Contre toutes les barbaries

C’est un véritable choc que d’apprendre, ce 7 janvier, qu’une attaque meurtrière contre Charlie Hebdo a fait 12 morts. Cette barbarie a manifestement été perpétrée par des tenants de l’extrême droite islamiste.

Nous combattons toutes les extrêmes droites, religieuses comme politiques, tous ces partis de la haine qui s’entretiennent mutuellement et qui créent un climat détestable de racisme, de violence, de régression, de peur, dans cette période de crise économique et sociale du capitalisme mondial. Nous militons tout à la fois contre les haines meurtrières et contre la société qui les crée par la misère et la discrimination. Notre lutte politique s’exerce contre toutes les barbaries, contre toutes les intolérances, contre tous les amalgames, contre tous les replis.

L’objectif de ces assassinats politiques est de créer une spirale de haines réciproques. Nous devons déjouer cette stratégie de la tension. Pour notre part, nous poursuivrons notre objectif d’auto-émancipation mondiale par l’union de tous les exploités du monde, quelles que soient leurs origines.

Internationalisme, démocratie à la base, liberté réelle, égalité sociale, solidarité sans frontière !

Autoportrait de Cabu, tué ce 7 janvier 2015.

Combattons tous les replis

Diverses tendances au repli traversent actuellement la société. La montée du vote pour l’extrême droite, ainsi que les manifestations contre le « mariage pour tous » en ont été récemment des phénomènes très visibles en France. Les peurs irrationnelles, le rejet de l’autre, voire la haine de la différence, se sont largement exprimés. Quelles sont les causes de ce courant réactionnaire ?

L’austérité, consécutive à la crise capitaliste en cours depuis 2007-2008, est en soi un repli. C’est une politique désastreuse socialement, et qui constitue un terreau terrible pour les replis politiques, « identitaires », etc. Une des tendances de long terme qui favorise ces dérives est le développement de la précarité. L’augmentation des contrats précaires est d’ailleurs elle-même facilitée par le chômage de masse qui s’installe dans la durée1. Toute cette insécurité sociale pousse certains, non à s’attaquer aux causes des problèmes, mais à chercher à se réfugier derrière d’imaginaires « frontières » identitaires.

Cette tentation du recul tend à contaminer presque tous les courants politiques, à un niveau ou un autre. Certains relativisent l’intolérable – et ils le font parce qu’ils ont de la bouillie dans la tête, mais aussi parce que les repères s’effacent. Par exemple, il est indispensable aujourd’hui de réaffirmer une évidence comme le fait que tous les partisans des théories du complot sont nos ennemis.

Il importe donc d’affirmer nettement l’existence de repères de classe. L’analyse rationnelle de la société ne peut faire l’économie du constat qu’elle est divisée en classes sociales, aux intérêts antagonistes. Il ne s’agit pas pour autant de s’en prendre aux personnes, qui ne font qu’occuper des fonctions sociales qui sont des conséquences du mode de production capitaliste : les prétendues « solutions » simplistes selon lesquelles il suffirait de remplacer tels individus par tels autres, ne sont que des impasses. Comme l’écrivait Karl Marx, il ne s’agit pas de « rendre l’individu responsable de rapports dont il reste socialement la créature, quoi qu’il puisse faire pour s’en dégager. »2

Ce point de vue, néanmoins, ne doit mener à aucune complaisance vis-à-vis de ceux qui se font les défenseurs de telle ou telle oppression, exploitation, ou division artificielle xénophobe, nationaliste, « identitaire », etc. Les conservateurs et réactionnaires sont nos adversaires, les alliances prétendues « tactiques » avec certains d’entre eux ne sont que des renoncements voire des trahisons.

Lutter réellement, efficacement et durablement contre l’extrême droite exige d’abord et avant tout de combattre toutes ces tendances au repli. Il nous faut renverser ce courant du retour en arrière, briser les préjugés et les haines au moyen de la solidarité. Ceux qui disent, par conviction conservatrice mal assumée ou bien par pur opportunisme, qu’il faudrait adopter certains éléments de repli afin de ne pas en laisser le monopole au FN, se trompent ou nous trompent : ils ne font que renforcer le repli sur soi, qui non seulement nourrit le vote d’extrême droite, mais renforce aussi les tensions et violences dans la société. Cette lamentable « tactique » ne peut que nous éloigner de l’objectif d’auto-émancipation, qui nécessite l’unité.

Ne cédons pas d’un pouce face à tous ces courants qui mènent à la division. Agissons pour le développement de la solidarité et de la conscience de classe, pour l’analyse rationnelle et la plus exacte possible de l’histoire et de l’état actuel de la société, pour des mobilisations unitaires permettant des avancées sociales. Contre tous les replis, luttons pour le progrès social par l’internationalisme.

Manifestation à Rome le 25 octobre 2014 contre un projet de loi réduisant les droits des salariés.

1 Voir « La société du chômage de masse », Critique Sociale n° 3 (décembre 2008).

2 Préface au Capital, 1867, dans Karl Marx, Œuvres tome I, Bibliothèque de la Pléiade, p. 550.

Moyen-Orient : pour une position internationaliste

Le rôle des militants révolutionnaires internationalistes est de défendre l’indépendance politique des travailleurs en toutes circonstances, et tout particulièrement dans les moments de crise où la plupart des organisations existantes basculent dans le nationalisme, l’ethnicisme ou le soutien à telle ou telle faction impérialiste, que ce soit la « leur » ou bien une autre. Certaines le font du fait de leur nature d’organisations bourgeoises ou bureaucratiques, et d’autres du fait de leur suivisme opportuniste, en pensant cyniquement qu’elles récolteront plus tard les fruits de leur allégeance chauvine ou bigote. Il nous faut le rappeler inlassablement : les travailleurs n’ont pas de patrie. Par ailleurs, il n’existe pas de « religion des opprimés », toutes les religions rassemblent à la fois des opprimés et des oppresseurs, le clergé étant d’ordinaire plutôt du côté de ces derniers. Et les travailleurs n’ont pas de défenseurs armés autoproclamés non plus, pas plus ici qu’au Moyen-Orient.

La catastrophe politico-militaire qui se déroule sous nos yeux au Moyen-Orient impose aux internationalistes de faire la lumière sur les enjeux des luttes de pouvoir qui expliquent cette terrible situation. Depuis quelques semaines, les puissances occidentales ont entamé une campagne de bombardements aériens pour, selon leurs déclarations, stopper à distance l’avancée des forces de Daech, acronyme arabe bizarre (dans cette langue elle-même) désignant l’entité politico-militaire qui se présente comme un « État islamique ». Daech est un des mouvements s’affirmant comme sunnites qui luttent depuis plusieurs années contre l’État syrien qui est aux mains d’une famille alaouite (autre branche de l’islam, proche des chiites), et il faut se souvenir que lorsque ces mêmes puissances en septembre 2013 étaient sur le point de bombarder le régime syrien, elles ont envisagé de fournir des informations voire des armes à ce qu’elles décrivent aujourd’hui comme la pire abomination qui soit.

