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Un livre de D. Muhlmann sur Rosa Luxemburg PDF Imprimer Envoyer
Actualité
Écrit par critiquesociale   
Samedi, 26 Juin 2010 21:46
                                      Un livre de D. Muhlmann sur Rosa Luxemburg

 

David Muhlmann vient de publier un livre sur Rosa Luxemburg, intitulé « Réconcilier marxisme et démocratie » (nous ignorions qu'ils étaient fâchés – sauf, naturellement, si l'on parle des usages fallacieux du mot « marxisme », et des usages fallacieux du mot « démocratie »). Il est toujours bon de rappeler l'intérêt de la pensée de Rosa Luxemburg, cet ouvrage est donc bienvenu.


La seconde partie du livre, la plus originale, est constituée de la retranscription de discussions de l'auteur avec différentes personnes de par le monde. Certaines de ces discussions sont dispensables, d'autres très intéressantes – en particulier les discussions avec Narihiko Ito1 et Michael Krätke. Ito déclare notamment que « le socialisme de Rosa Luxemburg commence par la lutte des masses populaires pour la démocratie. C'est parce que cette lutte révolutionnaire est démocratique dans ses méthodes et qu'elle est menée par le plus grand nombre que la démocratie peut devenir le contenu même du socialisme. » « La spontanéité des masses à la place de la contrainte d'Etat, l'espace public plutôt que l'enfermement gouvernemental, la diversité contre la fermeture des élites, le développement des instincts sociaux face aux instincts égoïstes, la création et l'initiative populaires au lieu du décret, tels étaient les signes distinctifs du socialisme de Rosa Luxemburg. […] Ce qui est certain, c'est que la non-violence est une autre dimension intégrante du socialisme de Rosa Luxemburg. » Ito précise que la non-violence était « pour elle un principe de la révolution socialiste ». Muhlmann ajoute que « pendant la première guerre mondiale, son pacifisme reste révolutionnaire au sens où elle appelle le prolétariat à continuer son combat socialiste et internationaliste précisément pour arrêter le conflit inter-impérialiste. »2


La première partie de l'ouvrage retrace les débats auxquels Rosa Luxemburg a participé tout au long de sa vie militante. Il s'agit d'une vision heureusement débarrassée des carcans idéologiques, qui a déjà été exprimée dans divers autres textes et ouvrages sur Luxemburg – par exemple en français et assez récemment, par Alain Guillerm dans Rosa Luxemburg, la rose rouge (Picollec, 2002), ou encore – plus modestement – dans le numéro 4 de Critique Sociale (janvier 2009), qui est intégralement consacré à Rosa Luxemburg.

Selon l'auteur, l'Allemagne était en 1918 « mûre pour le socialisme »3 ; c'est en soi contestable, et cela ne prend pas en compte la situation du reste de l'Europe et du monde. Par contre, David Muhlmann a raison de souligner que le développement économique de l'Allemagne était beaucoup plus avancé qu'en Russie, ce qui est effectivement important. Il a également parfaitement raison de rappeler que l'URSS était un capitalisme d'Etat ; il cite entre autres analystes l'ayant écrit dans les années 1930-1940 Ante Ciliga, Anton Pannekoek, et le groupe Socialisme ou Barbarie. Cette analyse était aussi, entre autres, celle de Boris Souvarine dès la fin des années 1920 dans le Bulletin Communiste4, et des luxemburgistes comme René Lefeuvre, Alain Guillerm, etc.5 On notera également que l'auteur ne mentionne pas les situationnistes, sur lesquels l'influence de Luxemburg est pourtant importante.


