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Les gouvernements durcissent leur politique de classe PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Samedi, 07 Août 2010 10:54

Les gouvernements durcissent leur politique de classe


Partout dans le monde, les gouvernements répondent aux exigences de la classe capitaliste (connue dans le langage médiatique sous l'appellation : « les marchés »1) en faisant peser par divers biais le coût de la crise du capitalisme sur ceux qui n'en sont en rien responsables, et qui du reste la subissent déjà : les travailleurs, les chômeurs, etc. C'est de la part des classes dirigeantes une politique de lutte de classe, autrement dit une politique favorable à une seule classe sociale, au détriment des classes travailleuses et populaires.


La crise du capitalisme a de multiples conséquences, parmi lesquelles le fait qu'une part des classes dirigeantes sont mises sous pression. Cette tension est reportée par elles vers la majorité de la population : les travailleurs, au sens large du terme. Les apparences deviennent plus difficiles à conserver. Les masques tombent, et ceux qui accusent le mouvement ouvrier de pratiquer la lutte de classe, la pratiquent de façon plus évidente. Avec cette différence fondamentale : alors que la lutte de la classe sociale majoritaire vise à la justice sociale, la lutte de classe de la minorité dirigeante vise à conserver leurs privilèges au détriment des travailleurs.

Les symboles révélateurs ne manquent pas : ainsi, 80 % des membres du nouveau gouvernement britannique sont des millionnaires. Une de ses premières mesures a été l'annonce de l'augmentation de la TVA, impôt injuste qui touche d'abord les classes populaires...


En france, l'affaire Woerth-Bettencourt – au delà de ses détails et des personnes impliquées – a rappelé certaines réalités concernant la structure de la société actuelle. Une héritière milliardaire qui finance le parti au pouvoir, pratique la fraude fiscale, et touche 30 millions d'euros de bouclier fiscal en 2008 : cela doit nous faire comparer avec le fait qu'il faudrait 2.370 années à un smicard pour gagner une telle somme (c'est-à-dire avoir commencé à travailler avant la naissance d'Alexandre le Grand, et ne jamais avoir cessé depuis). Cette somme a été obtenue par une rentière sans rien faire, en supplément de ses revenus annuels de plusieurs centaines de millions d'euros, qui s'ajoutent eux-mêmes à une fortune de 15 milliards d'euros2.

Face à cette affaire embarrassante, avec entre autres la possibilité d'un financement illégal de la dernière campagne présidentielle, le pouvoir en place n'a trouvé comme réponse que le recours à la théorie du complot3 : Eric Woerth a agité l'épouvantail d'une « cabale », François Fillon a parlé de « manipulation », et selon Nicolas Sarkozy le 12 juillet dernier : « derrière tout ça, y'a des officines » [sic]. Lors de cette même émission télévisée du 12 juillet, Sarkozy s'est montré très fier d'avoir supprimé 100.000 postes de fonctionnaires depuis 2007, et a annoncé qu'il en supprimerait 34.000 de plus en 2011. Parallèlement, une baisse du salaire réel des fonctionnaires a été annoncée pour les prochaines années. Tout cela montre que la riposte des travailleurs ne peut pas attendre 2012 : c'est maintenant qu'il s'agit de faire cesser cette saignée sociale. Sarkozy a montré son arrogance et son mépris quand il a déclaré qu'il ne tiendrait pas compte des manifestants : mais une mobilisation forte et structurée dans la durée le ferait mentir.


Dès la rentrée, une mobilisation s'annonce face au projet de contre-réforme des retraites, qui est très largement reconnu comme injuste. De plus, cette mesure de régression sociale ne pourrait qu'accroître encore un chômage déjà très élevé : il y a actuellement 10% de chômeurs en france (chiffre d'ailleurs identique à la moyenne de l'ensemble de la zone euro4), et le nombre des chômeurs de plus de 50 ans a augmenté de 17,9 % en un an5.

La journée de manifestation du 24 juin a rassemblé 2 millions de personnes, ce qui constitue un succès : réunir deux millions de manifestants à cette période de l'année et sans contexte de mobilisation dans la durée6 - hélas ! -, c'est un signe de l'existence évidente d'un potentiel de combativité. Cela montre le vaste rejet de ce projet de contre-réforme du gouvernement, qui n'est en fait ni plus ni moins qu'une attaque contre le droit des travailleurs à une retraite correcte à partir d'un âge décent. Le mot d'ordre émanant des manifestants du 24 juin était celui du retrait de ce projet, quelles que soient par ailleurs les positions officielles des « directions ». Revenir sur les allongements de durée de cotisation, et bien sûr empêcher toute nouvelle aggravation, est indispensable ; cela pourrait être accompagné de l'exigence d'augmentation importante des salaires et des minimas sociaux.


