Histoire
« Marx et Keynes », de Paul Mattick PDF Imprimer Envoyer
Critique Sociale
Écrit par critiquesociale   
Jeudi, 12 Novembre 2009 20:42

« Marx et Keynes », de Paul Mattick


La réédition du livre Marx et Keynes de Paul Mattick1 a été annoncée, mais pour le moment Gallimard ne semble pas donner de date de parution. Cet ouvrage, publié en 1969 en anglais et en 1972 en traduction française, est en effet épuisé depuis longtemps, alors que la crise du capitalisme que nous vivons souligne l'actualité de son propos2.


Il s'agit essentiellement d'une critique marxiste des idées économiques de John Maynard Keynes, même si le sujet traité est en fait plus large, comme Paul Mattick l'écrit lui-même dans son introduction : « La thèse centrale de ce livre, c'est qu'aux problèmes économiques assaillant le monde capitaliste, Keynes n'a pu proposer qu'une solution toute provisoire et que les conditions qui rendaient cette solution efficace sont en voie de disparition. C'est aussi la raison pour laquelle la critique de l'économie politique, telle que Marx l'a conçue, loin d'avoir perdu sa validité, trouve un surcroît de pertinence grâce à la faculté qui la caractérise de comprendre et de dépasser à la fois les "anciennes" et les "nouvelles" théories économiques. On va donc soumettre la théorie et la pratique keynésiennes à une critique marxiste. En outre, on s'efforcera d'élucider à l'aide de la méthode d'analyse marxienne le cours des évènements et les grandes tendances politiques et économiques. »3


Mattick explique que les théories de Keynes sont une manifestation du fait que l'économie politique « classique » peut changer de visage en fonction des circonstances et des périodes. Mais l'objectif reste la perpétuation du capitalisme, donc de l'exploitation de la majorité des êtres humains.

Ainsi, Mattick cite Keynes qui écrivait : « la lutte des classes me trouvera du côté de la bourgeoisie instruite. » Keynes affirme ainsi, en réalité, son appartenance à la « classe capitaliste », qui est « une classe sociale déterminée, ayant intérêt à la perpétuation du salariat. »4 L'analyse marxiste du capitalisme établit que c'est le système du salariat qui permet l'exploitation des travailleurs au profit de la classe capitaliste ; « le capital suppose le travail salarié et réciproquement : il s'agit là des deux aspects nécessaires des rapports de production capitalistes. […] que le capital cesse de dépendre du travail salarié, et c'en est fini du capitalisme. »5 Selon Mattick, Keynes veut conserver le capitalisme « sans rien changer à sa structure sociale de base. »6


Mattick ne manque pas de souligner les différences fondamentales et irréconciliables qui existent entre Keynes et Marx. Keynes veut l'action d'une élite éclairée, par des interventions monétaires. Marx veut l'action autonome des travailleurs associés, et l'abolition du système capitaliste dans son intégralité.

L'un représente le maintien du capitalisme, autrement dit la production pour le capital, alors que l'autre représente la nécessité de remplacer le capitalisme par le socialisme, autrement dit la production pour l'usage.


Pour Mattick, il y a trois types de capitalisme : capitalisme du laissez-faire, économie mixte, et capitalisme d'Etat. Pour lui aucun ne représente de solution durable, ce qu'ont amplement montré les 40 années écoulées depuis la parution de son ouvrage.

Paul Mattick montre d'abord les limites de l'économie mixte, puisqu'il s'agit de la variante du capitalisme associée à Keynes, lequel croit par ce moyen pallier aux failles du laissez-faire (qui est fréquemment appelé très improprement « libéralisme économique »7). Keynes « songeait uniquement à écarter les dangers pesant en temps de crise sur les rapports sociaux actuels, non point à modifier ces derniers. »8

L'analyse de Mattick montre que Keynes a tort, et que les « libéraux » ont également tort : en réalité le capitalisme par son existence provoque des crises, il ne peut pas faire autrement. Rechercher comment empêcher les crises sans mettre fin au capitalisme, c'est la vaine recherche d'une chimère, c'est la pierre philosophale de l'économie politique.

Mattick revient également sur les éléments fondamentaux de la critique marxienne du capitalisme, et montre à quel point Keynes en est éloigné.


Selon lui, le keynésianisme a plus fourni une justification à l'idéologie dominante qu'il n'a réellement provoqué le changement ; selon Mattick les politiques suivies pendant la deuxième guerre mondiale étaient équivalentes à celles menées pendant la première, soit avant l'apparition du keynésianisme. Il rappelle également qu'au cours de la crise de 1929, « Les gouvernements capitalistes se sont vus contraints d'intervenir dans l'économie pour des raisons parfaitement étrangères à leur volonté. »9


Pour Mattick, les périodes de crises montrent la réalité du capitalisme. Même si chaque crise « paraît un simple problème de marché », il n'en est rien ; mais « Un capitaliste n'acceptera jamais d'aller au-delà, car attribuer la crise au jeu des rapports de valeur sous-jacents à la production du capital signifierait, pour lui, endosser la responsabilité de la crise en tant qu'elle constitue l'expression sur le plan économique des rapports d'exploitation capital-travail. »10

D'autre part, la crise « met en lumière le degré d'interdépendance sociale auquel est parvenu le mode de production capitaliste, en dépit des rapports de propriété privée qui le régissent. »11

