Rosa Luxemburg et la grève de masse

Rosa Luxem­burg est en 1905 à la fois une diri­geante du cou­rant inter­na­tio­na­liste du socia­lisme en Pologne, ainsi qu’une mili­tante de l’aile gauche de la social-démocratie alle­mande (SPD) dont elle conteste la direc­tion. En 1906, en s’appuyant sur l’expérience de la Révo­lu­tion russe de l’année pré­cé­dente, elle pro­pose une impor­tante ana­lyse des grèves de masses. Nous reve­nons ici sur ces apports de Rosa Luxem­burg, en trois par­ties chronologiques.

 

I

Dès 1902, Rosa Luxem­burg ana­lyse la grève géné­rale en Bel­gique pour la conquête du suf­frage uni­ver­sel égal, qui venait de s’achever sur un échec. Elle écrit à cette occa­sion que « la pre­mière condi­tion pour appré­cier sérieu­se­ment la grève géné­rale, c’est de dis­tin­guer entre grèves géné­rales natio­nales et grèves inter­na­tio­nales, grèves poli­tiques et grèves syn­di­cales, grèves indus­trielles en géné­ral et grèves pro­vo­quées par un événe­ment déter­miné, grèves décou­lant des efforts d’ensemble du pro­lé­ta­riat, etc. » Il faut donc éviter « toute ten­ta­tive de sché­ma­ti­ser, de reje­ter ou de glo­ri­fier som­mai­re­ment cette arme »1. En 1913, après un nou­vel échec en Bel­gique, elle rap­pelle que « la grève poli­tique de masse n’est pas, en elle-même, un moyen mira­cu­leux. Elle n’est effi­cace que dans une situa­tion révo­lu­tion­naire, comme expres­sion d’une éner­gie révo­lu­tion­naire for­te­ment concen­trée, et d’une haute ten­sion des anta­go­nismes. Déta­chée de cette éner­gie et de cette situa­tion, trans­for­mée en une manœuvre stra­té­gique déter­mi­née long­temps d’avance et exé­cu­tée de façon pédante, à la baguette, la grève de masse ne peut qu’échouer neuf fois sur dix. »2

Depuis des années, on par­lait en Alle­magne de « grèves de masse » plu­tôt que de « grèves géné­rales ». En 1893, le congrès de l’Internationale socia­liste réuni à Zurich avait adopté une réso­lu­tion défa­vo­rable aux grèves géné­rales, tout en concé­dant que « les grèves en masse peuvent, il est vrai, dans cer­taines condi­tions être une arme très effi­cace ».

Lors du congrès du SPD à Iena en sep­tembre 1905, Luxem­burg inter­vient en faveur de la grève de masse. Elle le fait dans un contexte par­ti­cu­lier : la Rus­sie est en pleine révo­lu­tion. D’autre part, la grève de masse avait été reje­tée par le congrès syn­di­cal tenu à Cologne en mai 19053.

En décembre 1905, Rosa Luxem­burg rejoint la Pologne – dont la majeure par­tie est à l’époque annexée à l’Empire russe –, où elle par­ti­cipe aux événe­ments révo­lu­tion­naires jusqu’à son arres­ta­tion en mars 1906. Elle n’est libé­rée qu’en juillet, et arrive début août en Fin­lande. C’est à ce moment que les socia­listes de Ham­bourg lui com­mandent une bro­chure sur la révo­lu­tion russe. Elle la rédige à la fin de l’été, le texte étant achevé le 15 sep­tembre : c’est Grève de masse, parti et syn­di­cats. En s’appuyant sur la chro­no­lo­gie des faits, elle met en lumière les ensei­gne­ments de la lutte spon­ta­née menée par le pro­lé­ta­riat dans l’Empire russe.

Non seule­ment ce texte est une com­mande d’une sec­tion du SPD, mais c’est en pra­tique une contri­bu­tion à un débat alors en cours au sein du parti, en par­ti­cu­lier en vue du congrès du SPD à Mann­heim du 23 au 29 sep­tembre 1906. La bro­chure fut d’abord éditée en urgence pour les délé­gués au congrès, puis réédi­tée plus mas­si­ve­ment4. Le texte ne fait qu’une soixan­taine de pages, mais il est dense en faits et en ana­lyses. Son objec­tif est de tirer les leçons de la révo­lu­tion russe en ce qu’elle a d’universel, dans ce que cette expé­rience peut appor­ter aux révo­lu­tion­naires du monde entier. Elle montre en effet qu’« en Rus­sie la grève de masse n’est pas le pro­duit arti­fi­ciel d’une tac­tique impo­sée par la social-démocratie, mais un phé­no­mène his­to­rique natu­rel né sur le sol de la révo­lu­tion actuelle »5.

II

Dès le début de sa bro­chure, on voit que Rosa Luxem­burg veut être audible auprès des mili­tants SPD afin de les convaincre de la néces­sité d’intégrer la grève de masse parmi les actions révo­lu­tion­naires à envi­sa­ger. Pour cela, elle doit bien mar­quer qu’elle ne s’inspire pas de l’anarchisme. Au contraire, elle insiste sur la néces­sité pour la lutte pro­lé­ta­rienne de « la conquête des droits poli­tiques »6.

