Combattons tous les replis

Diverses tendances au repli traversent actuellement la société. La montée du vote pour l’extrême droite, ainsi que les manifestations contre le « mariage pour tous » en ont été récemment des phénomènes très visibles en France. Les peurs irrationnelles, le rejet de l’autre, voire la haine de la différence, se sont largement exprimés. Quelles sont les causes de ce courant réactionnaire ?

L’austérité, consécutive à la crise capitaliste en cours depuis 2007-2008, est en soi un repli. C’est une politique désastreuse socialement, et qui constitue un terreau terrible pour les replis politiques, « identitaires », etc. Une des tendances de long terme qui favorise ces dérives est le développement de la précarité. L’augmentation des contrats précaires est d’ailleurs elle-même facilitée par le chômage de masse qui s’installe dans la durée1. Toute cette insécurité sociale pousse certains, non à s’attaquer aux causes des problèmes, mais à chercher à se réfugier derrière d’imaginaires « frontières » identitaires.

Cette tentation du recul tend à contaminer presque tous les courants politiques, à un niveau ou un autre. Certains relativisent l’intolérable – et ils le font parce qu’ils ont de la bouillie dans la tête, mais aussi parce que les repères s’effacent. Par exemple, il est indispensable aujourd’hui de réaffirmer une évidence comme le fait que tous les partisans des théories du complot sont nos ennemis.

Il importe donc d’affirmer nettement l’existence de repères de classe. L’analyse rationnelle de la société ne peut faire l’économie du constat qu’elle est divisée en classes sociales, aux intérêts antagonistes. Il ne s’agit pas pour autant de s’en prendre aux personnes, qui ne font qu’occuper des fonctions sociales qui sont des conséquences du mode de production capitaliste : les prétendues « solutions » simplistes selon lesquelles il suffirait de remplacer tels individus par tels autres, ne sont que des impasses. Comme l’écrivait Karl Marx, il ne s’agit pas de « rendre l’individu responsable de rapports dont il reste socialement la créature, quoi qu’il puisse faire pour s’en dégager. »2

Ce point de vue, néanmoins, ne doit mener à aucune complaisance vis-à-vis de ceux qui se font les défenseurs de telle ou telle oppression, exploitation, ou division artificielle xénophobe, nationaliste, « identitaire », etc. Les conservateurs et réactionnaires sont nos adversaires, les alliances prétendues « tactiques » avec certains d’entre eux ne sont que des renoncements voire des trahisons.

Lutter réellement, efficacement et durablement contre l’extrême droite exige d’abord et avant tout de combattre toutes ces tendances au repli. Il nous faut renverser ce courant du retour en arrière, briser les préjugés et les haines au moyen de la solidarité. Ceux qui disent, par conviction conservatrice mal assumée ou bien par pur opportunisme, qu’il faudrait adopter certains éléments de repli afin de ne pas en laisser le monopole au FN, se trompent ou nous trompent : ils ne font que renforcer le repli sur soi, qui non seulement nourrit le vote d’extrême droite, mais renforce aussi les tensions et violences dans la société. Cette lamentable « tactique » ne peut que nous éloigner de l’objectif d’auto-émancipation, qui nécessite l’unité.

Ne cédons pas d’un pouce face à tous ces courants qui mènent à la division. Agissons pour le développement de la solidarité et de la conscience de classe, pour l’analyse rationnelle et la plus exacte possible de l’histoire et de l’état actuel de la société, pour des mobilisations unitaires permettant des avancées sociales. Contre tous les replis, luttons pour le progrès social par l’internationalisme.

Manifestation à Rome le 25 octobre 2014 contre un projet de loi réduisant les droits des salariés.

1 Voir « La société du chômage de masse », Critique Sociale n° 3 (décembre 2008).

2 Préface au Capital, 1867, dans Karl Marx, Œuvres tome I, Bibliothèque de la Pléiade, p. 550.