Mattick rappelle que « Marx ne prévoyait pas, quant à lui, un effondrement "automatique" ou "économique" du système capitaliste. Seule la puissance des actions révolutionnaires de la classe ouvrière était apte, selon lui, à montrer si la crise du système à un moment donné en constituait ou non la "crise finale". »12


Il aborde également d'autres questions, comme l'aide aux pays sous-développés, qui a en réalité pour but de permettre l'extraction de plus-value depuis ces territoires. De plus, « la concentration de la richesse, fondée sur la propriété privée a pour effet de diviser la planète en régions riches et en régions pauvres en capital, exactement comme elle suscite dans chaque pays une polarisation des classes : capitalistes, d'une part, salariées, de l'autre. »13


Analysant l'état du capitalisme aux Etats-Unis, Mattick annonce ce qu'on a vu se produire fin 2008 : « Le capital américain a atteint un degré de concentration tel que la survie de l'économie globale est désormais liée au maintien et à la croissance des grandes entreprises. Que ce capital, extrêmement concentré, employant la grande masse de la population active, ait une défaillance tant soit peu accentuée, et l'on irait au-devant d'une catastrophe nationale. Sa puissance est énorme, mais si elle diminuait ou se trouvait menacée, les pouvoirs publics se verraient contraints, pour éviter l'effondrement économique, de le renflouer. »14

Les limites de la réalisation de capital ont leur base dans les rapports de production capitalistes : « ce sont les rapports de classes et d'exploitation qui font du capitalisme un système économiquement limité et un obstacle au progrès technologique. »15


Mattick s'intéresse ensuite au capitalisme d'Etat, système qui dominait à l'époque une partie importante de la planète, à commencer par l'URSS16. Il identifie l'intégralité du bloc de l'Est comme étant composé de « nations capitalistes d'Etat »17. Du fait de l'intervention étatique dans l'économie, Mattick note une proximité entre le keynésianisme et le capitalisme d'Etat : « le capitalisme d'Etat peut être considéré comme comme le plus conséquent et le plus achevé des systèmes keynésiens. »18

Il démontre que ce système n'est ni socialiste ni communiste, et que « Tous les systèmes capitalistes d'Etat s'apparentent à l'économie de marché du fait que les rapports capital-travail s'y trouvent perpétués. »19 Il ajoute que « Formellement, il n'y a pas grande différence de l'un à l'autre système, si ce n'est, dans le cas de l'étatisation, un contrôle plus centralisé du surproduit. » Dans l'économie capitaliste d'Etat, « l'exploitation de l'homme par l'homme se poursuit au moyen d'un échange inégal au niveau de la production comme à celui de la consommation. Cette inégalité a pour effet tant de perpétuer la concurrence, sous forme de lutte pour les situations les plus lucratives et les emplois les mieux payés, que de reporter au sein du capitalisme d'Etat des antagonismes sociaux inhérents au capitalisme dit classique. »20

Se recouvrant d'un mensonge idéologique, « le capitalisme d'Etat refuse de s'avouer ce qu'il est en réalité : un système d'exploitation fondé sur la domination directe d'une minorité dirigeante sur la majorité dirigée. »21 Dans le capitalisme d'Etat, « le système du salariat reste intact, la bureaucratie d'Etat constitue désormais une nouvelle classe dirigeante, et ce sont ses membres qui "personnifient" le capital. »22 De plus, « La hiérarchisation des revenus, fruit d'une politique délibérée, entretient un climat social de concurrence ne différant guère de celui du capitalisme traditionnel. »23


Après avoir critiqué les deux systèmes économiques divisant le monde à l'époque, capitalisme d'économie mixte et capitalisme d'Etat, Mattick annonce le retournement qui eut lieu dans les années 1970-1980 avec l'abandon du keynésianisme par la classe dominante, abandon du à ses limites : « On s'apercevra alors que les solutions keynésiennes étaient factices, aptes à différer, mais non à faire disparaître définitivement les effets contradictoires de l'accumulation du capital, tels que Marx les avait prédits. »24


Le livre est pour partie composé de divers textes rassemblés, parus au fil du temps ; il en découle un certain manque d'homogénéité, de plus les dates de chaque texte ne sont pas indiquées, et le style est parfois aride. Mais, bien que l'ouvrage ait été publié en période de « prospérité » capitaliste, il n'en reste pas moins adapté à la période de crise actuelle, grâce à la lucidité de Mattick qui ne s'est pas laissé prendre par les idéologies dominantes de l'époque. Sa prochaine réédition se justifie donc amplement.

 

 

1 Paul Mattick (1904-1981), ouvrier et théoricien marxiste, a participé encore adolescent à la révolution allemande, et a milité au sein du courant communiste des conseils (extrême-gauche anti-léniniste). Il a rejoint les Etats-Unis en 1926, où il a vécu jusqu'à sa mort. Il a écrit de nombreux articles et plusieurs ouvrages.

2 Signalons que le fils de Paul Mattick, qui écrit également sous ce nom, vient de publier : Le Jour de l'addition, aux sources de la crise, L'Insomniaque, 2009 (préface de Charles Reeve).

Sur la crise du capitalisme et ses diverses implications, voir également les numéros 1, 2, 3, 5 et 7 de Critique Sociale.