Pour arriver à battre le gouvernement, il faudrait dès la rentrée une grève générale construite dans la durée sur le mot d'ordre clair du retrait total de la contre-réforme des retraites. Des Assemblées Générales, unissant tous les travailleurs par secteur de travail d'une part, et par zone géographique d'autre part, dès début septembre pour organiser la mobilisation : il semble à l'heure actuelle qu'il n'y ait pas d'autre moyen pour éviter une nouvelle défaite du camp des travailleurs.

 

 

1 Ces « marchés » agissant entre autres par l'intermédiaire des « agences de notation », qu'ils ont créées et qu'ils financent.

2 Smic mensuel net de 1055 euros. Pour arriver à 15 milliards d'euros, il faudrait 1,2 millions d'années de Smic (autrement dit : avoir commencé à travailler avant l'apparition de l'Homo erectus).

3 Et, tout récemment, la diversion au moyen d'une dérive raciste – le but étant, outre de faire oublier l'affaire Woerth-Bettencourt, de détourner l'attention des problèmes sociaux réels, et de « diviser pour mieux régner ».

4 Eurostat, « Le taux de chômage stable à 10,0% dans la zone euro », communiqué du 30 juillet 2010. Il y a selon ces chiffres plus de 23 millions de chômeurs dans l'Union Européenne.

5 Chômeurs de plus de 50 ans de catégories A, B et C, en france métropolitaine : 593.300 en juin 2009, 689.900 en juin 2010 (Dares indicateurs n° 48, juillet 2010, p. 5, publié sur le site internet du Ministère du travail).

6 Sur ces journées isolées de manifestation, voir « Printemps 2009, l'inefficacité des directions "syndicales" », Critique Sociale n° 7, septembre 2009.

 
Saignées sociales PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Mercredi, 05 Mai 2010 18:21

Saignées sociales

 


 

Il y a quelques siècles, les « médecins » prescrivaient aux malades des saignées : on les vidait d'une partie de leur sang, prétendument pour les guérir. Évidemment, ce traitement absurde échouait fréquemment. Mais, devant l'aggravation de l'état des malades, les médecins avaient alors une réponse toute prête : il fallait saigner encore plus.

De nos jours, ces médecins saigneurs ont été remplacés par les économistes.


Depuis plus de 25 ans, c'est la saignée sociale : privatisations, attaques contre les acquis sociaux, allongement de la durée de cotisation pour avoir droit à la retraite, etc. Les résultats de ces politiques sont connus de tous : la crise du capitalisme depuis deux ans, un chômage de masse qui s'est établi dans la durée, la hausse des dettes publiques, etc. Et maintenant, comment se remettre de l'effet désastreux de ces saignées sociales ? La réponse est toute trouvée : par de nouvelles saignées sociales.


Ainsi, les travailleurs de Grèce, qui n'y sont pour rien, devraient nous dit-on subir une saignée sociale pour le bien du reste de la zone euro. On a vu ces jours-ci, au passage, ce qu'il en est de l'Union Européenne, structure où les États gardent le rôle décisionnel et où les égoïsmes nationaux sont omniprésents. Quoi qu'il en soit, ces travailleurs n'entendent pas se laisser saigner, comme le montre le caractère massif de la journée générale de grève du 5 mai 2010.


La lutte est en effet indispensable, car le programme capitaliste d'aujourd'hui est clair : il s'agit de s'attaquer aux îlots de solidarité que les luttes sociales ont permis de créer au sein et à l'encontre du capitalisme. Certains croient que c'est ainsi qu'ils vont restaurer la « prospérité capitaliste », c'est-à-dire en fait restaurer les profits des privilégiés. Mais en réalité, il n'y aura pas de solution pérenne à la crise tant que l'on restera dans le carcan du mode de production capitaliste.