Force est de constater que Daech est vraisemblablement la pire horreur que l’islam politique ait jamais produite : massacres, génocides des autres mouvances religieuses, décapitations et exposition de cadavres, mise en esclavage des ennemis et surtout de leurs femmes… Il semble que la région n’avait pas connu un tel déferlement depuis longtemps. Les témoignages concordent et l’afflux de réfugiés terrorisés ne laisse que peu de place au doute. La répression aveugle et ultra-violente de la révolte des masses en Syrie contre le régime du clan Assad a engendré un monstre qui a dévoré presque tous les autres groupes qui s’opposent à l’armée, en les avalant ou en les massacrant. Notre solidarité internationaliste va vers les êtres humains qui subissent cette barbarie. Si Daech est désormais la menace principale qui pèse sur les populations du Moyen et du Proche-Orient, puisque le Liban est désormais en danger immédiat, on ne peut pas comprendre la situation si l’on en reste aux dernières nouvelles, aux dernières horreurs. Le cycle de violence qui a rendu possible l’émergence d’une telle entité remonte assez loin dans le temps, et implique bien plus que la simple opposition entre le régime syrien et sa population.

Une des façons d’envisager cette période est de prendre le bombardement et l’invasion de l’Irak par les forces étasuniennes et britanniques en 2003 comme le point de départ principal d’un déchaînement de brutalité qui s’est continué dans le terrorisme et la violence sectaire entre les différentes factions sunnites, chiites et kurdes que les autorités d’occupation ont utilisées les unes contre les autres pendant des années. Chaque faction a à la fois fait partie de prétendus gouvernements d’union nationale et participé à une guerre civile latente depuis la chute de Saddam Hussein, à coups de voitures piégées ou d’affrontement d’envergure. Pour prendre un simple exemple, un des partis chiites du gouvernement actuel appuyé par le pouvoir étasunien est le même qui menait une véritable guerre contre les troupes US sous le nom d’Armée du Mahdi en 2004. La politique des forces d’occupation de l’Irak a clairement été de diviser pour mieux régner en suscitant toutes sortes de divisions entre tous les potentats locaux, que leurs micros-pouvoirs soient nés de la chute du régime baasiste ou justement issus de celui-ci. A contrario, toute tentative politique unitaire a été découragée, empêchée, particulièrement celles qui s’appuyaient sur une possible base de classe : groupes de gauche, syndicats, associations n’ont jamais pu se développer librement dans l’Irak devenu « démocratique », où la situation sociale et économique de la vaste majorité de la population est catastrophique et n’a jamais retrouvé le niveau déjà piteux d’avant 2003, misère qui explique aussi la portée du sectarisme religieux. Même les mouvements unitaires les plus bourgeois ou les plus « pro-occidentaux » ont dû reculer devant la pression des regroupements sectaristes religieux appuyés par les occupants. Un peu comme en Bosnie-Herzégovine ou au Kosovo, l’administration étasunienne s’appuie en Irak sur différentes forces nationalistes et religieuses pour établir sa domination, et décrédibilise de fait toutes les initiatives qui permettraient d’unifier des couches sociales sur des bases autres que la religion ou l’ethnie.

Cette politique du pire a assez prévisiblement abouti à la délégitimation des structures politiques et étatiques « nationales » de l’Irak. Mais certainement pas dans un sens progressiste : au contraire, les différentes communautés ne se reconnaissent plus dans l’État unitaire et ses institutions, et ceux qui sont sous la coupe des clans sunnites et des partis nationalistes kurdes voient l’armée et la police du régime de Bagdad comme des milices des partis chiites, et font plus confiance aux paramilitaires des potentats locaux. Pire, même la majorité de la population, dont se réclament les partis chiites au gouvernement, considère ces institutions comme des excroissances corrompues, violentes mais inefficaces. L’armée officielle, créée par les militaires étasuniens avec ou plutôt pour les dirigeants chiites, reculait devant Daech en partie parce qu’elle n’a aucune légitimité, pas même auprès des populations qui se considèrent comme chiites. La police irakienne n’a jamais réussi à empêcher la terrible violence sectaire à laquelle elle participe à coups de règlements de compte et d’escadrons de la mort qui sèment l’horreur dans les villages sunnites après chaque attaque terroriste. Ce n’est pas tant la chute de l’infâme dictateur criminel en 2003 qui a causé le chaos, mais bien la politique effarante de soutien à toutes les forces les plus réactionnaires de la société irakienne après 2003 qui a mis en place les bases de la catastrophe actuelle. En empêchant, exactement comme le régime de Saddam Hussein, l’émergence de forces sociales telles que les travailleurs, les jeunes ou les femmes, et en soutenant, même de façon détournée, les pires réactionnaires de chaque camp et particulièrement les extrémistes chiites avides de revanche contre le régime sunnite d’avant 2003, les autorités d’occupation ont préparé la catastrophe.

Il ne restait plus à l’Irak dévasté par la violence sectaire qu’une destabilisation extérieure pour manquer de s’effondrer dans le massacre généralisé. C’est chose faite depuis le printemps 2014 et l’arrivée de Daech sur le territoire de l’Irak. Le monstre islamiste né de la répression menée par le régime syrien a enfoncé les défenses de l’inefficace armée irakienne, qui est plutôt la principale milice chiite officielle. Daech s’est connecté avec des éléments sunnites de l’ancien régime militaire de Saddam et a sans doute même trouvé un soutien auprès d’une partie de la population, épuisée par la violence sectaire des milices chiites, et qui voit en lui une sorte de protecteur, un moindre mal, ce qui montre dans quel état était la société irakienne. Daech est très certainement une machine de guerre et de répression sociale terrible, mais les institutions irakiennes, l’armée et la police que les médias internationaux présentent aujourd’hui comme les remparts de la civilisation et de la démocratie, voire de l’humanité, ont en réalité préparé le terrain de leur défaite en pratiquant la politique de la terre brûlée. Ceux que l’on nous présente comme nos amis de Bagdad, les modérés, les « pro-occidentaux », ne sont en fait qu’un ramassis d’islamistes chiites dont certains sont aussi « modérés » que Daech, dont ils ne sont les ennemis mortels que parce qu’ils ne s’entendent pas avec lui sur qui est l’héritier politique d’un prophète du 7ème siècle. Si Daech est un ennemi mortel pour la population de toute la région, qu’elle soit chiite, kurde, yazidi, turkmène, chrétienne ou même sunnite, il faut absolument dire que les différent « alliés » qui s’opposent à lui sont tous, à divers titres et pour différentes raisons, des groupes d’hommes armés qui se valent bien au fond quand il s’agit de réprimer les mouvements sociaux, souvent de façon sanglante. La monstruosité de Daech qui place des cadavres aux coins des rues ne doit pas faire oublier les crimes du régime syrien, ni ceux des milices irakiennes chiites, ni non plus la réalité politico-militaire des milices kurdes. Il faut se débarrasser de Daech, mais les internationalistes doivent se garder de laisser croire que ceux qui se chargeront de l’éradiquer seront forcément par la suite des bienfaiteurs de l’humanité.