3 Paul Mattick, Marx et Keynes, les limites de l'économie mixte, traduction de Serge Bricianer, Gallimard, 1972, p. 8.

4 Paul Mattick, op. cit., p. 362. La citation de J. M. Keynes se trouve dans Essais de persuasion, Gallimard, 1933, p. 233.

5 Paul Mattick, op. cit., p. 235.

6 Paul Mattick, op. cit., p. 33.

7 Voir : « L’absurdité du "libéralisme économique" », Critique Sociale n° 3, décembre 2008.

8 Paul Mattick, op. cit., p. 164. La différence de fond avec Marx est évidente, puisque Keynes voulait conserver les rapports sociaux capitalistes.

9 Paul Mattick, op. cit., p. 164.

10 Paul Mattick, op. cit., p. 92.

11 Paul Mattick, op. cit., p. 107.

12 Paul Mattick, op. cit., p. 126.

13 Paul Mattick, op. cit., p. 102.

14 Paul Mattick, op. cit., p. 177.

15 Paul Mattick, op. cit., p. 236.

16 Sur la nature capitaliste de l'URSS, voir : « Le léninisme et la révolution russe », Critique Sociale n° 1, octobre 2008.

17 Paul Mattick, op. cit., p. 305.

18 Paul Mattick, op. cit., p. 336.

19 Paul Mattick, op. cit., p. 347.

20 Paul Mattick, op. cit., p. 348.

21 Paul Mattick, op. cit., p. 384.

22 Paul Mattick, op. cit., p. 366.

23 Paul Mattick, op. cit., p. 387.

24 Paul Mattick, op. cit., p. 200. Page 399, il ajoute à propos du keynésianisme : « de par sa nature comme de par celle du système, il ne peut avoir qu'une utilité temporaire. »

Mis à jour ( Jeudi, 12 Novembre 2009 20:52 )
 
Friedrich Engels contre le « préjugé national » PDF Imprimer Envoyer
Critique Sociale
Écrit par critiquesociale   
Mercredi, 11 Novembre 2009 21:15

 Friedrich Engels contre le « préjugé national »


Voici la fin d'un texte d'Engels écrit en 1845 à destination des travailleurs de Grande-Bretagne. Il figure au début de son ouvrage : La Situation des classes laborieuses en Angleterre. Nous le republions au cas où la classe dominante serait, par extraordinaire, tentée – un siècle et demi après la rédaction de ce texte – de refaire le coup du « préjugé national », afin de détourner l'attention des ravages actuellement provoqués par le capitalisme au sein de la classe travailleuse du monde entier. « Les travailleurs n'ont pas de patrie »1, comme l'écrivait Marx dans le Manifeste communiste.


« Pas un travailleur en Angleterre – ni en France, soit dit en passant – ne m'a jamais traité en étranger. Avec le plus grand plaisir j'ai remarqué que vous êtes libérés de ce terrible malheur que sont le préjugé national et l'orgueil national : ce qui, après tout, ne signifie qu'égoïsme collectif. J'ai remarqué que vous sympathisez avec quiconque met sérieusement ses forces au service du progrès humain – qu'il soit anglais ou non ; que vous admirez tout ce qui est grand et bon, qu'il ait été nourri sur votre sol natal ou non. J'ai trouvé que vous étiez plus que de simples citoyens anglais membres d'une seule nation isolée ; j'ai trouvé que vous étiez des Hommes, membres de la grande famille universelle de l'Humanité, qui savent que leur intérêt et celui de toute la race humaine sont le même. Et comme tels, comme membres de cette famille de l'Humanité « Une et Indivisible », comme Etres humains dans le sens le plus large du mot, moi-même, et beaucoup d'autres sur le Continent, saluons vos progrès dans toutes les directions et vous souhaitons prompt succès. – Allez donc de l'avant, comme vous avez fait jusqu'ici.

Bien des épreuves restent à subir ; soyez fermes, soyez indomptés, votre succès est certain ; pas un des pas que vous ferez dans votre marche en avant ne sera perdu pour notre cause commune, la cause de l'Humanité !

Friedrich Engels, Barmen (Prusse rhénane), 15 mars 1845. »2

 

 


1 Karl Marx, Manifeste communiste, dans : Karl Marx, Philosophie, Gallimard, 1994, p. 422.

2 Friedrich Engels, « To the working class of Great-Britain », La Situation des classes laborieuses en Angleterre, Costes, 1933, pp. XLV-XLVI. Traduction de Bracke (A. M. Desrousseaux) et P.-J. Berthaud. Ce passage se trouve également dans la réédition très partielle du livre par les éditions Mille et une nuits, février 2009, pp. 9-10.

 
Une réponse de Victor Serge à Trotsky PDF Imprimer Envoyer
Critique Sociale
Écrit par critiquesociale   
Vendredi, 04 Septembre 2009 10:23

Une réponse de Victor Serge à Trotsky


Victor Serge (1890-1947), écrivain et militant d'extrême-gauche, participa en URSS à l'opposition contre Staline dès 1923, et fut dans les années 1930 détenu plusieurs années par le pouvoir stalinien.