En France, les élections régionales de mars 2010 ont été marquées par un résultat historiquement bas pour la droite – signe du rejet de la politique du gouvernement actuel – ainsi que par une importante abstention. Des manifestations et mobilisations diverses, et dispersées, sont menées. Elles restent malheureusement insuffisantes pour inverser le rapport de forces entre classes sociales, qui est actuellement très défavorable aux travailleurs. Tout en poursuivant, entre autres, sa politique irresponsable de suppression de postes dans les services publics, le gouvernement UMP a annoncé la prochaine saignée : la « réforme des retraites ». Il s'agit maintenant pour les travailleurs de refuser ce recul sur les retraites, qui est une nouvelle attaque contre leurs droits.

Lutter efficacement contre le patronat, les gouvernements et le mode de production capitaliste ne pourra se faire que de façon unitaire, par-delà les frontières, par une mobilisation globale des travailleurs, chômeurs, et retraités, par la construction collective d'une grève générale.

 

 


 

Mis à jour ( Jeudi, 06 Mai 2010 19:30 )
 
Déni dans la crise PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Samedi, 30 Janvier 2010 15:33

Déni dans la crise


Parmi les dégâts humains provoqués par la crise du capitalisme, il y a ce bilan tragique : plus d'un milliard d'êtres humains sont aujourd'hui sous-alimentés, un chiffre en augmentation du fait de cette crise1. Cela n'empêche pas certains de pavoiser en affirmant que la crise serait finie, ou que le pire serait passé, etc. D'ailleurs c'est exact pour une petite minorité privilégiée, qui a repris les « affaires » comme avant – grâce notamment à l'aide sans contrepartie des trésors publics.

Cette attitude traduit un déni des répercussions sociales de la crise qui non seulement persistent, mais même continuent à s'aggraver. Or l'essentiel est bel et bien là, dans l'impact effectif de la crise sur l'existence vécue des êtres humains.


Il n'y a d'ailleurs pas que le déni de certaines des conséquences de la crise, mais aussi le déni des causes mêmes de cette crise. Cela consiste par exemple à prétendre que seul serait en cause le marché immobilier aux Etats-Unis, ou la politique de la Banque centrale américaine (FED) en matière de taux d'intérêt. Sarkozy, entre autres, a naturellement fait le coup, en parlant d'une « crise venue des Etats-Unis ». On escamote ainsi l'origine systémique de la crise, on évacue la responsabilité du mode de production capitaliste, on prétend que les problèmes viennent de l'étranger, et le tour est joué. Cette attitude est caractéristique de ceux qui ne veulent pas d'un débat de fond, les antagonismes entre classes sociales – particulièrement révélés par la situation de crise – doivent pour eux rester dans l'impensé du débat public. Plutôt que de devoir prendre en compte le constat de l'existence au sein du système capitaliste mondial de groupes sociaux ayant des intérêts opposés, ils jouent la diversion avec le discours fallacieux sur « la crise venue de l'étranger »...

Sarkozy ajoute également le déni du fait que les paradis fiscaux existent toujours – et, pour ne prendre que cet exemple, du fait que les banques françaises y ont toujours des filiales.

Toutes ces réactions de déni couvrent le mot d'ordre : « il faut sauver le soldat capitalisme » – quitte à mentir, visiblement. Car tous ces dénis des causes de la crise reviendraient à dire que ce n'est pas la voiture qui nous fait avancer, ni même son moteur, mais uniquement le fait qu'on ait actionné la clé dans le contact. Le déclic n'est pas responsable de tout : c'est aussi et surtout le système ainsi enclenché, lequel a – entre autres – créé des dizaines de millions de nouveaux chômeurs partout dans le monde.


Dans l'Union Européenne, on est passé de 16 millions de chômeurs déclarés début 2008, à 23 millions deux ans plus tard2. Aux Etats-Unis, le taux de chômage a plus que doublé entre 2007 et fin 2009, passant de 4,6 % à 10 %3. Dans le monde, le nombre de chômeurs a atteint « 212 millions en 2009, en raison d’une hausse sans précédent de 34 millions par rapport à 2007 »4.

Le chômage ne pourra jamais être durablement éradiqué sous une économie capitaliste. Néanmoins il n'y a pas de fatalité à ce qu'il soit très élevé, y compris en période de crise – même actuellement de rares Etats comme la Norvège maintiennent un taux de chômage assez bas. Un exemple de mesure transitoire ayant un effet réel mais limité, car restant dans le cadre du capitalisme, serait une réduction importante du temps de travail, avec embauches en proportion, sans blocage des salaires ni « flexibilité » (qui s'exerce au bénéfice du patronat et au détriment de l'emploi). Mais tout en réduisant le chômage, cette mesure s'opposerait aux intérêts immédiats de la classe capitaliste ; elle n'est donc pas appliquée malgré un chômage endémique en forte hausse.