Elle pré­cise que la grève de masse ne peut être déclen­chée « à un jour déter­miné du calen­drier, sur un décret de la direc­tion du Parti »7. Par consé­quent, concer­nant « l’application pra­tique de la grève de masse en Alle­magne, l’histoire en déci­dera comme elle en a décidé en Rus­sie ; pour l’histoire, la social-démocratie et ses réso­lu­tions sont un fac­teur impor­tant, certes, mais un fac­teur parmi beau­coup d’autres »8. L’élément déter­mi­nant, c’est la lutte déci­dée et menée en com­mun, qui pré­fi­gure en par­tie la société à venir. C’est par la lutte auto-organisée qu’un pas­sage au socia­lisme est pos­sible, non seule­ment parce qu’elle change le rap­port de force entre les classes sociales, mais aussi parce qu’elle crée de nou­velles rela­tions humaines, parce qu’elle libère la créa­ti­vité révo­lu­tion­naire des masses. A l’inverse, ceux qui adoptent une concep­tion dog­ma­tique s’exposent à des dés­illu­sions, puisque « l’histoire se moque des bureau­crates amou­reux des sché­mas pré­fa­bri­qués »9.

Dans le cha­pitre III, Rosa Luxem­burg ana­lyse les pré­misses his­to­riques de la révo­lu­tion russe de 1905, en remon­tant jusqu’à la grève géné­rale spon­ta­née de 1896 à Saint-Pétersbourg. On retrouve au cours de ces mou­ve­ments suc­ces­sifs les mêmes reven­di­ca­tions des tra­vailleurs : la hausse des salaires et la réduc­tion du temps de tra­vail. En 1902, la grève géné­rale à Ros­tov crée un espace de liberté : « tous les jours se tenaient en plein air des mee­tings monstres de 15 à 20.000 ouvriers […] des ora­teurs social-démocrates y pre­naient, pour la pre­mière fois, publi­que­ment la parole ; des dis­cours enflam­més sur le socia­lisme et la liberté poli­tique y étaient tenus et accueillis avec un enthou­siasme extra­or­di­naire ; des tracts révo­lu­tion­naires étaient dif­fu­sés à des dizaines de mil­liers d’exemplaires. Au milieu de la Rus­sie figée dans son abso­lu­tisme, le pro­lé­ta­riat de Ros­tov conquiert, pour la pre­mière fois, dans le feu de l’action, le droit de réunion, la liberté de parole »10.

Puis, en jan­vier 1905 éclate la révo­lu­tion russe. L’« éveil de la conscience de classe se mani­feste immé­dia­te­ment de la manière sui­vante : une masse de mil­lions de pro­lé­taires découvre tout à coup, avec un sen­ti­ment d’acuité insup­por­table, le carac­tère into­lé­rable de son exis­tence sociale et écono­mique, dont elle subis­sait l’esclavage depuis des décen­nies sous le joug du capi­ta­lisme. Aus­si­tôt se déclenche un sou­lè­ve­ment géné­ral et spon­tané en vue de secouer ce joug, de bri­ser ces chaînes ». Luxem­burg sou­ligne que le pro­lé­ta­riat a besoin « d’un haut degré d’éducation poli­tique, de conscience de classe et d’organisation […] mais cette éduca­tion, il l’acquerra à l’école poli­tique vivante, dans la lutte et par la lutte, au cours de la révo­lu­tion en marche ». De fait, les grèves de 1905 ont per­mis « l’élévation géné­rale du niveau de vie du pro­lé­ta­riat sur le plan écono­mique, social et intel­lec­tuel »11.

Elles ont égale­ment entraîné la for­ma­tion d’une nou­velle orga­ni­sa­tion de lutte, les conseils ouvriers (« soviet », en russe) : « On a vu se consti­tuer spon­ta­né­ment dans les plus grandes usines de tous les centres indus­triels impor­tants des Comi­tés ouvriers ». Luxem­burg parle égale­ment plus loin de l’action du « Conseil des délé­gués ouvriers » de Saint-Pétersbourg12. En 1910, elle parle de nou­veau du « Soviet des délé­gués ouvriers de Péters­bourg »13.

Ce nou­vel outil apparu dans, par et pour la lutte est une inven­tion des masses mobi­li­sées. Plus lar­ge­ment, la grève de masse « n’est pas un moyen ingé­nieux inventé pour ren­for­cer l’effet de la lutte pro­lé­ta­rienne, mais elle est le mou­ve­ment même de la masse pro­lé­ta­rienne, la force de mani­fes­ta­tion de la lutte pro­lé­ta­rienne au cours de la révo­lu­tion ». Au cours de la révo­lu­tion russe, les grèves « naquirent spon­ta­né­ment à l’occasion d’incidents par­ti­cu­liers locaux et for­tuits et non d’après un plan pré­conçu et déli­béré et, avec la puis­sance de forces élémen­taires, elles prirent les dimen­sions d’un mou­ve­ment de grande enver­gure »14.