Ce texte du 12 mars 1939 a été publié pour la première fois le 21 avril 1939 dans Juin 36, l'organe du Parti Socialiste Ouvrier et Paysan (PSOP), sous le titre : « Leur morale et la nôtre », avec une introduction de Victor Serge (que nous reproduisons ci-dessous). Le texte a été republié en 1973 par les éditions Spartacus (dirigées par René Lefeuvre, ancien du PSOP) sous le titre : « Réponse à Léon Trotsky », en annexe à la première édition francophone de « Les Soviets trahis par les bolcheviks », ouvrage de Rudolf Rocker.



La Lutte ouvrière du Borinage, « organe de la section belge de la IVe Internationale » (mais oui !) ayant publié un article de Léon-Davidovitch Trotsky me concernant, je lui adressai, le 12 mars, la réponse qu'on va lire – et que cette feuille n'a pas cru devoir publier. J'avais donc tord de croire à sa loyauté. D'autres publications de la « IVe » m'ont attaqué depuis. Je ne leur répondrai pas. J'accepterais volontiers, et même avec joie, la discussion des faits et des idées – pensée marxiste ou histoire de la révolution russe – mais je ne vois vraiment aucune utilité à relever des assertions systématiquement fausses qui ne traduisent en définitive que l'esprit de secte et un singulier manque de camaraderie. La mise au point suivante suffit à faire ressortir la nature de notre désaccord et à suggérer à ce sujet des réflexions profitables... Je ne veux y souligner qu'un point : c'est qu'un grand nombre des derniers combattants de l'opposition de gauche du P.C. de l'U.R.S.S. de 1923, dite par la suite trotskyste, sont – s'il en survit dans les geôles de Staline – de mon avis sur ces questions essentielles ; et que j'ai dès lors la certitude intime de demeurer en complète unité d'esprit avec eux, fidèle aux fins libératrices de l'opposition de 1923, qui ne se battait certes pas pour substituer à un bureaucratisme étrangleur un sectarisme étouffant...

 

V.S. [avril 1939]

 

 

Chers camarades,

 

J'attends de votre loyauté que vous publiiez les quelques lignes de réponse que voici à un article de Trotsky, dans lequel je suis nommé, – paru dans vos colonnes le 11 mars – intitulé « Les ex-révolutionnaires et la réaction mondiale ».

 

Léon Trotsky semble, pour autant que je puis m'en rendre compte, vouloir répondre à une étude que j'ai publiée aux Etats-Unis, dans Partisan Review et qui paraîtra sous peu en français : « Puissance et limites du marxisme »1, mais il est tout à fait évident qu'il y répond sans l'avoir lue... Et cela c'est déplorable. Comme on l'a tant de fois fait à son égard, en Russie, à l'époque où je le défendais de mon mieux, il m'impute des idées que je n'exprime pas et que je n'ai pas, tout en ignorant d'autre part celles que j'exprime. Méthode de discussion insensée, qui appartient au bolchevisme de la décadence comme à tous les sectarismes : car le propre du sectarisme est d'aveugler. Et il est plus facile d'excommunier sans chercher à comprendre que de discuter fraternellement.

Jugez-en :

Trotsky écrit :

« Victor Serge, par exemple, a récemment annoncé que le bolchevisme passe par une crise présageant une "crise du marxisme". Dans son innocence théorique, Victor Serge s'imagine être le premier à faire cette découverte... »

(C'est tout à fait à tort que Trotsky s'imagine que je me l'imagine... Mais la chose n'a guère d'importance.)

« Cependant, à chaque moment de réaction, des dizaines et des centaines de révolutionnaires hésitants se sont levés pour annoncer la crise finale, cruciale et mortelle du marxisme. Que le vieux parti bolchevik se soit épuisé ; qu'il ait dégénéré et qu'il ait péri, cela ne se discute même plus. Mais la fin d'un parti historique qui, pendant une certaine période s'est basé sur la doctrine marxiste, n'est pas la fin de cette doctrine. La défaite d'une armée n'infirme pas les principes fondamentaux de la stratégie. Un artilleur peut tirer loin de sa cible, cela n'infirme pas la balistique, c'est-à-dire la science de l'artillerie. Et si l'armée du prolétariat essuie une défaite ou si son parti dégénère, cela n'infirme pas le marxisme qui est la science de la révolution. Que Victor Serge lui-même traverse "une crise", que ses idées s'embrouillent désespérément, cela se voit. Mais la crise de Victor Serge n'est pas la crise du marxisme. »

Je ne relève pas l'inutile attaque personnelle contenue dans ces lignes et qui ne constitue, certes, pas une défense du marxisme. J'avais conclu mon étude par ces mots :

« La lutte des classes continue : on entend distinctement craquer, en dépit des replâtrages totalitaires, la charpente du vieil édifice social. Le marxisme connaîtra encore bien des fortunes diverses, peut-être même des éclipses. Sa puissance, conditionnée par les circonstances historiques, n’en apparaît pas moins indéfectible en définitive, puisqu’elle est celle du savoir alliée à la nécessité révolutionnaire. »

Plus haut, j'avais écrit :

« Par suite de son éclatante victoire spirituelle et politique, dans la révolution russe, le marxisme est aujourd’hui menacé d’un immense discrédit et, dans le mouvement ouvrier, d’une démoralisation sans nom » – car tels sont bien les effets du stalinisme, et Trotsky les a souvent dénoncés lui-même en des termes analogues. Seulement, je précisais :