C’est précisément la tâche des internationalistes que de faire la critique de toutes, absolument toutes les formations étatiques ou para-étatiques en cause dans la situation qui nous préoccupe. Si effectivement les milices kurdes représentent pour le moment la dernière défense contre le monstre Daech, si effectivement les partis politiques kurdes qui gouvernent le nord de l’Irak depuis avant même 2003 (en fait pour toute une partie depuis la première guerre du Golfe de 1991) sont moins réactionnaires que les potentats sunnites et chiites, la fascination romantique qu’ils semblent exercer sur une partie de l’extrême gauche est une nouvelle preuve en creux de l’état de faiblesse théorique et politique de celle-là. Non, les différentes milices des différents partis claniques kurdes ne sont pas les avant-gardes armées de la révolution socialiste ou du prolétariat. Hors de question de mettre un signe « égal » entre elles et Daech ou les milices sunnites ou chiites, mais hors de question aussi d’oublier qu’elles sont des regroupements nationalistes (d’ailleurs concurrents, et parfois de façon sanglante), c’est à dire des proto-États de bourgeoisies en devenir au beau milieu d’une région pétrolifère. Les PKK, PDK, etc. se valent bien entre eux, et sont d’abord des ramassis d’exploiteurs. Ne pas le voir, ne pas vouloir le dire, c’est bien mal servir la cause de l’internationalisme. Lorsque les armes se seront tues, et que Daech aura été vaincu, ce qu’évidemment les internationalistes veulent pour le bien des populations de la région, les mêmes milices kurdes reprendront leurs guérillas contre les pouvoirs syrien, turc et irakien pour mieux négocier avec l’un ou avec l’autre le droit d’exploiter « leurs » ressources et « leurs » travailleurs, à coups de crosse.

Ce n’est pas parce que les travailleurs ne sont pas organisés de façon indépendante et massive au Moyen-Orient que les militants révolutionnaires devraient se résoudre à soutenir telle ou telle coterie, telle ou telle bande d’hommes armés. Non, l’internationalisme impose justement de tenir bon sur ces questions, et de ne pas accepter les injonctions des différents pouvoirs. Précisément, pour pouvoir critiquer la façon dont est menée la lutte contre Daech, dénoncer par exemple cette Nème campagne de bombardements prétendument « ciblés » dont a vu la pitoyable et criminelle inefficacité en Afghanistan et ailleurs, pour pouvoir ouvrir des perspectives politiques pour les travailleurs, les femmes, les jeunes, les minorités dans un Moyen-Orient débarrassé de la violence sectaire, il faut justement ne jamais abandonner le principe de l’indépendance politique des travailleurs, maintenir coûte que coûte l’idée que c’est une politique de classe, internationaliste par définition.

Aviv Bor

Six ans de crise mondiale

Dans cette société dominée par la violence des rapports sociaux capitalistes, la crise sociale mondiale qui dure depuis six ans ne fait qu’aggraver la situation des classes populaires. Ceux qui subissent la crise ne sont pas seulement les millions de nouveaux chômeurs, ou les travailleurs dont on a autoritairement baissé les salaires, mais beaucoup plus largement les salariés, les précaires, les chômeurs, les jeunes pour qui la situation se tend au quotidien, les marges se réduisent, les possibilités s’amenuisent.

Par contre, pour la classe capitaliste les affaires ont repris depuis longtemps. Par exemple, la bourse de New-York a depuis plus d’un an dépassé son niveau d’avant la crise, et bat régulièrement des records. En France, le gouvernement Hollande-Valls mène nettement une politique contre sa base sociale théorique, et fait de coûteux cadeaux à la classe sociale capitaliste. Personne ne peut nier de bonne foi que la politique gouvernementale actuelle est économiquement de droite.

Cette crise est réellement mondialisée parce que le capitalisme est étendu à tous les territoires du monde : et il n’y aura pas de retour en arrière. Le « retour » à un « capitalisme national » n’est qu’une illusion réactionnaire. Par contre, au capitalisme mondial peut succéder le socialisme mondial, si les masses s’imposent comme une nouvelle force autonome. Cette politique d’auto-émancipation nécessite de mettre fin à la concurrence de tous contre tous, de créer du commun contre toutes les exclusions, de mettre en pratique un internationalisme constant.

La question sociale reste essentielle, de gigantesques inégalités caractérisent et minent la société. Au fond, le véritable problème, ce n’est pas le gouvernement actuel : c’est l’organisation sociale elle-même, ce sont les rapports sociaux capitalistes – qui existent partout dans le monde. Notre adversaire fondamental n’est pas telle ou telle forme du capitalisme, ni la façon dont est géré un Etat ou un autre : c’est le capitalisme lui-même, ce sont l’exploitation et l’aliénation qui sont constitutifs du système du salariat et de l’Etat.

En s’organisant à la base pour de meilleures conditions de vie pour tous, en formant une opposition de classe aux gouvernements, on peut créer de nouveaux espaces politiques qui pourraient remplacer l’organisation hiérarchique de la société par l’auto-organisation et la démocratie directe.

Une première étape en ce sens nécessite de lutter contre les politiques d’austérité, et pour l’amélioration de la situation sociale de ceux qui en ont le plus besoin. Une politique de gauche passe forcément par la mobilisation auto-organisée contre le gouvernement Hollande-Valls et tous ses semblables.

Débat sur Rosa Luxemburg le 18 octobre 2014 à Paris

Le samedi 18 octobre 2014 à 16h, débat sur Rosa Luxemburg au CICP, 21ter rue Voltaire, Paris 11e, métro ligne 9 station Rue des Boulets.


Présentation par Eric Sevault (du collectif Smolny) du tome 4 des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg (La Brochure de Junius, la Guerre et l’Internationale), qui sortira à ce moment, puis débat sur le thème : « Rosa Luxemburg et l’opposition internationaliste contre la Première Guerre mondiale ».


Ce centenaire de la barbarie que fut la Première Guerre mondiale est l’occasion de revenir sur l’épreuve de vérité que constitua cet événement pour le mouvement ouvrier. Si beaucoup se rallièrent à l’Union sacrée, l’indépendance de classe et l’internationalisme furent réaffirmés par des militants de tous pays. C’est le texte écrit en prison par Rosa Luxemburg qui demeure la meilleure expression de ce courant : La Crise de la social-démocratie, également appelée « brochure de Junius », publiée sous pseudonyme. Elle y décrivait l’objectif socialiste face au conflit : « l’éradication de la guerre et l’obtention aussi rapide que possible d’une paix imposée par la lutte internationale du prolétariat« . Aujourd’hui, en pleine crise mondiale du capitalisme, et alors que la guerre déchire plusieurs régions, cette lutte reste plus que jamais d’actualité.


Débat organisé et animé par Critique Sociale.