Dans ces « grèves de lutte », Rosa Luxem­burg remarque que « l’élément écono­mique et l’élément poli­tique sont indis­so­lu­ble­ment liés […]. Lorsque la lutte poli­tique s’étend, se cla­ri­fie et s’intensifie, non seule­ment la lutte reven­di­ca­tive ne dis­pa­raît pas mais elle s’étend, s’organise, et s’intensifie paral­lè­le­ment. Il y a inter­ac­tion com­plète entre les deux ». Les luttes écono­miques consti­tuent une constante dans la lutte de classe des tra­vailleurs. Et quand l’action poli­tique concrète se pro­duit, loin de dis­pa­raître, les reven­di­ca­tions écono­miques sont au contraire ren­for­cées : les tra­vailleurs « se sou­lèvent contre leur condi­tion d’esclavage écono­mique. Le geste de révolte qu’est la lutte poli­tique leur fait sen­tir avec une inten­sité insoup­çon­née le poids de leurs chaînes écono­miques »15.

En pra­tique, « le pro­lé­ta­riat lutte à la fois contre l’absolutisme et contre l’exploitation capi­ta­liste […] la lutte révo­lu­tion­naire a pour objec­tif à la fois la liberté poli­tique et la conquête de la jour­née de huit heures16 ainsi que d’un niveau maté­riel d’existence conve­nable pour le pro­lé­ta­riat. Ce carac­tère double de la révo­lu­tion russe se mani­feste dans ces liai­son et inter­ac­tion étroites entre la lutte écono­mique et la lutte poli­tique, que les événe­ments de Rus­sie nous ont fait connaître et qui s’expriment pré­ci­sé­ment dans la grève de masse. […] Aujourd’hui la classe ouvrière est obli­gée de s’éduquer, de se ras­sem­bler, et de se diri­ger elle-même au cours de la lutte et ainsi la révo­lu­tion est diri­gée autant contre l’exploitation capi­ta­liste que contre le vieux pou­voir d’Etat »17. Quelques années plus tard, elle écrira que c’était « une lutte aussi bien pour les inté­rêts écono­miques que poli­tiques des tra­vailleurs, contre le capi­tal et contre le tsa­risme, pour la jour­née de huit heures et pour une consti­tu­tion démo­cra­tique »18.

Pour­sui­vant son ana­lyse de ces luttes mas­sives, Rosa Luxem­burg n’a pas une concep­tion méca­niste, auto­ma­tiste : ainsi, elle écrit que « même pen­dant la révo­lu­tion les grèves ne tombent pas du ciel. Il faut qu’elles soient d’une façon ou d’une autre faites par les ouvriers ». La grève de masse est un pro­ces­sus où évolue la conscience des tra­vailleurs en lutte. Cepen­dant, la spon­ta­néité dans la lutte n’émerge pas de rien, mais des expé­riences vécues (au tra­vail, par des mobi­li­sa­tions aux­quelles on a par­ti­cipé ou que l’on a pu obser­ver, etc.). Luxem­burg consi­dère que l’organisation poli­tique a, une fois l’action déclen­chée, un rôle de direc­tion pour « l’exécution de telle ou telle action iso­lée » ; il ne s’agit pas de « don­ner arbi­trai­re­ment des ordres », mais de « s’adapter le plus habi­le­ment pos­sible à la situa­tion » en gar­dant « le contact le plus étroit avec le moral des masses ». C’est d’une inter­ac­tion per­ma­nente qu’il s’agit ; il convient donc de ne pas sous-estimer les masses : « Une tac­tique socia­liste consé­quente, réso­lue, allant de l’avant, pro­voque dans la masse un sen­ti­ment de sécu­rité, de confiance, de com­ba­ti­vité ; une tac­tique hési­tante, faible, fon­dée sur une sous-estimation des forces du pro­lé­ta­riat, para­lyse et déso­riente la masse »19. Mais l’organisation ne peut pas et ne doit pas cher­cher à se sub­sti­tuer aux masses elles-mêmes.

Dans son argu­men­ta­tion, Rosa Luxem­burg part de la réa­lité telle qu’elle est en Alle­magne pour y com­battre les idées reçues. Dans le cha­pitre V, elle montre que les leçons de la révo­lu­tion russe peuvent aussi ser­vir pour l’Allemagne. Au cha­pitre VI, elle s’oppose aux concep­tions des direc­tions bureau­cra­tiques : « les syn­di­cats, comme les autres orga­ni­sa­tions de com­bat du pro­lé­ta­riat, ne peuvent à la longue se main­te­nir que par la lutte […]. La concep­tion rigide et méca­nique de la bureau­cra­tie n’admet la lutte que comme résul­tat de l’organisation par­ve­nue à un cer­tain degré de sa force », alors qu’en fait l’organisation est « un pro­duit de la lutte ». Par exemple, il ne faut pas s’appuyer que sur les tra­vailleurs syn­di­qués : « Pour que la grève, ou plu­tôt les grèves de masse, pour que la lutte soit cou­ron­née de suc­cès, elles doivent deve­nir un véri­table mou­ve­ment popu­laire, c’est-à-dire entraî­ner dans la bataille les couches les plus larges du pro­lé­ta­riat »20.