Mais cette première partie « décalque » parfois de près la biographie écrite par Paul Frölich6. Il est regrettable que des passages du texte de Frölich se retrouvent dans le texte de Muhlmann souvent sans guillemets et sans que l'origine ne soit indiquée ; par exemple on lit dans l'ouvrage de Frölich : « la police prussienne modifia la composition du corps professoral en menaçant d'expulsion l'Autrichien Hilferding au cas où il poursuivrait son enseignement, et c'est ainsi qu'à partir de 1907 Rosa assuma l'enseignement de l'économie politique, c'est-à-dire l'introduction aux théories économiques de Karl Marx. » (Frölich, 1965, p. 187), et dans celui de Muhlmann : « La police allemande modifia la composition du corps professoral en menaçant d'expulser Hilferding vers son pays d'origine au cas où il poursuivrait son enseignement, et c'est ainsi qu'à partir de 1907 Rosa Luxemburg assuma l'enseignement de l'économie politique, c'est-à-dire l'introduction aux théories économiques de Marx. » (Muhlmann, 2010, p. 75). Muhlmann « amende » parfois le texte de Frölich, parfois en l'améliorant, parfois l'inverse. Ainsi : « la restauration de la Pologne resta pour eux un postulat de la politique démocratique et prolétarienne. » (Frölich, p. 46) devient « la restauration de la Pologne resta pour eux un postulat de base de toute politique progressiste. » (Muhlmann, p. 85). De la même façon : « Cependant le programme spartakiste n'était pas un simple décalque du Manifeste Communiste, il tirait le bilan de la situation présente de la lutte [...] » (Frölich, p. 333) devient « Cependant, le programme spartakiste n'était pas un simple décalque du Manifeste communiste, il tirait le bilan de la situation présente [...] » (Muhlmann, p. 165)7.

Il aurait été beaucoup plus intéressant que David Muhlmann cite Frölich, pour ensuite discuter tel ou tel terme employé par ce dernier – tant il est vrai que malgré la grande valeur générale de sa biographie, Frölich n'est pas au-dessus de toute critique sur certaines de ses conclusions.

On trouve également quelques emprunts à la biographie de J. P. Nettl8. Là aussi, ni guillemets ni indication de la provenance du texte, mais parfois de légères modifications curieuses : « Cependant, pour les Russes, il y avait aussi un aspect positif à ce deuil : avec Rosa Luxemburg et Leo Jogiches disparaissaient deux adversaires résolus de la domination bolchevique sur le socialisme international. Désormais, il était plus facile aux Russes d'imposer leur volonté au parti allemand ; » (Nettl, 1972, p. 765) devient : « Cependant, pour les Russes, il y avait aussi un aspect positif à ce deuil : avec Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht disparaissaient deux critiques de gauche et adversaires résolus de la domination bolchevique sur le socialisme international. Désormais, il était plus facile aux nouveaux maîtres du Kremlin d'imposer leur volonté au jeune Parti allemand ; » (Muhlmann, 2010, p. 182)9.


Il reste que l'on se trouve en accord avec David Muhlmann à la fois quand à l'intérêt toujours actuel de l'oeuvre de Rosa Luxemburg, et quand il parle d'un « dépassement révolutionnaire du capitalisme », en précisant : « Aujourd'hui, la révolution doit être l'oeuvre du prolétariat, c'est-à-dire de la majorité de la population, dans la perspective de briser l'appareil d'Etat. »10

 

 

 

1 Dont le nom est orthographié « Nahiriko Ito » dans ce livre.

2 David Muhlmann, Réconcilier marxisme et démocratie, Seuil, 2010, pp. 306, 308 et 309.

3 Muhlmann, op. cit., à deux reprises dans l'ouvrage : pp. 162 et 179.

4 Voir « Les vies de Boris Souvarine », Critique Sociale n° 2, novembre 2008.

5 De plus, Lénine a dès le début voulu mettre en place un capitalisme d'Etat et l'a explicitement annoncé à de nombreuses reprises : voir certaines de ces citations dans « Le léninisme et la révolution russe », Critique Sociale n° 1, octobre 2008.

6 Paul Frölich, Rosa Luxemburg, sa vie et son oeuvre, Maspero, 1965 (réédition L’Harmattan, 1991 – nous nous basons pour notre part sur l'édition de 1965). Cette biographie a été publiée pour la première fois en 1939, en allemand, au cours de l'exil parisien de Frölich. Ce dernier, qui fut un camarade de Rosa Luxemburg, était à l'époque militant du SAP (Sozialistische ArbeiterPartei), organisation socialiste révolutionnaire membre du Bureau de Londres ; son équivalent en france était le PSOP (Parti Socialiste Ouvrier et Paysan).

