche actuelle », La Bataille socia­liste, n° 55, mars 1932, p. 15.

5 Frie­drich Adler, dit aussi Fritz Adler, fut plus tard le secré­taire de l’Internationale socia­liste de Vienne puis de l’Internationale ouvrière socialiste.

6 Entre­tien avec Otto Bauer dansL’Huma­nité du 6 mai 1920, p. 3. Bauer déclare notam­ment : « On nous a fait com­prendre que du jour où nous pas­se­rons aux actes socia­listes, nous ne serons plus ravi­taillés ». Max Adler dira que cette paix est « une conti­nua­tion, quoique avec d’autres moyens, de l’état de guerre contre les Etats vain­cus » (Révolte, n° 13, octobre 1932, p. 9).

7 Max Adler, Démo­cra­tie et conseils ouvriers, Mas­pero, 1967, p. 95 et 113. Signalons qu’Yvon Bour­det a ajouté dans cette édition de très nom­breuses notes par­fois enva­his­santes, cer­taines utiles et d’autres contestables.

8 « S’il est vrai […] qu’à l’intérieur de l’austro-marxisme les posi­tions de Max Adler sont assez radi­cales, il est tout aussi vrai que par rap­port aux posi­tions des conseillistes de gauche elles paraissent plu­tôt modé­rées » (Jür­gen Doll, « L’austromarxisme et la pen­sée poli­tique fran­çaise », France-Autriche 1970–1986, univer­sité d’Orléans, s.d., p. 27).

9Démo­cra­tie et conseils ouvriers, p. 61–63.

10Démo­cra­tie et conseils ouvriers, p. 91.

11Démo­cra­tie et conseils ouvriers, p. 49 et 52.

12Démo­cra­tie et conseils ouvriers, p. 82.

13 Adler « eut face à la révo­lu­tion d’Octobre une posi­tion simi­laire à celle de Rosa Luxem­burg, condam­nant le des­po­tisme des bol­che­viks, mais convaincu de la valeur du sys­tème des conseils et espé­rant que la suite des événe­ments per­met­trait la démo­cra­ti­sa­tion du sys­tème sovié­tique » (Les­zek Kola­kowski, His­toire du mar­xisme, tome 2, Fayard, 1987, p. 298). En 1922, Adler rap­pe­lait que « l’état des choses en Rus­sie ne peut être consi­déré ni comme dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat, ni comme société com­mu­niste » (Etudes de mar­xo­lo­gie, n° 14, novembre 1970, p. 2088).

14 Par exemple, en 1923 le SDAPÖ ras­semble à lui seul 39,6 % des voix, alors que le Parti com­mu­niste (KPÖ) n’en obtient que 0,7 %. En 1927, le SDAPÖ a 42,3 % des suf­frages, le KPÖ 0,4 %.

15 Jacques Droz, His­toire géné­rale du socia­lisme, 3 : de 1918 à 1945, Presses uni­ver­si­taires de France, p. 256.

16 Max Adler, « La réa­li­sa­tion du mar­xisme », La Bataille socia­liste, n° 67, avril 1933, p. 9.

17 Max Adler, Méta­mor­phoses de la classe ouvrière, Nouveau-Prométhée, 1935, p. 42.

18Max Adler, Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, Anthro­pos, 1970, p. 13.

19 Nor­bert Leser, « Bilan de l’austro-marxisme », Le Contrat Social, volume XI n° 6, novembre-décembre 1967, p. 351.

20 Jill Lewis, « Max Adler », dans Bio­gra­phi­cal dic­tio­nary of Euro­pean labor lea­ders, Green­wood press, 1995.

21 Lucien Lau­rat, note sur la pre­mière édition en fran­çais de Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, dans La Cri­tique sociale, n° 2, juillet 1931, p. 68. Lau­rat avait été en novembre 1918 cofon­da­teur du Parti com­mu­niste d’Autriche. Mili­tant com­mu­niste anti-stalinien en France, il était en 1931 membre du Cercle com­mu­niste démo­cra­tique, et par­ti­cipa plus tard à la créa­tion du cou­rant « Le Com­bat mar­xiste ». Il était cer­tai­ne­ment pré­sent lors de ce mee­ting du 7 décembre 1917, qu’il men­tionne égale­ment dans Contri­bu­tions à l’histoire du Comin­tern, Droz, 1965, p. 70.

22Max Adler, Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, op. cit., p. 48 et 74.

23Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, p. 14.