Il n'y a pas de fatalité, non plus, au fait de laisser sans ressources de nombreux chômeurs en fin de droits, alors que le problème est parfaitement connu5 : il s'agit d'un choix politique. De même concernant la doctrine de la droite du « non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux », qui est appliquée au mépris des besoins réels de services publics, et qui fait de l'Etat le premier destructeur d'emplois en france. Il est clair que Sarkozy mène une politique de conservation et d'aggravation des inégalités sociales.


Dans un autre domaine, on voit le déni s'exercer d'une autre façon : l'écologie. Le discours dominant nous dit que les gouvernements, voire les entreprises, agissent pour sauvegarder l'environnement. En réalité on est loin du compte, le discours médiatique ne s'accompagnant que de quelques mesures symboliques sans rapport avec les enjeux.

Plus largement, limiter les problèmes écologiques au seul réchauffement climatique, cela permet d'évacuer des sujets essentiels : le nécessaire remplacement du mode de production destructeur qu'est le capitalisme, le danger nucléaire, la quantité d'énergie consommée et gaspillée (et pas seulement son origine), etc.

On a beaucoup parlé de l'échec de la conférence sur le climat tenue à Copenhague en décembre 2009. C'est en effet un échec du point de vue qui est le notre. Mais du point de vue de la réalisation du maximum de profits à court terme pour une minorité de capitalistes, la conclusion de cette conférence ne serait-elle pas plutôt une victoire ? Une écologie politique qui se voile la face sur l'importance fondamentale du mode de production capitaliste, sur la limitation des politiques publiques possibles dans le cadre de ce mode de production, se condamne tôt ou tard à l'inefficacité.

Sur ce sujet aussi, tout dépend de quelle classe sociale on examine les intérêts – le déni observé ici consistant à faire comme si ces différentes classes sociales n'existaient pas, et donc comme si leurs intérêts antagonistes n'existaient pas non plus. En pratique, cette conclusion de Copenhague a été un déni de la possibilité d'agir au niveau mondial pour enrayer la crise écologique. Mais cette conclusion est soutenue par un autre déni, au niveau de l'analyse : le déni de l'existence d'intérêts sociaux divergents, en tout cas à court et moyen termes.


Au niveau mondial on observe actuellement plutôt un repli, la recherche (inconsciente ou non) de boucs-émissaires. En période de crise grave, s'il n'y pas de lutte offensive et unitaire des salariés unis en tant que classe, la défaite « sans combat » conduit au repli. On en voit malheureusement des manifestations diverses, comme la xénophobie, le détournement de l'attention des questions sociales vers des débats artificiels et réactionnaires, etc.

La colère est détournée pour qu'elle se dirige non contre les causes des problèmes, mais contre des victimes de ces problèmes. C'est diviser les victimes pour mieux régner. Au contraire de cette logique néfaste pour l'immense majorité (mais utile pour la classe privilégiée), il ne pourra y avoir de solution réelle que par l'unité mondiale pour en finir avec le mode de production capitaliste et le règne du système du travail contraint.

 

 

1 Observatoire des inégalités, 14 novembre 2009 : www.inegalites.fr/spip.php?article111 . Le chiffre précis est de 1.017.000.000 personnes sous-alimentées dans le monde, selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture).

2 Chiffres d'Eurostat : epp.eurostat.ec.europa.eu .

3 Taux de chômage harmonisés de l’OCDE, communiqué du 11 janvier 2010.

4 « Le chômage a atteint un niveau record en 2009 », communiqué du Bureau International du Travail, 26 janvier 2010.

5 « Un million de chômeurs en fin de droits en 2010 », Le Monde, supplément économie, 19 janvier 2010. Voir aussi le communiqué de la FSU du 11 janvier 2010 : www.fsu.fr/spip.php?article2011 .

Mis à jour ( Lundi, 01 Février 2010 14:29 )
 
Après les élections au Chili PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Mardi, 26 Janvier 2010 14:10

Après les élections au Chili


Le 17 janvier 2010 Sebastian Piñera a remporté l'élection présidentielle au Chili, avec 51,6 % des suffrages exprimés contre 48,4 % pour Eduardo Frei. Piñera représentait la coalition de droite, Frei représentant la démocratie-chrétienne (centriste) et la Concertation des partis pour la démocratie, coalition de centre-gauche au pouvoir depuis 20 ans qui rassemble le Parti socialiste, les démocrates-chrétiens, et deux petits partis de centre-gauche.