Sortir des ruines politiciennes nationales, construire une alternative internationaliste

Suite au résultat des élections européennes, le journal Le Monde daté du 27 mai titre : « Le triomphe du Front national dévaste le paysage politique français ». En réalité, c’est le contraire : le paysage politique dévasté permet le triomphe du FN.

Ces élections sont d’abord marquées par une très forte abstention : 57 %, ce qui est la moyenne européenne. L’abstention massive est encore plus nette chez les jeunes et dans les classes populaires. Mais il ne faut pas sous-estimer pour autant l’importance de la victoire du FN, qui arrive nettement en tête avec près d’un quart des suffrages exprimés. De plus, le deuxième tour des municipales en mars a montré que le FN a des réserves de voix chez certains abstentionnistes.

On explique généralement ce résultat par le rejet de l’Union européenne, l’effet délétère de la crise, de l’austérité, du chômage de masse qui dure. C’est en grande partie vrai mais cela ne suffit pas à expliquer le poids de l’extrême droite en France : dans des pays bien plus durement touchés par la crise, au Portugal, en Espagne et en Grèce, il y a au contraire de bons résultats de la « gauche de la gauche ». L’extrême droite, elle, est surtout très forte au Royaume-Uni, au Danemark, en Autriche et en France, c’est-à-dire dans des pays moins touchés par cette crise. Dans d’autres pays, comme en Italie et en Allemagne, les partis au pouvoir sont confortés : la situation est donc très variable.

En France, les faits majeurs sont l’abstention, l’effondrement du PS et de ses alliés potentiels, et surtout le vote FN. Moins de 6 % des électeurs inscrits se sont déplacés pour voter pour le parti au pouvoir, ce qui montre l’ampleur du désaveu – désaveu bien légitime puisque, depuis deux ans, le PS mène une politique économique identique à celle de la droite.

Le vote FN est plus qu’un vote sanction du pouvoir en place : il vient du désespoir, de la désillusion à l’égard de tous les « grands » partis, du repli sur soi qui affecte la société. Il n’y a quasiment pas eu de campagne électorale : c’est aussi une conséquence de la dépolitisation. A part l’extrême droite, toutes les listes subissent une défaite. Certaines petites villes mettent pour la première fois le FN en tête. Le vote FN est aussi important dans des zones résidentielles péri-urbaines où il y a peu de lien social et quasiment pas d’activité politique : les « liens » avec l’extérieur sont souvent la télé et le travail où le climat est tendu. Il y a une peur, un sentiment de déclassement, le tout dans une situation de fort individualisme. Par ailleurs le racisme progresse dans la société1, ce qui est encouragé de fait par les déclarations d’hommes et de femmes politiques de droite comme de gauche, dont l’actuel Premier ministre Manuel Valls. Mais le résultat du FN, ce n’est pas que le nationalisme et la xénophobie, c’est la conséquence de la ruine du système politique dit représentatif actuel. On est bien dans « l’impasse » dont nous parlions au moment de la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre2. Nous devons partir du constat de ces ruines pour reconstruire tout autrement, sur d’autres bases, pour d’autres buts.

Il faut sortir du cercle vicieux : repli → aggravation de la situation → hausse du vote FN → etc. Le paradoxe est évidemment que le FN aggraverait dramatiquement et à tous les niveaux les problèmes qui le font monter. Le danger est bien réel. Tout manque de clarté, toute concession au nationalisme participent du repli, et donc contribuent à nous maintenir dans l’impasse.

Quelle est la situation à gauche du PS ? Le Front de gauche fait un résultat très faible vu le contexte. Les propos de certains de ses porte-parole, à commencer par Mélenchon, tournaient le dos à l’internationalisme. Incapable de s’opposer au PS sur des bases véritablement progressistes et internationalistes, de combattre le repli nationaliste – qu’il a pu au contraire favoriser avec son argumentaire souverainiste prétendument « de gauche » –, le FdG montre que le PCF en ruines allié au tribun égocentrique Mélenchon ne peut pas produire un nouvel espoir.

Le NPA subit pleinement le fait d’avoir fait des économies en n’envoyant pas sa profession de foi – ce qui était manifestement suicidaire électoralement – et en faisant l’impasse sur certaines circonscriptions. Lutte ouvrière maintient un résultat faible et assez constant désormais. L’extrême gauche n’apparaît pas comme proposant une solution crédible et concrète, elle paie sa division, ainsi que son incapacité à sortir de l’impasse léniniste, mélange d’électoralisme sans but lisible et d’incapacité à accompagner les mouvements réels sans vouloir les manipuler, s’empêchant d’adopter une orientation marxiste révolutionnaire capable de tirer toutes les leçons de l’histoire du terrible XXe siècle.

Plus fondamentalement, la rareté des luttes et surtout la quasi-absence de luttes victorieuses depuis des années, pèse très lourdement. Commençons donc par nous unir sur la base de revendications communes, contre l’austérité que nous subissons au niveau européen et mondial, contre les inégalités qui s’accroissent, contre la précarité, pour la solidarité entre tous les exploité-e-s, pour que nous puissions tous vivre dignement et librement. La lutte auto-organisée venant de la base, créant une nouvelle démocratie sociale internationaliste, peut inverser la tendance.

La société humaine est internationale. Seule une union mondiale des travailleurs, des chômeurs, des jeunes et de tous ceux qui sont dominés dans ce système capitaliste d’exploitation et d’aliénation, peut créer une issue à la situation présente. Les solutions à la crise économique comme à la crise écologique ne pourront être ni capitalistes, ni nationales : elles nécessitent une lutte mondiale de la classe sociale majoritaire, contre toutes les oppressions.

Cela commence par la construction de mobilisations contre les reculs, par la création de comités unitaires locaux contre l’austérité qui peuvent être des lieux de débat et de décision pour en finir avec la régression sociale. De nouvelles luttes victorieuses ne pourront pas être dirigées par des partis et des syndicats, mais démocratiquement par tous ceux qui y prennent part. La lutte politique, ce n’est pas juste une affaire de partis et d’élections, c’est tous les jours, dans la vie réelle, contre les licenciements, le prix des loyers, etc. Prenons nos affaires en mains, luttons par nous-mêmes, sortons de l’impasse !

1 « Les Français sont de moins en moins tolérants », Le Monde, 1er avril 2014. Voir : ldh-toulon.net/rapport-2013-de-la-cncdh-musulmans.html

2 « Manuel Valls : l’impasse de droite », 2 avril 2014.

Comment sortir de la crise mondiale ?

La crise capitaliste continue de produire ses effets délétères. Il y a actuellement 5 millions de chômeurs supplémentaires par an dans le monde. Plus généralement, ce qui domine la situation mondiale c’est l’accroissement de la violence sociale et des inégalités.

Le chômage dans le monde, statistiques et prévisions de l'Organisation internationale du travail1.