« Est-il besoin de souligner une fois de plus que le marxisme obscurci, falsifié et ensanglanté des fusilleurs de Moscou, n’est plus du marxisme ?... Les masses, par malheur, mettront du temps à s’en apercevoir... »

Il est vrai que je suis – de même que certainement bon nombre de camarades de l'opposition de gauche de l'ancien P.C. de l'U.R.S.S., s'ils survivent dans les prisons de Staline – en désaccord avec Trotsky sur des questions essentielles. Vous voyez par cette lettre que nous avons même des façons différentes de concevoir la discussion : j'estime qu'on doit lire ce que l'on réfute. (J'estime de même que l'on doit, ceci étant à mes yeux un principe de morale révolutionnaire, éviter dans les polémiques entre militants, au sein du mouvement ouvrier, les expressions injurieuses ou blessantes...) Dans l'article en question, j'adressais directement à Trotsky, le reproche suivant, auquel il a préféré ne pas répondre, ce qui me confirme dans l'idée qu'il n'a pas pris la peine de me lire :

« Les chefs du bolchevisme des grandes années n’ont manqué ni de savoir ni d’intelligence, ni d’énergie : ils ont manqué d’audace révolutionnaire toutes les fois qu’il eût fallu chercher (après 1918) des solutions dans la liberté des masses et non dans la contrainte gouvernementale. Ils ont systématiquement bâti non l’Etat-Commune qu’ils avaient annoncé, mais un Etat fort, au sens vieux du mot, fort de sa police, de sa censure, de ses monopoles, de ses bureaux tout-puissants... »

 

En une autre circonstance, fin avril 1938, dans une lettre à The New International, j'avais demandé : « Quand et comment le bolchévisme a-t-il commencé à dégénérer ? ». Cette question fait le fond du débat qui me sépare de Trotsky et de son orthodoxie, trop encline à reprendre et continuer aujourd'hui les méthodes qui ont contribué à la dégénérescence du bolchevisme, c'est-à-dire à la corruption du marxisme. J'avais notamment posé une question tout à fait précise sur laquelle j'aimerais que Trotsky s'expliquât, car elle trouble pas mal de consciences dans le mouvement ouvrier et présente beaucoup plus d'intérêt que les variations faciles sur le découragement des intellectuels, même appliquées à de vieux militants ouvriers qui ne sont point de son avis. Voici :

« Le moment n'est-il pas venu de constater que le jour de l'année glorieuse 1918 où le Comité Central du parti décida de permettre à des commissions extraordinaires d'appliquer la peine de mort sur procédure secrète, sans entendre des accusés qui ne pouvaient pas se défendre, est un jour noir ? Ce jour-là, le Comité Central pouvait rétablir ou ne pas rétablir une procédure d'inquisition oubliée de la civilisation européenne. Il commit en tout cas une faute. Il n'appartenait pas nécessairement à un parti socialiste victorieux de commettre cette faute-là. La révolution pouvait se défendre à l'intérieur et même impitoyablement sans cela. Elle se serait mieux défendue sans cela. »

Elle n'aurai pas, en tout cas, créé les armes qui ont servi à fusiller ses partisans.

 

Je ne m'attendais pas à voir Trotsky reprendre le vieux procédé tant de fois employé contre lui – contre nous – et qui consiste à substituer, dans la discussion, des désaccords imaginaires aux désaccords réels... Je ne m'attendais pas non plus à le voir revenir au vieil idéalisme hégélien, que le marxisme dut surmonter pour naître, en affirmant : « Tout ce qui est rationnel, est réel... » au moment précis où, dans la lutte sociale, le barbare et l'absurde l'emportent, par le fer et par le feu, sur le rationnel. Voyez l'Espagne ouvrière assassinée pour avoir tenté un prodigieux effort vers le rationnel dans l'organisation de la société moderne, c'est-à-dire vers le socialisme.

 

Salut fraternel.

 

Victor Serge. [mars 1939]

 

1 La lettre originale à La Lutte ouvrière comprend ici une parenthèse : « (sitôt qu'elle sera parue, je vous l'enverrai) ». Cette étude de Victor Serge a été publiée dans Masses n° 3, mars 1939 (revue dirigée par René Lefeuvre) ; elle est rééditée dans Victor Serge, 16 fusillés à Moscou, Spartacus, 1972, pp. 133-142. Le site internet « La Bataille socialiste » l'a numérisée : bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1939-03-puissance-et-limites-du-marxisme-serge

 
Le problème des nationalités dans le Caucase (Rosa Luxemburg, 1908) PDF Imprimer Envoyer
Critique Sociale
Écrit par Rosa Luxemburg   
Mercredi, 01 Avril 2009 17:35

Extrait de la Section III de “La nation et l’autonomie”, publié en 1908 en polonais. Traduction de Claudie Weill dans Rosa Luxemburg La question nationale et l’autonomie, Le Temps de Cerises, 2001 (mis en ligne en août 2008 par le site La Bataille socialiste avec l’aimable autorisation de l’éditeur).

 

On trouve dans le Caucase un autre exemple remarquable des difficultés auxquelles se heurte le problème de l’autonomie nationale dans la pratique.