La présidente sortante Michelle Bachelet, du Parti socialiste et de la Concertation pour la démocratie, ne pouvait pas se représenter : la constitution chilienne empêche deux mandats présidentiels successifs. Avec une popularité record, Bachelet est actuellement perçue comme devant être à nouveau présidente lors de la prochaine élection, en 2014. Le PS chilien a ainsi voulu laisser la présidence à ses partenaires démocrates-chrétiens entre deux mandats de Bachelet. Signe du conservatisme des démocrates-chrétiens, le candidat choisi pour la Concertation a ainsi été Eduardo Frei, qui a été président dans les années 90 sans laisser un bon souvenir, et semble être la caricature du manque de renouvellement au sein de la coalition au pouvoir. En bref, tout s'est passé comme si la Concertation, ne pouvant présenter sa présidente sortante, avait tout fait pour perdre cette élection présidentielle.


L'homme d'affaires – c'est-à-dire le spéculateur – Sebastian Piñera, surnommé le « Berlusconi chilien », sera donc président du Chili de mars 2010 à mars 2014. Il a profité pendant la période de la dictature militaire de Pinochet (1973-1990) de la surexploitation des travailleurs permise par la politique de la dictature, pour s'enrichir jusqu'à devenir l'un des hommes les plus riches du pays. Il est aujourd'hui milliardaire, et se présente comme de centre-droit tout en intégrant dans sa coalition l'UDI, le parti « héritier » de la dictature d'extrême-droite dirigée par Augusto Pinochet.


Le troisième candidat du premier tour, Marco Enriquez, est un député dissident du Parti socialiste, jeune par rapport aux autres candidats (il a 36 ans alors que les 3 autres candidats ont tous plus de 60 ans). Son père est l'un des milliers de morts de la dictature1, mais son programme ne présentait pas de grands changements, si ce n'est dans l'apparence médiatique. Il a obtenu 20,1 % des voix au premier tour.

Le dernier candidat, Jorge Arrate, autre dissident socialiste, a obtenu 6,2 % des voix, puis a appelé à voter pour Frei au second tour, en échange de la promesse de ce dernier d'élaborer s'il était élu une nouvelle constitution plus démocratique.


Ces deux candidatures dissidentes sont un signe supplémentaire du fait que la Concertation pour la démocratie est essoufflée. Constituée en 1988 pendant la dictature Pinochet par la plupart des partis opposants, elle avait un sens à cette époque pour mettre fin à ce régime, et elle a effectivement gouverné le Chili depuis la fin de la dictature en 1990.

Mais depuis, la structure sociale du Chili n'a que peu évolué fondamentalement. Après le coup d'Etat du 11 septembre 1973 qui avait violemment mis fin au gouvernement de Salvador Allende, les 17 années de dictature Pinochet avaient fait du Chili l'un des pays les plus inégalitaires au monde, avec un taux de pauvreté dramatique. Depuis 20 ans, la Concertation a certes considérablement réduit la pauvreté, mais les inégalités restent très importantes. Sur ce point comme sur d'autres, les plaies héritées de la dictature ne sont pas encore toutes refermées.

Le gouvernement Bachelet n'a pas apporté de réponse réellement satisfaisante aux grèves étudiantes pour la démocratisation et l'amélioration du système éducatif, et a continué la répression contre la minorité mapuche. Si Michelle Bachelet redevient présidente en 2014, si c'est à nouveau dans le cadre inchangé de la Concertation, comment pourrait-elle accomplir alors ce qu'elle n'a pas pu faire au cours de son mandat 2006-2010 ? Citons par exemple la non-obtention du droit à l'avortement, qui a été repoussé au parlement, y compris par des députés de la Concertation. Le problème est donc dans la nature même de cette coalition sclérosée et conservatrice.

Il y a eu un exemple similaire en france avec le Front populaire en 1936 : la présence des centristes dans cette coalition avait empêché les socialistes de la SFIO de faire voter une mesure aussi élémentaire que le droit de vote des femmes. Socialement, les principales avancées du Front populaire n'étaient pas dans son programme, mais ont été obtenues sous la pression de l'action spontanée des travailleurs, qui avaient déclenché une grève générale dans la durée (qui a abouti entre autres à l'obtention des premiers congés payés en france).