L’austérité est une politique criminelle. En France, le gouvernement actuel contribue grandement à la droitisation de la vie politique et à la droitisation de la société. Ses conséquences sont des tensions, du repli, de l’intolérance. Le plan annoncé en avril par Valls, de 50 milliards de coupes budgétaires, attaque directement les travailleurs, les précaires, les classes populaires en général. En s’en prenant au RSA, aux allocations logements et autres prestations sociales, aux retraites, aux salaires des fonctionnaires, le gouvernement fait le choix d’un renforcement de l’austérité au détriment de la majorité de la population, dont une grande partie subit déjà la crise depuis des années.

Et pourtant, ce n’est jamais assez pour la classe sociale privilégiée : comme le Medef obtient du gouvernement un cadeau de 35 milliards d’euros pour les patrons sans contrepartie, son président Pierre Gattaz se permet donc de demander qu’on puisse payer les salariés moins que le SMIC. Et s’il avait satisfaction, il demanderait ensuite la possibilité de supprimer les congés payés, etc.

C’est par l’intervention massive des travailleurs que l’on pourra arrêter cette spirale de la régression. Un exemple vivant nous est donné ces dernières semaines en Europe. Pour construire une lutte sociale à la base, le moyen adapté est la démocratie directe comme le montrent les plénums en Bosnie. Ces Assemblées générales locales, organes de discussion et d’élaboration sous la forme de la démocratie directe, commencent à se coordonner – par exemple par une réunion des plénums locaux le 10 avril à Sarajevo. Leurs revendications s’opposent à tout nationalisme, des plénums affirment nettement que leur seule patrie est « la liberté ».

Pour sortir de la crise capitaliste mondiale, la solution la plus pertinente et la plus réaliste est la révolution sociale mondiale. Cela commence par la construction à la base de mobilisations pour empêcher ou arrêter les plans d’austérité.

1 OIT, Tendances mondiales de l’emploi 2014 : vers une reprise sans emplois ?, janvier 2014.

Manuel Valls : l’impasse de droite

Le remaniement et l’arrivée de Manuel Valls au poste de Premier ministre n’amélioreront rien. C’est de politique qu’il faut radicalement changer. Au contraire, Valls va poursuivre la politique du patronat, le « pacte de responsabilité » qui n’est en fait qu’un cadeau au Medef. Les autres partis feraient en gros la même politique économique s’ils étaient au pouvoir – avec la même injustice sociale et le même échec à l’arrivée.

Nommer un chef de gouvernement droitier après un échec électoral causé par la désaffection des électeurs de gauche est une provocation. Alors que tout montre que c’est l’austérité qui est le problème, cette nomination annonce encore plus de sacrifices qui toucheront le plus durement les salariés, les précaires, les chômeurs et les jeunes.

L’abstention massive lors des dernières élections montre l’essoufflement du système géré par des politiciens professionnels. C’est aussi une conséquence de l’échec des politiques d’austérité menées par tous les gouvernements, ici comme partout dans le monde. Quelles sont les solutions face à cette situation ? L’UMP et le PS ont échoué ; le FN est le pire ennemi des travailleurs, il joue la peur et la division, tout en surfant sur le mensonge réactionnaire d’un repli économique national. Contre la division qui affaiblit, construisons plutôt une unité démocratique et sociale pour nous emparer de la politique et défendre nos intérêts communs, sans déléguer aux partis existants.

Les solutions à la crise économique comme à la crise écologique ne pourront être ni capitalistes, ni nationales. Pour nous sortir de l’impasse qu’est la politique économique de droite menée depuis des années, de Sarkozy à Hollande en passant par Fillon, Ayrault et Valls, il faut construire à la base et dans chaque pays une opposition de gauche sociale, démocratique et internationaliste. Une manifestation contre l’austérité et pour l’égalité aura lieu le samedi 12 avril à Paris, place de la République à 14h. C’est une action utile qui constitue un premier pas, dans le cadre d’une mobilisation à construire collectivement.

Lutte sociale contre les pouvoirs nationalistes en Bosnie

Le 4 février dernier, une manifestation de travailleurs à Tuzla a pris des proportions inattendues et déclenché un mouvement social sans précédent en Bosnie depuis la fin de la guerre civile de 1992-1995. Les habitants de Tuzla, dans ce pays le plus pauvre d’Europe et au taux de chômage de 44 %, se sont joints aux ouvriers qui protestaient contre le démantèlement de leurs usines par les tout nouveaux patrons. Les manifestations ont été durement réprimées par la police et ont tourné à l’affrontement. Elles se sont étendues à toute la Fédération ex-« Croato-Musulmane », une des deux entités issues de la paix signée à Dayton en 1995, avec la République serbe. À Sarajevo et ailleurs, des manifestations énormes ont eu lieu et ont visé clairement les lieux du pouvoir. Si l’on ne devait retenir qu’une seule des revendications des manifestants, clairement exposée dans plusieurs textes publiés par des comités de lutte, ce serait celle-ci : « nous voulons le départ de la totalité de la classe politique et des bureaucrates qui gèrent le pouvoir pour leur propre compte depuis 25 ans ».

La population de Bosnie a vécu depuis la fin des années 1980 sous la domination de partis nationalistes, dont la politique a mené à la guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts, et forcé à l’exil toute une partie des habitants du pays. Ce sont les mêmes apparatchiks issus du parti unique yougoslave qui se sont trouvé des habits neufs de nationalistes concurrents lors de l’effondrement de la Yougoslavie de Tito. Tous les membres des pouvoirs nationalistes qui se sont fait la guerre et ont ensuite négocié avec les grandes puissances la division de la Bosnie sont d’anciens bureaucrates, et aujourd’hui ce sont leurs enfants qui ont hérité de ces prébendes. Chaque morceau du pays a été attribué à un de ceux qui ont contribué à le mettre à feu et à sang. Pendant et après la guerre, des chefs de guerre en costume-cravate ont établi leur richesse et leur capacité à contrôler la vie des habitants de Bosnie sur un partage nationaliste. Après avoir pris en otage chacun un bout d’une seule et même population civile, ils ont vécu pendant presque vingt ans de l’organisation absurde de mini-États à l’intérieur d’un pays lui-même minuscule.

Le protectorat européen et international qu’est la Bosnie vit dans une économie à moitié fictive, dont la monnaie est encore l’ancien Deutsche Mark allemand, où le processus de transformation du capitalisme d’État en capitalisme traditionnel a été retardé par le désordre ingérable des institutions doubles, voire triples de la paix de Dayton. Les cliques nationalistes ont vécu pendant tout ce temps de l’argent envoyé par l’Union Européenne et l’ONU, dont bien peu arrivait à la population. Corruption, conflit d’intérêt, népotisme, collusions, gangstérisme… Les nationalistes ont non seulement profondément blessé la Bosnie, ils ont ensuite réussi à voler l’argent du malade, et à le maintenir sous perfusion pour leur propre compte. C’est justement le rejet d’un énième scandale qui a mis le feu aux poudres : les travailleurs d’entreprises récemment privatisées puis démantelées par les membres du pouvoir local ont soudainement cessé d’accepter de baisser la tête. Dans ce pays où un poste de travail s’achète entre 5000 et 10 000 euros au potentat qui gère les embauches, et où chaque travailleur fait vivre toute une famille, l’idée que des milliers d’ouvriers allaient se retrouver sur le carreau, sans même leur retraite ou leurs incroyables arriérés de salaire, a légitimement entraîné la révolte de la foule.