7 Egalement : « Rosa Luxemburg ne se représentait pas l'insurrection comme une attaque frontale contre l'armée. Selon elle, l'insurrection avait pour condition préalable une profonde désagrégation des troupes, préparée par l'agitation et parachevée dans la lutte elle-même. La victoire de l'insurrection dépendait du passage d'importantes fractions de l'armée dans les rangs du peuple révolutionnaire. » (Frölich, pp. 142-143) devient « Rosa Luxemburg ne se représentait donc pas l'insurrection populaire comme relevant d'une attaque frontale contre l'armée ; la victoire du camp socialiste a pour condition préalable la désagrégation des troupes, préparée par l'agitation et parachevée dans la lutte elle-même, et dépend du passage d'importantes fractions de l'armée légale dans les rangs de l'armée révolutionnaire. » (Muhlmann, p. 73). Pourquoi le « peuple révolutionnaire », expression tout à fait juste de Frölich, est-il ainsi remplacé de façon si inexacte ? Voir aussi Frölich pp. 63-64 → Muhlmann p. 30, Frölich p. 88 → Muhlmann p. 38, Frölich p. 93 → Muhlmann pp. 39-40, Frölich p. 113 → Muhlmann p. 52, etc.

8 J. P. Nettl, La Vie et l'oeuvre de Rosa Luxemburg, Maspero, 1972.

9 De même : « Une alternative marxiste révolutionnaire aurait pu être offerte par Rosa Luxemburg si elle avait vécu. » (Nettl, p. 767) devient : « Une alternative marxiste révolutionnaire au bolchevisme aurait pu être conduite par Rosa Luxemburg si elle avait vécu [...] » (Muhlmann, p. 183).

10 Muhlmann, op. cit., pp. 189 et 166.

 

 

Marx et démocratie

 

Mis à jour ( Mardi, 29 Juin 2010 16:13 )
 
2 millions de manifestants PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par critiquesociale   
Jeudi, 24 Juin 2010 15:42
                                                                          2 millions de manifestants !
 
Cette journée de grève et de manifestation du 24 juin 2010 est manifestement un succès. Réunir deux millions de manifestants, à cette période de l'année, et sans contexte de mobilisation dans la durée - hélas ! -, c'est un signe de l'existence évidente d'un potentiel de combativité des travailleurs.
 
Cela montre le vaste rejet de ce projet de contre-réforme du gouvernement, qui n'est en fait ni plus ni moins qu'une attaque contre le droit des travailleurs à une retraite correcte à partir d'un âge décent. Une fois de plus, le gouvernement veut faire payer ceux qui sont déjà victimes de la crise du capitalisme qu'ils n'ont en rien provoqué...
 
Pour arriver à gagner sur ce sujet, il faudra dès la rentrée une grève générale construite dans la durée, sur le mot d'ordre clair du retrait total de la contre-réforme des retraites.
 
 
Manifestation à Paris, le 24 juin 2010
                                                                                              Manifestation à Paris, le 24 juin 2010.
Mis à jour ( Jeudi, 24 Juin 2010 16:01 )
 
Hommage à Rosa Luxemburg à Paris PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par critiquesociale   
Mercredi, 14 Avril 2010 21:27

Hommage à Rosa Luxemburg à Paris


Le 8 mars 2010, à l'occasion de la journée internationale des femmes, une plaque en hommage à Rosa Luxemburg a été inaugurée à Paris.


Rosa Luxemburg avait brièvement vécu à Paris dans les années 1894-1895, revenant régulièrement à son exil suisse pendant cette période, précisément à Zurich où elle était doctorante.

Elle a habité à plusieurs endroits à Paris : au 21 rue Feutrier où a été posée cette plaque, ainsi qu'au 7 avenue Reille1, notamment. Elle y travaillait à sa thèse sur le développement économique de la Pologne2, et éditait le journal du SDKP, le parti socialiste révolutionnaire polonais dont elle était membre3. Le premier numéro du journal en question, la Sprawa robotnicza (« La Cause ouvrière »), était paru en juillet 1893 à Paris. Rosa Luxemburg y écrivait souvent anonymement, ou sous pseudonyme (« R. K. », pour « R. Kruszynska »).

Alain Guillerm précise dans sa biographie de Luxemburg : « A Paris, Rosa travaillera aussi sa thèse à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque polonaise, située sur l'île Saint-Louis. »4


L'idée de cet hommage à Rosa Luxemburg est venue d'élèves du lycée Rosa Luxemburg de Berlin, ce qui explique que le texte de la plaque soit en français et en allemand – on notera d'ailleurs que le texte n'est, curieusement, pas exactement le même dans les deux langues.


 

Plaque en hommage à Rosa Luxemburg

 

 

     

Photos de Critique Sociale.

 

 

1 Voir par exemple sa lettre à Leo Jogiches du 21 mars 1895.

 

2 Voir la note 13 de « Rosa Luxemburg (1871-1919) », Critique Sociale n° 4, janvier 2009 :

http://www.critique-sociale.info/index.php/theorie/80-rosa-luxemburg-1871-1919

Une première traduction en français de la thèse de Rosa Luxemburg est actuellement en préparation, conjointement par les éditions Smolny et Agone.