Citons un large extrait, par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant, qui expose clai­re­ment cette conception :

« Le mou­ve­ment pro­lé­ta­rien ne doit jamais être conçu comme le mou­ve­ment d’une mino­rité orga­ni­sée. Toute véri­table grande lutte de classe doit se fon­der sur le sou­tien et la par­ti­ci­pa­tion des masses les plus larges ; une stra­té­gie de la lutte de classe qui ne tien­drait pas compte de cette par­ti­ci­pa­tion, mais qui n’envisagerait que les défi­lés bien ordon­nés de la petite par­tie du pro­lé­ta­riat enré­gi­men­tée dans ses rangs, serait condam­née à un échec lamentable.

En Alle­magne, les grèves et les actions poli­tiques de masse ne peuvent abso­lu­ment pas être menées par les seuls mili­tants orga­ni­sés, ni com­man­dées par un état-major émanant d’un orga­nisme cen­tral du Parti. Comme en Rus­sie, ce dont on a besoin dans un tel cas, c’est moins de dis­ci­pline, d’éduca­tion poli­tique, d’une évalua­tion aussi pré­cise que pos­sible des frais et des sub­sides, que d’une action de classe réso­lue et véri­ta­ble­ment révo­lu­tion­naire, capable de tou­cher et d’entraîner les couches les plus éten­dues des masses pro­lé­taires inor­ga­ni­sées, mais révo­lu­tion­naires par leur sym­pa­thie et leur condition.

La sur­es­ti­ma­tion ou la fausse appré­cia­tion du rôle de l’organisation dans la lutte de classe du pro­lé­ta­riat est liée géné­ra­le­ment à une sous-estimation de la masse des pro­lé­taires inor­ga­ni­sés et de leur matu­rité poli­tique. C’est seule­ment dans une période révo­lu­tion­naire, dans le bouillon­ne­ment des grandes luttes ora­geuses de classe que se mani­feste le rôle éduca­teur de l’évolution rapide du capi­ta­lisme et de l’influence socia­liste sur les larges couches popu­laires »21.

En effet, « dans la révo­lu­tion où la masse elle-même paraît sur la scène poli­tique, la conscience de classe devient concrète et active ». Par consé­quent, « six mois de révo­lu­tion feront davan­tage pour l’éducation de ces masses actuel­le­ment inor­ga­ni­sées que dix ans de réunions publiques et de dis­tri­bu­tions de tracts », ce qui ne signi­fie pas que cette acti­vité quo­ti­dienne en période non-révolutionnaire serait inutile ; mais elle doit être consi­dé­rée à sa juste impor­tance. Pour autant, l’organisation révo­lu­tion­naire ne doit pas « attendre avec fata­lisme, les bras croi­sés, que se pro­duise une situa­tion révo­lu­tion­naire ni que le mou­ve­ment popu­laire spon­tané ne tombe du ciel »22. Un tra­vail mili­tant d’explication des condi­tions sociales, de pro­po­si­tion d’objectifs en rup­ture avec la société divi­sée en classes sociales, doit être mené.

Dans sa façon de rendre compte de la révo­lu­tion russe à un lec­to­rat de socia­listes en Alle­magne, Rosa Luxem­burg trace une véri­table pers­pec­tive inter­na­tio­na­liste : il importe que « les ouvriers alle­mands apprennent à regar­der la révo­lu­tion russe comme leur propre affaire ; il ne suf­fit pas qu’ils éprouvent une soli­da­rité inter­na­tio­nale de classe avec le pro­lé­ta­riat russe, ils doivent consi­dé­rer cette révo­lu­tion comme un cha­pitre de leur propre his­toire sociale et poli­tique »23.

Le cha­pitre VIII, le der­nier de la bro­chure, est net­te­ment écrit en vue du congrès du SPD, en liai­son avec les débats internes au parti. Les pro­pos de Luxem­burg s’inscrivent en par­ti­cu­lier dans le contexte spé­ci­fique des syn­di­cats en Alle­magne, qui étaient à l’époque liés à l’aile droite de la social-démocratie.

Rosa Luxem­burg rap­pelle que « dans une action révo­lu­tion­naire de masse, la lutte poli­tique et la lutte écono­mique ne font plus qu’un […] ; il n’existe pas deux espèces de luttes dis­tinctes de la classe ouvrière, l’une de carac­tère poli­tique, et l’autre de carac­tère écono­mique, il n’y a qu’une seule lutte de classe, visant à la fois à limi­ter les effets de l’exploitation capi­ta­liste et à sup­pri­mer cette exploi­ta­tion en même temps que la société bour­geoise »24. Outre l’aspect lié à la situa­tion du mou­ve­ment ouvrier à l’époque en Alle­magne, il y a là une leçon tou­jours actuelle : la néces­sité de l’union des tra­vailleurs sur le lieu de tra­vail, sur le lieu même de l’exploitation, pour créer de la soli­da­rité de classe et lut­ter ensemble contre le patro­nat que l’on subit de façon directe et immé­diate. Il faut pou­voir orga­ni­ser dans les entre­prises une défense col­lec­tive face à l’arbitraire patronal.