Les médias bosniaques appartiennent tous à leur pouvoir respectif, et tous s’accordent à décrire les manifestants comme des drogués, des hooligans ou des imbéciles manipulés. La brutalité des mensonges répercutés n’a d’égale que la violence des forces de l’ordre, qui sont issues des bandes armées de la guerre civile. Mais le plus gros mensonge de la presse bosniaque à propos du mouvement social actuel est un mensonge par omission. Dans ce pays ravagé par une guerre civile allumée par des nationalistes concurrents, mais en fait complices depuis le début dans ce partage-dépeçage, des foules sont montées à l’assaut de sièges de partis, de locaux gouvernementaux, sans aucune discrimination, contre tous les partis nationalistes, en criant haut et fort qu’elles n’étaient ni « Musulmanes », ni « Serbes », ni « Croates », et c’est une formidable nouvelle après des décennies de nationalisme à tous les niveaux de la vie quotidienne. L’effondrement de la Yougoslavie de Tito avait été en partie causé par une grave crise économique, et avait ouvert une terrible séquence de haines où les nationalistes avaient trouvé le moyen d’asseoir leurs pouvoirs. Il semblerait que ce soit une nouvelle phase d’effondrement économique qui secoue leurs petits trônes sanglants.

La crise aggrave les inégalités

Ce n’est pas la crise pour tout le monde : des statistiques officielles montrent qu’en moyenne, les riches en France se sont enrichis sur la période allant de 2008 à 2011. Inversement, les plus pauvres se sont encore appauvris. Concrètement, on a par personne « un gain de revenu de 3 900 euros pour les 10 % les plus riches contre une perte de 400 euros pour les 10 % les plus pauvres entre 2008 et 2011 »1.

Ce sont là des conséquences pratiques de la crise économique, et de la politique d’austérité menée par tous les gouvernements. Ce n’est une anomalie que de notre point de vue, mais pas au niveau du fonctionnement du mode de production capitaliste. Ces chiffres dévoilent en fait sa réalité : les inégalités, l’exploitation, l’aliénation ne viennent pas fondamentalement d’une mauvaise gestion du système – mais du système lui-même.

La droite est actuellement bien ennuyée : si elle était au pouvoir, elle mènerait la même politique économique que le PS. Pour se distinguer, il lui reste ses vieux préjugés réactionnaires. Elle participe donc à la résurgence du vieux parti de l’intolérance, qui s’est historiquement manifesté contre la démocratie, contre la laïcité, contre les droits des femmes, contre les droits des homosexuels, etc. Ce sont non seulement des manifestations pour le maintien des inégalités, mais aussi des manifestations de peur face à un nouveau monde. Or, précisément ce nouveau monde il faut le construire : il s’agit de faire société en partant de nos intérêts communs, par des luttes collectives, et de cette manière combattre de front toutes les inégalités, tant économiques que sociétales.

Face au creusement actuel des inégalités, qui renforce la division de la société, la politique du pire consiste à ajouter encore de nouvelles divisions artificielles. Au contraire, seule l’unité de classe contre l’austérité, mais aussi plus largement contre la crise et ses causes, et ce au niveau mondial, peut permettre de sortir par le haut de cette situation.

1 Observatoire des inégalités, « Pendant la crise, les plus riches s’enrichissent », 21 janvier 2014, et « 2008-2011 : inégalités en hausse, revenus en baisse pour les plus modestes », 10 février 2014 : www.inegalites.fr/spip.php?article1156 et www.inegalites.fr/spip.php?article1728

Emparons-nous de la politique

Ce texte est la traduction de l’éditorial du Socialist Standard de février 2014. Le Socialist Standard est le mensuel du Socialist Party of Great Britain (SPGB), Parti d’extrême gauche britannique.

Nous avons tous besoin de nous intéresser de plus près à la politique. Pas dans le sens où il faudrait soutenir l’un des grands partis existants (surtout pas, en fait !), mais dans le sens où nous ne pourrons arriver à une véritable solution que quand nous aurons compris qu’il ne sert à rien de se plaindre des hausses de prix et des suppressions d’emplois, sans aller au cœur du problème : le fait que la société repose sur l’argent, la division entre classes sociales, avec une petite élite puissante et de plus en plus riche, qui fait la loi avec le soutien des gouvernements.

Si vous ne faites pas partie de l’élite dirigeante des riches qui, avec le soutien des États, possèdent et contrôlent la grande majorité de la richesse mondiale, alors économiquement et politiquement vous êtes de la même classe sociale, et vous avez un intérêt commun – quelles que soient par ailleurs vos différences sociologiques et financières, et quel que soit l’endroit du monde où vous vivez. Les différences de revenus entre nous ne pèsent rien en comparaison de ce que possède la classe capitaliste.

Peu importe que vous soyez docteur, infirmier, informaticien ou balayeur, ou que vous viviez à Rouen ou en Roumanie. À moins, bien sûr, que vous ne possédiez aussi une ou deux usines, et que vous ayez quelques milliers de travailleurs à votre service pour continuer à vous rendre de plus en plus riche. Plutôt que de perdre du temps à essayer de savoir si la famille du coin de la rue est plus ou moins riche, nous devrions réfléchir à comment abolir la société de classes, puisqu’elle ne sert que les intérêts de l’élite dirigeante. C’est eux, et non les demandeurs d’asile ou les gens qui perçoivent des aides sociales, qui sont les véritables profiteurs de ce monde, et qui continueront de nous avoir tant que nous les laisserons faire.

Si vous cherchez des profiteurs, vous devriez critiquer les vrais riches, les 5% environ de la population mondiale qui possèdent, et de loin, bien plus que le reste d’entre nous ne possèdera jamais, et qui à travers le contrôle qu’ils ont des ressources principales du monde restreignent sérieusement ce que nous pouvons faire ou non. Ce que la classe travailleuse et la prétendue classe moyenne dépense pour ses loisirs, c’est en comparaison une goutte d’eau dans l’océan.

Nous nous faisons balader parce que nous nous laissons faire. Quand il le juge nécessaire, l’État encourage la violence à travers ses armées pour atteindre ses buts, et essaie de persuader les gens que cette violence est naturelle. Il n’est donc pas surprenant que des gens soient conditionnés à penser que l’existence d’armées est nécessaire et naturelle, et qu’ils transmettent cette attitude à leurs enfants.

Les guerres et les préparatifs de guerre doivent être combattus, mais nous devrions aussi penser plus radicalement et nous en prendre à la cause essentielle de la violence de notre société : la possession des principales ressources du monde par une classe sociale de privilégiés, à l’exclusion de la majorité, le tout étant soutenu par la force de l’État. Cela mène inévitablement à des conflits armés entre des pouvoirs concurrents. De tels conflits ne sont jamais dans l’intérêt de la majorité pacifique, qui ne devrait jamais se laisser duper.