Aucun coin de la terre n’offre un tableau de nationalités aussi imbriquées les unes dans les autres que le Caucase, antique piste historique des grandes migrations de peuples entre l’Asie et l’Europe, jonchée de fragments et d’éclats de ces peuples. La population de cette région, comptant plus de neuf millions de personnes se compose (selon le recensement de 1897) des groupes raciaux et nationaux suivants : (en milliers)

  • Russes : 2 192,3 ;
  • Allemands : 21,5 ;
  • Grecs : 57,3 ;
  • Arméniens : 975,0 ;
  • Ossètes : 157,1 ;
  • Kurdes : 100,0
  • Montagnards caucasiens : Tchétchènes : 243,4 ; Tcherkesses : 111,5 ; Abkhazes : 72,4 ; Lezguiens: 613,8
  • Kartveliens : Géorgiens, Iméritiens, Mingréliens, etc. : 1 201,2 ;
  • Juifs : 43,4
  • Turco-tatars : Tatars : 1 139,6 ; Koumyks : 100,8 ; Turcs : 70,2 ; Nogays : 55,4 ; Karatches : 22,0
  • Kalmouks : 11,8
  • Estoniens, Mordves : 1,4.

Les principales nationalités concernées sont reparties territorialement comme suit: les Russes qui constituent le groupe le plus nombreux du Caucase sont concentrés au nord, dans les districts du Kuban et de la Mer Noire et dans la partie nord-ouest du Terek. Les Kartveliens se situent plus au sud, dans la partie occidentale du Caucase ; ils occupent le gouvernement de Kutais et la partie sud-est du gouvernement de Tiflis. Encore plus au sud, le territoire central est occupé par les Arméniens dans la partie méridionale du gouvernement de Tiflis, la partie orientale du gouvernement de Kars et la partie septentrionale du gouvernement d’Erevan, coincés entre les Géorgiens au nord, les Turcs à l’ouest, les Tatars à l’est et au sud, dans les gouvernements de Bakou, Elizavetpol et Erevan. A l’est et dans les montagnes se situent les tribus montagnardes alors que d’autres groupes mineurs tels que les Juifs et les Allemands vivent entremêlés avec la population autochtone principalement dans les villes. La complexité du problème des nationalités apparaît particulièrement dans la question linguistique parce qu’au Caucase, il y a à côté du russe, de l’ossète et de l’arménien environ une demi-douzaine de langues tatares, quatre dialectes lezguiens, plusieurs tchétchènes, plusieurs tcherkesses, mingréliens, géorgiens, svanes et un certain nombre d’autres. Et ce ne sont aucunement des dialectes mais pour la plupart des langues indépendantes, incompréhensibles pour le reste de la population.

Du point de vue du problème de l’autonomie, seules trois nationalités entrent manifestement en considération : les Géorgiens, les Arméniens et les Tatars parce que les Russes qui résident dans la partie septentrionale du Caucase se situent nationalement parlant en continuité avec le territoire de l’État originellement russe.

Le groupe national le plus nombreux à coté des Russes est celui des Géorgiens si l’on inclut parmi eux toutes les variétés de Kartveliens. Le territoire historique des Géorgiens se compose des gouvernements de Tiflis et de Kutais, des districts de Sukhumi et de Sakatali, soit une population de 2 110 490 personnes. Cependant, la nationalité géorgienne ne compte que pour un peu plus de la moitié de ce chiffre, soit 1,2 million, le reste se composant d’Arméniens à hauteur d’environ 220 000, concentrés principalement dans le district d’Akhalkalaki du gouvernement de Tiflis où ils représentent plus de 70% de la population ; les Tatars à hauteur de 100 000; les Ossètes, plus de 70 000 ; les Lezguiens constituent la moitie de la population du district de Sakatali et les Abkhazes dominent dans le district de Sukhumi alors que dans le district de Bortchalou du gouvernement de Tiflis un mélange de nationalités diverses détient la majorité par rapport à la population géorgienne.

Compte tenu de ces chiffres, le projet d’autonomie nationale géorgienne présente de multiples difficultés. Le territoire historique de la Géorgie pris dans son ensemble comporte une population numériquement si insignifiante - à peine 2,1 millions - qu’il semble insuffisant comme base d’une vie autonome propre dans le sens moderne du terme, avec ses exigences culturelles et ses fonctions socio-économiques. Dans une Géorgie autonome dotée de ses frontières historiques, une nationalité qui compte pour à peine plus de la moitié de la population globale serait appelée à dominer dans les institutions publiques, les écoles, la vie politique. L’impossibilité de cette situation est si bien perçue par les nationalistes géorgiens à coloration révolutionnaire qu’a priori, ils renoncent aux frontières historiques et projettent de tailler le territoire autonome sur un espace correspondant à la prédominance réelle de la nationalité géorgienne.

Selon ce plan, seuls seize des districts géorgiens formeraient la base de l’autonomie géorgienne alors que le sort des quatre autres où prédominent d’autres nationalités serait décidé par un « plébiscite de ces nationalités ». Ce plan a une apparence très démocratique et révolutionnaire ; mais comme la plupart des plans d’inspiration anarchiste qui cherchent à résoudre toutes les difficultés historiques au moyen de « la volonté des nations », il a un défaut qui consiste en ce que le plan du plébiscite est en pratique encore plus difficile à mettre en œuvre que l’autonomie de la Géorgie historique. La zone tracée sur le plan géorgien comprendrait à peine 1,4 million de personnes c’est-à-dire un chiffre correspondant à la population d’une grande ville moderne. Cette zone découpée tout à fait arbitrairement, en dehors du cadre traditionnel de la Géorgie et de son statut socio-économique actuel est non seulement une base extrêmement mince pour une vie autonome mais ne représente en outre aucune entité organique, aucune sphère de vie matérielle et d’intérêts économiques et culturels, à part les intérêts abstraits de la nationalité géorgienne.