Mais les luttes poli­tiques et écono­miques étant liées, pour­quoi existerait-il deux organes, l’un poli­tique et l’autre syn­di­cal ? D’ailleurs, dans la lutte se créent des struc­tures qui intègrent ces deux aspects : les conseils ouvriers, les Assem­blées Géné­rales – non seule­ment sur une base pro­fes­sion­nelle, mais aussi sur une base géo­gra­phique. Au cours de la révo­lu­tion alle­mande, naî­tront des « orga­ni­sa­tions uni­taires »25 parmi des dis­si­dents du Parti com­mu­niste d’Allemagne (KPD). Il s’agit de créer des struc­tures de lutte, de démo­cra­tie à la base qui sont à la fois poli­tiques et économiques.

Rosa Luxem­burg écrit que les per­ma­nents syn­di­caux sont atteints de « bureau­cra­tisme et d’une cer­taine étroi­tesse de vues. Ces deux défauts se mani­festent dans des ten­dances diverses qui peuvent deve­nir tout à fait fatales à l’avenir du mou­ve­ment syn­di­cal. L’une d’elles consiste à sur­es­ti­mer l’organisation et à en faire peu à peu une fin en soi et le bien suprême auquel les inté­rêts de la lutte doivent être subor­don­nés »26. D’autre part, le bureau­cra­tisme tou­chait aussi le SPD – comme Rosa Luxem­burg le savait.

Fon­da­men­ta­le­ment, sur­es­ti­mer l’organisation c’est sous-estimer les capa­ci­tés des masses ; c’est aussi prendre les moyens pour une fin. Au contraire, le socia­lisme « fonde son influence sur l’intelligence et le sens cri­tique des masses ». Pour­tant, les syn­di­cats prennent le che­min inverse. Luxem­burg cri­tique la réduc­tion en leur sein du rôle des comi­tés locaux et le fait que la direc­tion soit exer­cée par des per­ma­nents : « L’initiative et le juge­ment deviennent alors pour ainsi dire des com­pé­tences tech­niques spé­cia­li­sées, tan­dis que la masse n’a plus qu’à exer­cer la dis­ci­pline pas­sive de l’obéissance. Ces incon­vé­nients du fonc­tion­na­risme s’étendent même au parti »27. Pour Rosa Luxem­burg, la démo­cra­tie doit s’exercer libre­ment au sein des luttes, ainsi que dans les orga­ni­sa­tions du mou­ve­ment ouvrier. Elle ne s’oppose donc pas au prin­cipe de l’organisation – au contraire. Mais elle s’oppose à la sur­es­ti­ma­tion du rôle de l’organisation au détri­ment de celui des masses. Selon Marx et Luxem­burg, l’émancipation des tra­vailleurs doit être l’œuvre des tra­vailleurs eux-mêmes, ce qu’elle ne manque pas de rap­pe­ler : « L’émancipation de la classe tra­vailleuse ne peut être que l’œuvre de la classe tra­vailleuse elle-même, comme le dit le Mani­feste com­mu­niste ; et par classe tra­vailleuse, il ne faut pas entendre une direc­tion de parti de sept ou douze membres, mais la masse pro­lé­ta­rienne consciente elle-même. Chaque pas en avant de la lutte d’émancipation de la classe tra­vailleuse doit s’accompagner d’un accrois­se­ment de son indé­pen­dance intel­lec­tuelle, de son auto-activité, de son auto­dé­ter­mi­na­tion et de son ini­tia­tive. »28 Par contre, pour des « socia­listes » uto­piques, blan­quistes, réfor­mistes ou léni­nistes, l’émancipation doit être l’œuvre d’une orga­ni­sa­tion et/ou d’une mino­rité éclai­rée – on retrouve cette même hyper­tro­phie du rôle de l’organisation chez Bern­stein, Kautsky ou Lénine.

En sep­tembre 1913, au cours du congrès du SPD, Rosa Luxem­burg est de nou­veau mino­ri­taire dans sa défense de la grève de masse. Elle déclare que « la grève des masses en Alle­magne ne pourra pas être faite sim­ple­ment par ordre des chefs, mais les chefs n’ont pas non plus à la décom­man­der lorsqu’elle sera deve­nue néces­saire ». Pour défendre le point de vue de la direc­tion, c’est Gus­tav Bauer, député de l’aile droite du SPD et diri­geant syn­di­cal, qui s’oppose à elle en insis­tant uni­que­ment sur le rôle de « la dis­ci­pline et l’organisation »29. Cette croyance en une vertu magique de la dis­ci­pline et de l’organisation pose un grave pro­blème : que reste-t-il à l’initiative des masses ? Cette tac­tique bureau­cra­tique bride en fait le mou­ve­ment réel pour l’auto-émancipation.