24Idem, p. 77.

25 Note du cha­pitre IX de Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, tra­duc­tion inédite de Bracke. La tra­duc­tion fran­çaise publiée en 1930 est dénuée des notes de l’original ; le socia­liste Bracke avait réa­lisé, à une date incon­nue, des com­plé­ments à la pre­mière tra­duc­tion, qui n’ont jamais été uti­li­sés : il s’agit de la tra­duc­tion de notes et réfé­rences, ainsi que de la retra­duc­tion de trois cha­pitres. Igno­rant mani­fes­te­ment l’existence de ces éléments (conser­vés par René Lefeuvre, le fon­da­teur des éditions Spar­ta­cus), Bour­det a réédité en 1970 la tra­duc­tion de 1930 sans ces compléments.

26Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, p. 89.

27Idem, p. 204.

28 Chapitre X de Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, tra­duc­tion de Bracke.

29Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, p. 19.

30Démo­cra­tie poli­tique et démo­cra­tie sociale, p. 210–211.

31 Elle fut d’ailleurs signée par une impor­tante pro­por­tion de la popu­la­tion, mais « n’eut aucun effet étant donné qu’elle ne fut accom­pa­gnée d’aucune mani­fes­ta­tion ou autre action de masse » (Félix Kreiss­ler, De la Révo­lu­tion à l’annexion, l’Autriche de 1918 à 1938, Presses uni­ver­si­taires de France, 1971, p. 270).

32 Félix Kreiss­ler, op. cit., p. 296.

33 Franz Meh­ring, Vie de Karl Marx, Gérard Bloch / APIO, 1984, p. 105.

34Paul Pas­teur, Pra­tiques poli­tiques et mili­tantes de la social-démocratie autri­chienne, 1888–1934, Belin, 2003, p. 171.

35Iring Fet­scher, « Le mar­xisme de Max Adler », Archives de Phi­lo­so­phie, tome 41 cahier 3, juillet-septembre 1978, p. 470. A l’inverse de cer­taines idées reçues, Fet­scher note égale­ment que Adler s’écarte du néo­kan­tisme. Adler lui-même a écrit que sa « concep­tion du mar­xisme n’a rien à voir avec Kant, avec cette ten­ta­tive à la mode de “renou­ve­ler” Marx grâce à Kant » (Max Adler, Aus­gewählte Schrif­ten, Öster­rei­chi­scher Bun­des­ver­lag, 1981, p. 491).

36 Her­bert Mar­cuse, « Mar­xisme trans­cen­dan­tal ? » [1930], dans Phi­lo­so­phie et révo­lu­tion, Denoël, 1969. Notons que Adler aurait sous­crit comme Mar­cuse à la néces­sité d’une « pra­tique radi­cale qui a pour but la trans­for­ma­tion du réel » (p. 40).

37 Yvon Bour­det, article sur Max Adler dans le Dic­tion­naire bio­gra­phique du mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­nal : Autriche, éditions ouvrières, 1971, p. 25.

38 Max Adler, Démo­cra­tie et conseils ouvriers, op. cit., p. 105.

39 Max Adler, Aus­gewählte Schrif­ten, op. cit., p. 507.

40 Max Adler, Aus­gewählte Schrif­ten, p. 492.

41 Max Adler, Méta­mor­phoses de la classe ouvrière, op. cit., p. 56.

42 Max Adler, Aus­gewählte Schrif­ten, p. 58.

43 Max Adler, Aus­gewählte Schrif­ten, p. 57.

44 Max Adler, « L’éducation socia­liste et sa tâche actuelle », La Bataille socia­liste, n° 56, avril 1932, p. 13.

45 Ray­mond Aron consi­dé­rait qu’il était « le plus remar­quable des austro-marxistes » (La Socio­lo­gie alle­mande contem­po­raine [1935], Presses uni­ver­si­taires de France, 1981, p. 64).

46 « Les têtes de l’austro-marxisme », Le Popu­laire du 23 août 1930, p. 6.

47 Edi­teur socialiste.

48 Cou­rant de gauche de la SFIO. La pre­mière par­tie de ce texte avait été publiée sous son titre ori­gi­nal, « La fonc­tion his­to­rique du socia­lisme de gauche », dans la revue La Bataille socia­liste, n° 51, novembre 1931.

49 Petite mai­son d’édition d’un autre cou­rant de gauche de la SFIO, « Le Com­bat mar­xiste », issu du Cercle com­mu­niste démocratique.

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