Nous ferions mieux de ne pas perdre notre temps à simplement nous plaindre des symptômes du capitalisme. Nous devrions plutôt travailler à nous en débarrasser, ainsi que de l’argent, et à les remplacer par la propriété commune des ressources du monde.

Hollande mène une politique de lutte de classe

Nous l’écrivions dès l’automne 2012 : Nicolas Sarkozy a gagné l’élection présidentielle1. C’était déjà clair dans les faits, ça l’est maintenant aussi par le discours. Dans l’ensemble cependant, la conférence de presse de François Hollande le 14 janvier n’a pas marqué de véritable tournant, ni d’aveu réel : s’il revendique sa politique économique de droite, il ne l’appelle pas comme ça. On reste donc dans la mystification, et on fonce droit dans le mur de l’austérité.

En d’autres temps, on aurait pu attendre d’un « socialiste » qu’il mène une politique de lutte de classe, mais du côté des travailleurs. L’antisocialiste qu’est Hollande mène bel et bien une politique de lutte de classe, mais du côté des exploiteurs. La suppression des cotisations familiales pour les entreprises c’est, concrètement, un transfert de richesse au bénéfice du patronat – d’un montant de dizaines de milliards d’euros par an ! Déjà, la hausse de la TVA vient d’être appliquée, contrairement à ce que Hollande avait annoncé lors de son élection. Sur ce plan, ce n’est pas un tournant mais purement et simplement une trahison de sa parole (en plus d’être une mesure socialement injuste).

La voie choisie par le PS au pouvoir, d’être ainsi de façon grossière aux ordres du patronat, est extrêmement dangereuse. Essentiellement, elle va avoir – et ça commence déjà – des conséquences sociales désastreuses. D’autre part, cela risque de renforcer le désespoir qui grandit au sein des classes populaires.

La seule solution réaliste aujourd’hui, en France comme partout ailleurs, c’est de recréer de la politique par nous-mêmes, à la base, par des structures démocratiques de débat et de lutte. C’est par cette auto-organisation nouvelle, par la construction de mobilisations décidées collectivement, des manifestations de masse, etc., que l’on peut construire ici et maintenant une opposition de gauche à la politique du gouvernement Hollande.

Nous devons empêcher la casse sociale, en finir avec le repli, stopper les attaques contre les travailleurs, les chômeurs et les jeunes. Et ça n’est possible que par l’action collective autonome.

1 « Le reniement, c’est maintenant ! », tract diffusé en novembre 2012, repris dans Critique Sociale n° 24 (janvier 2013).

Lutte commune contre la société de classes !

Avec la persistance d’un chômage de masse dans la durée1, la concurrence entre êtres humains se durcit, ce qui entraîne une aggravation de la violence sociale. Parallèlement, différents réactionnaires attisent les haines, et renforcent donc les violences dans la société – agressions racistes, sexistes, homophobes, etc.

Cette situation doit être inversée par la mobilisation unitaire, en affirmant nos intérêts sociaux collectifs et en nous organisant démocratiquement à la base pour les défendre. S’unir, c’est notamment briser la concurrence entre les travailleurs, c’est passer à la coopération, à la libre association et à l’élaboration collective, d’abord dans le cadre des luttes. C’est aussi changer le climat politique, changer la situation en stoppant les reculs sociaux. La société a besoin d’avancées sociales, et même de nouveaux rapports sociaux. Cela implique de sortir du carcan de la division en classes sociales, et pour cela d’abolir le travail aliéné.

C’est par une lutte massive et déterminée, s’opposant à toutes les aliénations et toutes les oppressions à la fois, qu’une solution auto-émancipatrice sera possible. Toutes les divisions artificielles ne font que nous affaiblir : l’internationalisme conséquent est la seule option viable pour les travailleurs, les précaires, les chômeurs et les jeunes.

Jonction des manifestations contre le racisme et contre le chômage, le 7 décembre 2013 à Paris.

1 Il y a actuellement 26 millions de chômeurs dans l’Union européenne (chiffres Eurostat, 29 novembre 2013) – soit 10 millions de plus qu’avant la crise. La tendance est en ce moment à la stagnation du chômage en Europe. Aux Etats-Unis, la tendance est nettement à la baisse, mais en novembre 2013 il y a tout de même 11 millions de chômeurs.

Europe orientale : le droit des nationalistes à disposer des peuples ?

Depuis quelques semaines, en Pologne, en Croatie et en Ukraine, des mouvements nationalistes profitent des événements politiques et des commémorations pour raviver la flamme de passions au passé désastreux.

En Pologne, le 11 novembre 1918 est célébré à la fois comme la fin de la guerre mais également comme jour de l’indépendance nationale, après plus d’un siècle de domination russe sous les tsars. Les groupes nationalistes et les supporters de foot violents profitent de cette journée depuis plusieurs années pour battre le pavé à Varsovie. Les heurts avec ceux qui s’opposent à l’extrême droite radicale, et avec les forces de l’ordre, ont pris cette année des proportions jamais atteintes auparavant. Le cortège nationaliste a tenté de prendre d’assaut un squat occupé par des jeunes d’extrême gauche, ainsi que l’ambassade de Russie. Dans les deux cas, l’incendie a été évité de justesse. La foule nationaliste s’en est alors pris à un monument pour la paix aux couleurs arc-en-ciel, et l’a détruit.

En Croatie, au début du mois de septembre dans la ville de Vukovar (mais aussi dans d’autres localités) des nationalistes, en groupe et devant des caméras de télévision, ont détruit des plaques accrochées récemment devant des bâtiments officiels, qui affichaient les mêmes informations dans les alphabets latin et cyrillique. La minorité serbe de la région avait obtenu ce début de bilinguisme après des années de discrimination suite à la reconquête de la ville en 1995. Les nationalistes serbes l’avaient envahie et vidée de sa population croate en 1991 après l’effondrement de la Yougoslavie. Parmi les nationalistes croates, nombreux sont ceux qui arborent le drapeau de l’État croate d’Ante Pavelic (1941-1945), allié de l’Allemagne nazie qui assassina des centaines de milliers d’opposants, de Serbes et de Juifs.

En Ukraine, l’opposition au gouvernement mené par le Parti des Régions manifeste avec détermination contre le choix de se rapprocher de la Russie, et de repousser un accord douanier avec l’Union européenne. Des manifestations de grande ampleur ont lieu à Kiev, la capitale, et réunissent de nombreuses tendances politiques. Parmi les drapeaux, très visibles avant le 5 décembre, se trouvent ceux de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), créée par des nationalistes durant l’occupation par les nazis, et qui a entretenu avec eux des rapports d’alliance à éclipse. La UPA, si elle a aussi lutté contre les troupes allemandes nazies, a également participé à d’autres moments à des opérations militaires avec ces mêmes troupes, contre les troupes soviétiques et les civils russes, polonais ou juifs. Même après 1945, cette organisation a continué à attaquer les forces russes et polonaises, poussant l’État polonais pro-soviétique à effectuer de véritables opérations de purification ethnique pour la « couper de sa base » (Opération Vistule, 1947).