Pour Rosa Luxem­burg, il faut abso­lu­ment éviter cette erreur qui trans­forme les moyens en fins. Dès 1902, elle rap­pe­lait ainsi que « l’organisation et l’éducation en elles-mêmes ne sont pas encore la lutte, mais uni­que­ment des moyens de pré­pa­ra­tion à la lutte »30. Fon­da­men­ta­le­ment, la concep­tion luxem­bur­gienne s’oppose à « l’idée qu’une révo­lu­tion peut être faite arbi­trai­re­ment. […] L’histoire de toutes les révo­lu­tions pré­cé­dentes nous montre que les larges mou­ve­ments popu­laires, loin d’être un pro­duit arbi­traire et conscient des soi-disant chefs ou des par­tis, comme se le figurent le poli­cier et l’historien bour­geois offi­ciel, sont plu­tôt des phé­no­mènes sociaux élémen­taires, pro­duits par une force natu­relle ayant sa source dans le carac­tère de classe de la société moderne. »31 Luxem­burg insiste plus lar­ge­ment contre les idées reçues qui enferment la révo­lu­tion dans une vision étroite, bor­née et réac­tion­naire : « A la dif­fé­rence de la police qui par révo­lu­tion entend sim­ple­ment la bataille de rue et la bagarre, c’est-à-dire le “désordre”, le socia­lisme scien­ti­fique voit d’abord dans la révo­lu­tion un bou­le­ver­se­ment interne pro­fond des rap­ports de classe »32.

Pour la réa­li­sa­tion du socia­lisme, il y a une néces­sité abso­lue de l’action révo­lu­tion­naire des masses elles-mêmes. La conscience de classe naît, se ren­force et se pré­cise le mieux pen­dant les luttes spon­ta­nées, du fait qu’elles sont menées par les tra­vailleurs eux-mêmes – et non du dehors. Il y a néan­moins une uti­lité de l’action des mili­tants, mais le rôle pré­pon­dé­rant est celui de la créa­ti­vité des tra­vailleurs eux-mêmes. Luxem­burg rap­pel­lera au congrès de Mann­heim qu’il faut « tirer nos ensei­gne­ments du dérou­le­ment des faits his­to­riques »33. Elle met ainsi en pra­tique un mar­xisme vivant, en tant que théo­rie liée au mou­ve­ment réel et non comme une idéo­lo­gie figée. Elle l’écrivit elle-même : le mar­xisme est « une vision du monde qui ne peut échap­per à l’ossification qu’en don­nant libre cours au débat d’idées ouvert »34. Comme l’a résumé son bio­graphe et cama­rade Paul Frö­lich : « Rosa Luxem­burg ne cal­cu­lait ni ne construi­sait de solu­tion modèle pour l’avenir. Elle pui­sait dans l’expérience vivante, étudiant jusque dans les détails le pro­ces­sus his­to­rique de l’affrontement entre les classes, tout en gar­dant tou­jours la conscience de l’unité de ce pro­ces­sus. »35

III

Le congrès du SPD en 1906 dis­cuta effec­ti­ve­ment de la grève de masse poli­tique, dont l’emploi fut envi­sagé si les cir­cons­tances l’imposaient. Mais les réso­lu­tions offi­cielles, déjà assez pru­dentes et sans appli­ca­tion immé­diate, res­te­ront lettre morte.

Début 1910, des mou­ve­ments se déve­loppent en Alle­magne pour la démo­cra­ti­sa­tion du sys­tème élec­to­ral. Rosa Luxem­burg pro­pose de mettre à l’ordre du jour la grève de masse afin d’obtenir le suf­frage uni­ver­sel égal36, tout en fixant l’objectif d’abolition de la monar­chie et de mise en place de la répu­blique. Un débat l’oppose alors à Karl Kautsky, le prin­ci­pal théo­ri­cien du SPD, qui s’oppose à cette pro­po­si­tion d’action.

Luxem­burg com­mence par remettre à sa place l’importance de l’organisation, qui est infé­rieure à l’action col­lec­tive des masses elles-mêmes : « les diri­geants syn­di­caux ne sont abso­lu­ment pas en mesure d’empêcher un mou­ve­ment de grève de masse s’il résulte de la situa­tion, de l’exacerbation du com­bat, de l’état d’esprit des masses pro­lé­ta­riennes »37. Plus encore, « la déci­sion d’engager une action immé­diate de la masse ne peut sur­gir que de la masse elle-même »38. Fon­da­men­ta­le­ment, « c’est la masse elle-même qui doit être mûre pour faire face à toutes les éven­tua­li­tés poli­tiques, c’est elle qui doit déter­mi­ner elle-même ses actions et ne pas attendre qu’au moment donné le chef d’orchestre, tout là-haut, lui donne le signal […]. Selon Marx, on doit consi­dé­rer la masse, sa conscience de classe, comme le fac­teur déter­mi­nant »39. Par consé­quent, Rosa Luxem­burg pré­cise bien qu’il ne s’agit pas « d’introduire le socia­lisme par sur­prise à la faveur d’une grève de masse ». Selon elle, per­sonne ne consi­dère la grève de masse « comme l’opposé de l’activité quo­ti­dienne de for­ma­tion, déve­lop­pe­ment de la conscience de classe, orga­ni­sa­tion des masses, mais comme un moyen éminent de pro­mou­voir cette for­ma­tion, cette conscience de classe, cette orga­ni­sa­tion dans les masses pro­lé­ta­riennes »40.