Cependant, même dans cette zone, les intérêts nationaux géorgiens ne peuvent être interprétés comme une expression active de la vie autonome, compte tenu du fait que leur prédominance numérique est liée à leur caractère majoritairement agraire.

Au cœur même de la Géorgie, l’ancienne capitale, Tiflis, et un certain nombre de villes plus petites ont un caractère éminemment international avec pour élément prédominant les Arméniens qui représentent la couche bourgeoise. Sur une population de 160 000 personnes à Tiflis, les Arméniens en comptent 55 000, les Géorgiens et les Russes 20 000 chacun ; le reste se compose de Tatars, de Persans, de Juifs, de Grecs, etc. Les centres naturels de la vie politique et administrative de même que de l’éducation et de la culture spirituelle sont ici comme en Lituanie les fiefs de nationalités étrangères. Le fait qui rend insoluble le problème de l’autonomie nationale de la Géorgie se greffe simultanément sur un autre problème caucasien : la question de l’autonomie des Arméniens.

L’exclusion de Tiflis et d’autres villes du territoire géorgien autonome est tout aussi impossible du point de vue des conditions socio-économiques de la Géorgie que l’est leur inclusion à ce territoire du point de vue de la nationalité arménienne. Si on prend comme base la prédominance numérique des Arméniens dans la population, on obtient un territoire bricolé artificiellement à partir de quelques fragments : deux districts méridionaux du gouvernement de Tiflis, la partie septentrionale du gouvernement d’Erevan, la partie nord-est du gouvernement de Kars c’est-à-dire un territoire coupé des principales villes où résident les Arméniens, ce qui est absurde à la fois du point de vue historique et du point de vue de la situation économique actuelle alors que les dimensions de cette zone autonome putative se limiteraient a quelques 800 000 personnes. Si l’on va au-delà des districts où les Arméniens sont prédominants, on les trouvera inextricablement mêlés aux Géorgiens au Nord ; aux Tatars au Sud, dans les gouvernements de Bakou et d’Elizavetpol ; aux Turcs à l’Ouest, dans le gouvernement de Kars. Par rapport à la population tatare essentiellement agraire qui vit dans des conditions plutôt retardataires, les Arméniens jouent en partie le rôle d’élément bourgeois.

Ainsi, tracer des frontières entre les principales nationalités du Caucase est une tâche insoluble. Mais le problème de l’autonomie est encore plus compliqué en ce qui concerne les autres multiples nationalités de montagnards caucasiens. A la fois leur imbrication territoriale et les faibles dimensions numériques de chaque nationalité et enfin les conditions socio-économiques qui restent en grande partie au niveau du pastoralisme nomade extensif ou de l’agriculture primitive, sans vie urbaine propre et sans créativité littéraire dans leur langue nationale rendent le fonctionnement de l’autonomie moderne tout à fait inapplicable.

Tout comme en Lituanie, la seule méthode pour résoudre la question nationale au Caucase dans un esprit démocratique, assurant à toutes les nationalités la liberté de l’existence culturelle sans qu’aucune d’entre elles ne domine les autres et pour satisfaire en même temps l’exigence d’un développement social moderne est d’ignorer les frontières ethnographiques et d’introduire une large auto-administration locale - communale, urbaine, de district et provinciale - sans caractère national défini, c’est-à-dire sans conférer de privilèges à une nationalité quelconque. Seule une telle auto-administration permettra d’unir les diverses nationalités pour qu’elles veillent ensemble aux intérêts économiques et sociaux locaux et qu’elles prennent par ailleurs naturellement en considération la répartition différenciée des nationalités dans chaque district et dans chaque commune.

L’auto-administration communale, de district, provinciale permettra à chaque nationalité, au moyen de décisions prises à la majorité par les organes de l’administration locale, de créer ses écoles et ses institutions culturelles dans les districts ou les communes où elle dispose de la prépondérance numérique. En même temps, une loi linguistique séparée, à l’échelle de l’Etat, sauvegardant les intérêts de la minorité, peut établir une norme en vertu de laquelle les minorités nationales, à partir d’un minimum numérique, peuvent constituer la base de création obligatoire d’écoles dans leurs langues nationales dans la commune, le district ou la province ; et leur langue peut être introduite dans les institutions locales publiques et administratives, dans les tribunaux etc., à coté de la langue de la nationalité prédominante et de la langue de l’Etat. Cette solution serait plausible, à supposer qu’une solution soit possible dans le cadre du capitalisme et compte tenu des conditions historiques. Elle combinerait les principes généraux de l’auto-administration locale avec des mesures législatives spéciales pour garantir le développement culturel et l’égalité en droit des nationalités en les amenant à coopérer étroitement et non en les séparant les unes par rapport aux autres par les barrières de l’autonomie nationale.