C'est bien de là que peuvent venir des avancées concrètes, au Chili comme partout : de fortes mobilisations massives auto-organisées démocratiquement, et ambitieuses tant sur les revendications que sur les moyens d'actions.


Le président élu Piñera est encore plus conservateur que la Concertation, et sa politique ne peut que faire empirer la situation des travailleurs. Parmi les mesures prévues à partir de sa prise de fonction en mars 2010, on compte le fait de faciliter les licenciements, de nouvelles privatisations, voire une offensive contre le salaire minimum2. Il y a également un risque concernant les procédures judiciaires visant les tortionnaires de la dictature. Cette question des poursuites contre les criminels pinochetistes reste actuelle : par exemple, on a appris en 2009 qu'un des responsables de l'assassinat du chanteur Victor Jara en 1973 n'avait jamais été inquiété, et vivait tranquillement comme chef d'entreprise dans un quartier chic de Santiago3...

Piñera a fait au cours de la campagne du second tour une spectaculaire volte-face concernant les anciens cadres de la dictature. Début janvier, il avait affirmé qu'il n'y aurait pas d'anciens cadres de la dictature dans son gouvernement, ajoutant sur le ton de l'évidence : « mon gouvernement sera un gouvernement d'avenir ». Quelques jours plus tard, virage à 180 degrés : même d'anciens ministres de Pinochet pourraient en fait intégrer son gouvernement, tant qu'ils n'ont pas personnellement commis de crimes ; et comme les cadres politiques d'une dictature torturent rarement eux-mêmes...


Néanmoins ces élections n'ont pas montré de vote d'adhésion, mais un vote par rejet. La courte victoire de Piñera est un résultat de l'usure des 20 ans de pouvoir de la Concertation. Le vote est théoriquement obligatoire au Chili, mais on voit se développer largement l'abstention, les votes blancs ou nuls, et surtout la non-inscription sur les listes électorales. Sur près de 17 millions d'habitants, dont au moins 12 millions susceptibles de voter, seuls 8 millions sont effectivement inscrits, et Piñera n'a recueilli au second tour que 3,5 millions de votes (soit seulement 200.000 votes d'avance sur Frei). De plus les élections législatives qui se sont déroulées en décembre 2009, en même temps que le premier tour des présidentielles, ont vu une légère avance en voix de la coalition de centre-gauche avec 2,9 millions de voix, contre 2,8 millions de voix pour la droite. Même si le mode de scrutin fait que le centre-gauche a obtenu un député de moins que la droite, cette dernière ne dispose pas d'une majorité, ni à l'Assemblée, ni au sénat. De plus ce résultat en voix est le signe du peu d'adhésion pour le programme de Piñera. Eduardo Frei n'a pas non plus obtenu 48,4 % pour lui-même, en réalité une partie très importante des suffrages qui se sont portés sur lui était un vote par dépit, pour empêcher la droite de gagner l'élection.

La question de l'existence de la Concertation des partis pour la démocratie est posée. Elle pourrait se résoudre du fait de la nécessité pour Piñera d'avoir une majorité : s'il réussit à rallier tout ou partie des démocrates-chrétiens, ce serait sans doute la fin de la Concertation – reste à savoir si les partenaires ultra-conservateurs de Piñera accepteraient cette ouverture vers le centre. De l'autre côté, le PS désormais dans l'opposition s'affirme « ouvert » à ses dissidents – Enriquez et Arrate ont totalisé plus de 26 % au premier tour de la présidentielle. Il est possible qu'une nouvelle coalition se constitue à gauche, en intégrant des courants et petits partis plus récents, dont les écologistes et la gauche plus radicale.


Quoi qu'il en soit, le résultat de cette élection laisse prévoir de nouvelles attaques sociales contre les classes populaires du Chili. La mémoire des victimes de la dictature est également compromise, il est à craindre que certains de leurs assassins et bourreaux puissent, de même que Pinochet, ne pas être jugés et condamnés. Cette impunité serait non seulement un déni de justice, mais aussi un grave frein à l'achèvement de la transition démocratique au Chili.