Il s’agit de mettre en débat la grève de masse, pour que les masses s’en emparent ou non. « Il ne s’agit pas de déclen­cher au sif­flet du jour au len­de­main une grève de masse en Prusse, il ne s’agit pas de convier les tra­vailleurs à déclen­cher la grève de masse la semaine pro­chaine mais […] de faire clai­re­ment com­prendre aux masses » qu’elles ne doivent comp­ter que « sur elles-mêmes seules, sur la déter­mi­na­tion de leur propre action de classe ». Citant Hein­rich Heine, elle écrit que « C’est la masse qui compte »41. Cela n’empêche pas par ailleurs les orga­ni­sa­tions de pro­po­ser des objec­tifs poli­tiques, de mettre en débat des moyens d’action, le tout évidem­ment de façon hon­nête et sans res­treindre les ini­tia­tives venant de la base.

Dès 1910, la cri­tique de Rosa Luxem­burg à l’encontre de la direc­tion du SPD est lucide et impla­cable – il faut sou­li­gner que les pro­pos sui­vants sont écrits dans une revue du SPD : « La social-démocratie ne peut pas créer arti­fi­ciel­le­ment un mou­ve­ment de masse révo­lu­tion­naire mais, dans cer­taines cir­cons­tances, elle peut bel et bien para­ly­ser la plus belle action de masse en adop­tant une tac­tique oscil­lante, sans éner­gie ». Et de fait, « notre appa­reil orga­ni­sa­tion­nel et la dis­ci­pline de notre Parti sont plus appro­priés à frei­ner le mou­ve­ment qu’à diri­ger de grandes actions de masse »42.

Elle enfonce le clou en 1911, en écri­vant que de façon plus géné­rale « l’essence his­to­rique de la lutte de classe pro­lé­ta­rienne consiste dans le fait que les masses pro­lé­ta­riennes n’ont besoin d’aucun “chef” dans le sens bour­geois, mais qu’elles sont elles-mêmes leurs propres chefs. »43

Le fossé entre Rosa Luxem­burg et les direc­tions – du SPD et des syn­di­cats – n’allait par la suite ces­ser de se creu­ser. Elle réaf­fir­mait l’objectif révo­lu­tion­naire pour l’auto-émancipation quand, de l’autre côté, le bureau­cra­tisme et l’adaptation au régime en place se renforçaient.

Luxem­burg fut assas­si­née avant qu’une conclu­sion pra­tique de ce débat ne se pro­duise : en 1920, face à un coup de force d’extrême droite (le putsch de Kapp) qui mena­çait la répu­blique, les dif­fé­rents cou­rants du mou­ve­ment ouvrier orga­ni­sèrent une grève de masse qui mit le coup d’Etat en déroute. Au pre­mier rang des orga­ni­sa­teurs de cette grève se trou­vait Karl Legien, lea­der syn­di­cal qui en 1905–1906 avait rejeté le recours à ce type d’action. La néces­sité de l’heure avait mon­tré à ses adver­saires, qua­torze ans après, l’utilité de ce moyen de lutte, y com­pris en Allemagne.

Si les écrits de Rosa Luxem­burg doivent, comme tout texte poli­tique, être pas­sés au crible de l’esprit cri­tique, nous par­ta­geons son objec­tif essen­tiel : le chan­ge­ment radi­cal de société par l’action directe et consciente des masses elles-mêmes.

Les publi­ca­tions en fran­çais de Grève de masse, parti et syn­di­cats44 :

* 1908–1909 : La Grève en masse, le parti et les syn­di­cats, publi­ca­tion en feuille­ton dans Le Socia­liste, heb­do­ma­daire de la SFIO (qui n’était à l’époque dif­fusé qu’à envi­ron 2000 exem­plaires). Le texte est publié de façon irré­gu­lière, en 20 fois, entre le n° 183 du 8 novembre 1908 et le n° 215 du 27 juin 1909. Tra­duc­tion de Bracke.

* 1909 : La Grève en masse, le parti et les syn­di­cats, reprise en bro­chure de la tra­duc­tion pré­cé­dente, par l’éditeur socia­liste belge Volks­druk­ke­rij (Gand).

* 1936 : Grève géné­rale, parti et syn­di­cats, reprise de l’édition de 1909 par la Ligue des com­mu­nistes inter­na­tio­na­listes (groupe poli­tique belge).

* 1947 : Grève géné­rale, parti et syn­di­cats, reprise de l’édition de 1909, avec un avant-propos de Bracke et une pré­sen­ta­tion de Paul Frö­lich (extraite de sa bio­gra­phie de Luxem­burg), par les éditions Spartacus.

* 1964 : Grève de masses, parti et syn­di­cats, reprise à l’identique de l’édition de 1947 sans l’avant-propos de Bracke, par l’éditeur Maspero.

* 1969 : Grève de masse, parti et syn­di­cats, nou­velle tra­duc­tion d’Irène Petit, par l’éditeur Mas­pero, regroupé avec Réforme sociale ou révo­lu­tion ? sous le titre : Œuvres I. Réim­pres­sions en 1971 et 1976.

* 1974 : Grève géné­rale, parti et syn­di­cats, remise sous cou­ver­ture de l’édition de 1947, par les éditions Spartacus.

* 2001 : Grève de masse, parti et syn­di­cats, réédi­tion en fac-similé de l’édition de 1969, par les éditions La Décou­verte. Réim­pri­mée après le pas­sage à l’euro, cette édition est la seule actuel­le­ment disponible.