 

3 Socjal-Demokracja Królestwa Polskiego, devenu plus tard le SDKPiL (Socjal-Demokracja Królestwa Polskiego i Litwy).

 

4 Alain Guillerm, Rosa Luxemburg, la rose rouge, Picollec, 2002, p. 31.

Mis à jour ( Mercredi, 14 Avril 2010 21:39 )
 
Ne touchez pas aux militants iraniens ! PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par critiquesociale   
Mardi, 05 Janvier 2010 17:39

A l’attention du secrétaire général d’INTERPOL, des autorités gouvernementales nationales et internationales :

La Cour de justice de Sanandaj, province du Kurdistan, République Islamique d’Iran a demandé à Interpol d’émettre une « notice rouge » à l’encontre de douze dirigeants, militants et sympathisants du Parti communiste-ouvrier d’Iran – Hekmatiste. Ils sont accusés de «terrorisme» pour les uns, de «crime organisé transnational» pour les autres.

Ces personnes sont Asadollah Golchini, Ali Abdali, Rahmatollah Fatehi, Abdollah Darabi, Khaled Haji Mohammadi, Rahman Hosseinzadeh Yekshaveh, Kurosh Modaresi (secrétaire général du PCOI-H), Mozafar Mohhamadi, Tofigh Pirkhezri, Mohammad Saleh Sardari et Islam Zigi.

Opposé au régime islamique, le Parti communiste-ouvrier d’Iran – Hekmatiste est interdit en Iran. Il est particulièrement implanté au Kurdistan, puisant ses origines dans la résistance contre le régime de l’ayatollah Khomeiny dans les années 1980.

Le tribunal de Sanandaj a déjà prononcé de nombreuses condamnations à mort contre des militants d’opposition. Il participe à la répression contre le mouvement social qui a suivi les élections présidentielles de l’été 2009. Cette « notice rouge » constitue donc un danger pour ces douze personnes, dont bon nombre sont aujourd’hui réfugiés politique en Europe, car leur sort ne fait aucun doute si elles venaient à être extradées en Iran – alors que rien ne garantit leur droit à un procès équitable, rien ne les protège de la torture et du risque d’une condamnation à mort pour des motifs purement politiques.

Nous demandons en conséquence que ces douze personnes soient retirées de la liste des « notices rouges d’Interpol », et que cette organisation internationale refuse de donner suite aux demandes politiques visant des militants d’opposition.

Voir les signatairesSigner cette pétition

 

Premières signatures non-individuelles : Alternative libertaire, Association Solidarité Franco-Iranienne, Critique sociale, Démocratie Communiste – luxemburgiste, Fédération syndicale étudiante, Fédération du Rhône de la Ligue des droits de l’homme, Ni patrie ni frontières, Solidarité Irak, Union pour le Communisme.

Mis à jour ( Mardi, 05 Janvier 2010 18:51 )
 
La parité au gouvernement, des promesses au reniement PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par critiquesociale   
Vendredi, 04 Septembre 2009 10:16

La parité au gouvernement, des promesses au reniement


Au cours de la campagne présidentielle de 2007, la candidate du PS Ségolène Royal avait promis de mettre en place si elle était élue un gouvernement respectant la parité femmes-hommes. Le candidat de droite Sarkozy avait alors fait la même promesse. Une fois élu il ne l'a, bien évidemment, jamais tenue.


Au moment où nous imprimons (car la composition du gouvernement change fréquemment, au gré des fluctuations au sein de la cour), au niveau des ministres il y a quatre fois plus d'hommes que de femmes ! Encore faudrait-il également compter le premier ministre...


Pourtant la mesure est tout à fait applicable, et elle est effectivement appliquée par certains sociaux-démocrates au pouvoir : Zapatero en Espagne (9 femmes et 9 hommes : 9 ministras, 8 ministros, et le premier ministre), et Bachelet au Chili (son gouvernement a été paritaire lors de sa formation en 2006, mais ce n'est plus le cas à l'heure actuelle, le gouvernement étant désormais composé de 12 hommes et 10 femmes).


Il faut rendre la mesure – au moins 50% de femmes au gouvernement – obligatoire. C'est une mesure évidemment transitoire, tant que ce système insuffisamment démocratique existe, et surtout tant que le sexisme existe.

 
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