Nous pourrions malheureusement multiplier les exemples de ce type, à propos d’événements récents. Dans tous les pays d’Europe, les groupes nationalistes se sentent le vent en poupe. Cette tendance est plus ou moins forte selon les situations, mais par contre le trait commun à tous ces mouvements dans l’Est de l’Europe est leur connexion avec des organisations ou des États parfois disparus dont la base était pensée comme « nationale », au sens de « ethnique ». La réalité de l’Est de l’Europe est d’être une véritable mosaïque de langues, de cultures et de traditions depuis fort longtemps. Toute idée d’ « État national à base ethnique » dans cet environnement montre la réalité historique de ce type de revendication : des déportations, des massacres, et des discriminations qui entretiennent les vieilles haines recuites, jusqu’à l’inversion des rapports de forces, et aux représailles suivantes. Et ainsi de suite.

S’il n’est plus vraiment question aujourd’hui de changer les frontières tracées par les grandes puissances victorieuses contre l’Allemagne nazie en 1945, force est de constater que, comme depuis des siècles, les mêmes puissances continentales jouent avec ces nationalismes comme avec des pions. L’affaire ukrainienne est emblématique, et l’on n’a pas fini d’en parler : un pays immense, aux ressources naturelles relativement importantes, se trouve au carrefour des zones d’influences de l’Union européenne et de la Russie. La présence simultanée du Ministre des affaires étrangères allemand Guido Westerwelle et des drapeaux de la UPA sur la place dite « de l’indépendance » d’une part, et les déclarations de Poutine qui englobent les souverainetés ukrainienne et russe dans les mêmes phrases d’autre part devraient nous alerter.

Les populations d’Europe de l’Est n’ont rien à gagner dans le retour aux nationalismes qui ont ravagé cette partie du monde à plusieurs reprises. Elles n’ont pas non plus grand-chose à attendre des puissances qui veulent obtenir leur adhésion à des alliances qui n’en sont pas, à des accords totalement déséquilibrés, dont les seuls bénéficiaires seront ceux qui possèdent et contrôlent déjà tout, de chaque côté. Les travailleurs de Croatie et de Pologne peuvent témoigner du fait que l’appartenance à l’Union européenne n’a pratiquement rien changé à leur situation matérielle ces dernières années, si ce n’est que les inégalités sociales se sont approfondies. Pour autant aucune solution « nationale » n’est envisageable, ni là-bas ni ailleurs, ni ici en France. Les enjeux actuels sont clairement internationaux, et personne ne peut s’en sortir « dans son coin », nous sommes tous interdépendants. Mieux, ceux qui profitent des différences de développement entre les différentes parties du continent ont tout à gagner des divisions nationalistes qui cachent les rapports de classes extrêmement brutaux qui régissent ces sociétés, où des ouvriers sous-payés font les fortunes de bureaucrates reconvertis en capitalistes traditionnels.

La question n’est pas « l’indépendance » de l’Ukraine, ou des autres pays, mais comment se décident les accords économiques qui vont déterminer la vie réelle des populations du continent. Tant que les masses se laisseront embrigader dans des aventures nationales et individuelles, qui ne sont en fait que des jeux d’alliances entre les bourgeoisies allemande (et autrichienne) ou russe d’une part, et telle ou telle fraction des nouveaux riches locaux d’autre part, leur situation ne fera qu’empirer.

Dans les pays de l’Est comme ailleurs, les masses doivent envisager leur puissance comme étant la base de solutions nouvelles, démocratiques, transfrontalières et égalitaires. Ni l’Union européenne d’Angela Merkel, François Hollande, etc., ni le post-stalinisme de Vladimir Poutine, ni non plus des entités « nationales » soi-disant « indépendantes », mais une véritable fédération solidaire, non seulement de l’Europe mais de l’humanité entière, voilà le seul projet viable et désirable. Aujourd’hui, travailler pour ce projet veut dire commencer par dénoncer devant tous les travailleurs d’Europe ce qui se joue en Ukraine et ailleurs, lutter contre les nationalismes et contre les différentes coteries bourgeoises qui cherchent à se partager le gâteau, et construire dans les luttes, même en apparence les plus locales, un véritable mouvement social européen et internationaliste.

Débat « Le communisme primitif a-t-il eu lieu ? » Vendredi 10 janvier 2014

Débat organisé et animé par la revue Critique Sociale
Vendredi 10 janvier 2014 à 19h30 à Paris, avec :
* Christophe Darmangeat (auteur de « Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était » et « Conversation sur la naissance des inégalités« )
* Marcel Roelandts (auteur de « Dynamiques, contradictions et crises du capitalisme« )
Au CICP (21 ter, rue Voltaire 75011 Paris, métro M2 Alexandre Dumas ou M9 Rue des Boulets), vendredi 10 janvier 2014 à 19h30.

Écoutez l’enregistrement du débat

Le communisme primitif a-t-il eu lieu ?

L’idée d’un état précédant l’institution de la propriété qui serait donc une société sans propriété, un communisme « primitif », originel, est un des lieux communs de la tradition marxiste. Une égalité préexistant à la propriété et à la division des sociétés humaines en classes, à l’exploitation de l’homme par l’homme, est une hypothèse qui semble s’appuyer sur de nombreux faits et observations. Mais cette égalité était-elle « réelle » ? Concernait-elle tous les membres de la société ? Et était-elle la base d’une vie paisible, équilibrée, en harmonie avec la nature comme on le lit souvent, ou bien était-elle au contraire le cadre de rapports violents entre les sexes, les âges, voire de guerre entre les différents groupes humains ? Le communisme primitif n’est-il pas en partie une représentation qui en dit plus long sur le désir d’égalité de ceux qui subissent le capitalisme et le salariat, que sur la réalité historique ? Et pour autant, le combat pour l’égalité n’a-t-il pas encore beaucoup à apprendre des recherches sur les sociétés d’avant la propriété ?

Retour sur le communisme primitif

Nous avons organisé le 10 janvier dernier un débat à Paris sur le thème : « Le communisme primitif a-t-il existé ? », autour de Christophe Darmangeat et Marcel Roelandts.

Nous étions une cinquantaine, dont beaucoup ont pris la parole. Le débat fut riche, et si on a pu en retirer l’idée que qualifier ces sociétés de « communisme primitif » est sans doute exagéré, l’intérêt de connaître ces sociétés sans classe et sans Etat reste par contre évident. Il ne s’agit cependant pas d’idéaliser ces sociétés d’économies sans stockage, où la violence n’était pas absente. Ajoutons qu’avec l’apparition ultérieure de la sédentarité et du stockage, la population mondiale est passée de 5 millions d’êtres humains en -10.000 à 250 millions en 0.

Extrait de la présentation de Christophe Darmangeat (il faut préciser que « sociétés égalitaires » ne s'entend ici que sur le plan économique)