1 « Réponse au cama­rade Van­der­velde », 14 mai 1902, dans Rosa Luxem­burg, L’Expérience belge de grève géné­rale, Spar­ta­cus, 1973, p. 29–30.

2 « La grève géné­rale d’avril 1913 », 19 mai 1913, dans L’Expérience belge de grève géné­rale, p. 51.

3 Et non 1906 comme indi­qué par erreur en note dans l’édition de Rosa Luxem­burg, Grève de masse, parti et syn­di­cats, La Décou­verte, 2001, p. 102.

4 Des pas­sages du texte auraient été cen­su­rés sur demande de la direc­tion du SPD, mais il semble que c’était dans cette pre­mière édition au tirage limi­tée – le texte tel qu’on le connaît serait donc complet.

5 Rosa Luxem­burg, Grève de masse, parti et syn­di­cats, La Décou­verte, 2001, p. 152.

6 Grève de masse, parti et syn­di­cats, p. 96.

7 Grève de masse…, p. 98 ; de même : « on ne peut déclen­cher arbi­trai­re­ment la grève de masse », p. 134.

8 Grève de masse…, p. 102.

9 Grève de masse…, p. 119.

10 Grève de masse…, p. 107.

11 Grève de masse…, p. 113–116.

12 Grève de masse…, p. 119 et 124 (dans l’original : « Rat der Arbei­ter­de­le­gier­ten »).

13 Rosa Luxem­burg, « La théo­rie et la pra­tique », 1910, dans Socia­lisme : la voie occi­den­tale, PUF, 1983, p. 189 (dans l’original : « Rat der Arbei­ter­de­le­gier­ten », comme 4 ans plus tôt). Voir aussi sa lettre à Luise Kautsky du 22 août 1906 (dans Vive la lutte !, cor­res­pon­dance 1881–1914, Mas­pero, 1976, p. 274), etc.

14 Grève de masse…, p. 128–129.

15 Grève de masse…, p. 130–133.

16 Ce qui signi­fiait à l’époque une impor­tante réduc­tion du temps de travail.

17 Grève de masse…, p. 153, tra­duc­tion revue.

18 « La théo­rie et la pra­tique », 1910, Socia­lisme : la voie occi­den­tale, p. 199–200.

19 Grève de masse…, p. 135–137.

20 Grève de masse…, p. 146–147, tra­duc­tion revue.

21 Grève de masse…, p. 148, tra­duc­tion revue.

22 Grève de masse…, p. 149–150, tra­duc­tion revue.

23 Grève de masse…, p. 155–156.

24 Grève de masse…, p. 161.

25 Il s’agissait de groupes for­més par lieu de tra­vail, qui visaient à uni­fier action écono­mique et poli­tique, dépas­sant ainsi la divi­sion entre syn­di­cats et par­tis. Cer­tains se regrou­pèrent en 1920–1921 au sein de l’All­ge­meine Arbeiter-Union – Ein­heit­sor­ga­ni­sa­tion (AAU-E, Union géné­rale des tra­vailleurs orga­ni­sa­tion unitaire).

26 Grève de masse…, p. 169.

27 Grève de masse…, p. 170–171.

28 Rosa Luxem­burg, « Wie­der Masse und Füh­rer », Leip­zi­ger Volks­zei­tung, 29 août 1911 ; article inédit en fran­çais, nous tra­dui­sons d’après Gesam­melte Werke, tome 3, Dietz Ver­lag, 1990, p. 38.

29 Cité dans L’Humanité du 17 sep­tembre 1913.

30 Rosa Luxem­burg, L’Expérience belge de grève géné­rale, p. 35.

31 L’Expérience belge de grève géné­rale, p. 36.

32 Grève de masse…, p. 132–133.

33 Cité dans L’Humanité du 29 sep­tembre 1906.

34 « La théo­rie et la pra­tique », Socia­lisme : la voie occi­den­tale, p. 226.

35 Paul Frö­lich, Rosa Luxem­burg, Mas­pero, 1965, p. 174.

36 Le « sys­tème des trois classes », très inéga­li­taire, était alors en vigueur en Prusse. Il accor­dait beau­coup plus de poids au vote des riches. Par ailleurs, le suf­frage était inter­dit aux femmes.

37 Rosa Luxem­burg, « Usure ou com­bat ? », 1910, dans Socia­lisme : la voie occi­den­tale, PUF, 1983, p. 93.

38 Rosa Luxem­burg, « Et après ? », mars 1910, cité dans Socia­lisme : la voie occi­den­tale, p. 95.

39 « Usure ou com­bat ? », Socia­lisme : la voie occi­den­tale, p. 96.

40 « Usure ou com­bat ? », p. 106–107.

41 « Usure ou com­bat ? », p. 120–123.

42 Rosa Luxem­burg, « La théo­rie et la pra­tique », 1910, Socia­lisme : la voie occi­den­tale, p. 221–222.

43 « Wie­der Masse und Füh­rer », Gesam­melte Werke, tome 3, p. 42.

44 Voir aussi « La lente récep­tion de Rosa Luxem­burg en France » dans notre bro­chure sur Luxem­burg, 2011 – nou­velle édition revue et aug­men­tée publiée en 2014 : critique-sociale.info/836/brochure-rosa-luxemburg-mise-a-jour

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