Des ripostes importantes seront indispensables de la part des travailleurs, des jeunes, des femmes, pour empêcher les régressions, et aller de l'avant en obtenant enfin certains droits sociaux de base. Il y a un fort besoin de renouvellement, qui s'est exprimé en partie au travers des 20 % de vote pour Miguel Enriquez. Mais il serait illusoire d'attendre un réel renouvellement « d'en haut », que ce soit de Enriquez ou de n'importe quel autre individu. Ce qui est nécessaire, ce qui peut apporter une démocratie vivante et réelle, c'est l'action autonome et unitaire des travailleurs, des chômeurs, des précaires et des jeunes, contre le système économique et politique lui-même.

 

 

1 C'est également le cas du père de Michelle Bachelet ; mais Alberto Bachelet était un officier fidèle au président élu Allende, alors que Miguel Enriquez était le dirigeant d'un groupe « révolutionnaire » (le MIR).

2 L'Ingreso Minimo Mensual, équivalent du SMIC, n'est déjà que de 165.000 pesos brut par mois, soit environ 230 euros !

3 Claire Martin, « L'assassinat de Victor Jara exhumé », Libération n° 8.725, 29 mai 2009, p. 10.

 
Le capitalisme en crise, mais toujours debout PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Mercredi, 11 Novembre 2009 21:08

Le capitalisme en crise, mais toujours debout


La crise du capitalisme se poursuit, et ses conséquences sociales continuent à frapper les travailleurs du monde entier.

Dans de nombreux pays le chômage s'accroît à un rythme rarement atteint, et touche fréquemment entre 10 % et 20 % de la « population active ». Selon les chiffres officiels il y avait en octobre 10,2 % de chômeurs aux Etats-Unis, et en moyenne sur les 27 pays de l'Union Européenne 9,2 % de chômeurs en septembre (contre 7,1 % en septembre 2008), dont 10 % en France et 19,3 % en Espagne1.

Et ce n'est là qu'un des aspects du tribut payé par la classe salariée : s'ajoutent les temps partiels subis, les blocages voire baisses des salaires, etc.


On célèbre actuellement le vingtième anniversaire de la destruction du mur de Berlin, qui a symbolisé l'échec puis la fin du système capitaliste d'Etat (malgré quelques résidus anachroniques) - « destruction du mur de Berlin », et non pas « chute », puisque le mur n'est pas tombé tout seul, mais bien au départ grâce à la lutte spontanée de la population berlinoise2.

 

Or la crise actuelle montre l'échec de la variante du capitalisme survivante et hégémonique, puisqu'il s'agit d'une crise provoquée par le système capitaliste lui-même et non par des éléments extérieurs : c'est une crise endogène, et non exogène. Mais on ne voit pas pour autant poindre la fin du capitalisme... justement parce que les luttes des travailleurs sont pour le moment trop limitées pour cela. Et de l'autre côté du mur de la société actuelle, il n'y a pas un autre système tout prêt : c'est une autre organisation sociale qui est à construire et inventer.


Il faut insister sur ce point : les dégâts sociaux causés par la crise économique et financière ont pour origine l'organisation économique, c'est-à-dire le fonctionnement capitaliste lui-même. C'est le mode de production régnant qui est responsable des reculs actuels, c'est donc ce système lui-même qui est à combattre – et ce d'autant plus que pendant ce temps les classes dirigeantes font tout pour le remettre en selle, afin de conserver leurs privilèges.


Mais malgré cette crise, un regain de conscience concernant l'exploitation et l'aliénation produites par le capitalisme n'est, pour le moment en tout cas, pas visible. Cependant, un retour à la « normale » – ou, comme le disent certains capitalistes, une « nouvelle normalité » – ne semble pas devoir être pour demain. Et quoi qu'il en soit, une irruption sur le devant de la scène de « la classe la plus nombreuse » reste toujours possible.

 

 

1 Chiffres d'Eurostat (c'est-à-dire de la Commission de l'Union Européenne), communiqué de presse du 30 octobre 2009, cf epp.eurostat.ec.europa.eu . En france le ministère du travail ne fournit pas de pourcentage de chômeurs, mais donne plusieurs chiffres suivant divers modes de calcul ; pour septembre 2009 ces chiffres varient entre 2.574.900 et 4.250.100 (chiffres donnés le 26 octobre 2009 sur travail.gouv.fr ).

2 Cet aspect est trop souvent passé sous silence, tout comme on minimise le rôle et l'importance des manifestations massives qui avaient lieu régulièrement les semaines et les jours avant le 9 novembre 1989.

 
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