 


 

 

 
Herr Vogt, de Karl Marx PDF Imprimer Envoyer
Critique Sociale
Écrit par critiquesociale   
Samedi, 14 Mars 2009 13:14

 

Herr Vogt est un livre de Karl Marx publié à Londres en décembre 1860, en allemand. L'existence même de ce texte est souvent ignorée.


Il s'agit à l'origine d'un ouvrage polémique. Depuis la lecture d'un livre de Carl Vogt1 en 1859, Marx avait « la conviction absolue que Vogt était de connivence avec la propagande bonapartiste. »2 Cela ne sera établi avec certitude qu'une décennie plus tard, après la chute de Napoléon III et la découverte de documents – comme Mehring le signale ci-après.


Vogt ayant calomnié Marx3 par écrit, ce dernier entreprit avec Herr Vogt de répondre pour démontrer le caractère mensonger de ces allégations. Dans ce but, Marx sollicita de nombreuses personnes pouvant témoigner et rétablir les faits réels.

Mais dans sa réponse, Marx s'en prend également aux jugements politiques de Vogt : « Marx prend sous la loupe chacun des arguments de Vogt, en démontre la fausseté et l'inanité : il fait à son adversaire un cours d'histoire […] enfin il démolit la construction idyllique d'un Napoléon III "libérateur des nationalités". »4


Au travers de Vogt, Marx s'attaque en effet à Napoléon III, « celui qui, tel Macbeth, a barboté dans le sang humain pour conquérir une couronne. »5 Marx, replaçant l'empereur dans la perspective historique, a un jugement plus radical que celui de Hugo : « Lorsque Victor Hugo appela le neveu "Napoléon le Petit", il reconnut la grandeur de l'oncle. Le titre de son célèbre pamphlet exprima une antithèse et, à un certain degré, il s'est associé à ce culte de Napoléon sur lequel le fils d'Hortense de Beauharnais réussit à édifier le système sanglant de sa fortune. Il serait plus utile de faire admettre à la génération actuelle que Napoléon le Petit représente en réalité la petitesse de Napoléon le Grand. »6


Franz Mehring écrivait dans sa biographie de Marx publiée en 1918, à propos de Herr Vogt : « C'est le seul de ses livres qui n'ait pas encore à ce jour été réédité et dont il ne reste peut-être plus que de rares exemplaires ; cela s'explique par le fait que cet ouvrage, déjà volumineux par lui-même […] nécessiterait par-dessus le marché un très long commentaire pour rendre intelligible au lecteur d'aujourd'hui toutes les allusions, tous les tenants et aboutissants de l'affaire. Cela n'en vaut nullement la peine. […]

Dans les documents publiés à partir des archives des Tuileries par le gouvernement de Défense nationale, après la chute du Second Empire, se trouve le reçu de 40 000 francs touchés par Vogt sur les fonds secrets de l'homme du 2 Décembre […]

l'histoire n'a pas retenu Monsieur Vogt parmi les ouvrages polémiques les plus importants de Marx. Au contraire, il est de plus en plus tombé dans l'oubli, tandis que le 18 brumaire, ou même le pamphlet contre Proudhon [Misère de la philosophie], ont avec le temps retenu une attention grandissante. Cela tient en partie au sujet même, car le cas Vogt n'était en définitive qu'une péripétie relativement secondaire »7.


Ajoutons que l'ouvrage comprend de très nombreux extraits de textes divers (nous republions une partie de l'un de ces extraits), qui lui servent à établir sa démonstration.

Ce texte de circonstance montre effectivement un des traits de caractère de Marx : une fois qu'il s'intéressait à un sujet, il ne pouvait s'empêcher de l'étudier dans les moindres détails.


L'unique traduction française de Herr Vogt a été publiée par les éditions Costes, en trois tomes, en 1927 et 1928 (traduction de Jacques Molitor).

L'ouvrage devait figurer dans le tome V des Œuvres de Karl Marx dans la Bibliothèque de la Pléiade, mais ce volume n'est jamais paru, du fait de la mort de Maximilien Rubel en 1996.

Herr Vogt étant donc très difficilement trouvable en français, nous en publions quelques extraits8 - nous avons ajouté quelques notes de bas de page pour faciliter la compréhension.




« Avant-propos


Sous la date : Londres, le 6 février 1860, j'ai publié, dans la Volkszeitung de Berlin, la Reform de Hambourg et d'autres journaux allemands une déclaration dont voici les premières lignes :

"Je fais connaître par la présente que j'ai fait les démarches préparatoires nécessaires à l'introduction d'une plainte en diffamation contre la National-Zeitung de Berlin à propos des articles de fond n° 37 et n° 41 sur le pamphlet de Vogt : "Mein Prozess gegen die Allgemeine Zeitung9". Je me réserve de faire à Vogt plus tard une réponse écrite."

Pour quelles raisons me suis-je décidé à traduire la Nationalzeitung devant les tribunaux et à faire à Karl Vogt une réponse écrite ? C'est ce que dira le présent écrit.

Dans le courant du mois de février 1860, j'introduisis, contre la Nationalzeitung, la plainte en diffamation. Après que le procès eut passé par quatre instances préparatoires, je reçus, le 23 octobre, la décision du tribunal supérieur prussien, me déniant en dernière instance le droit de porter plainte. Le procès fut donc étouffé, avant d'avoir connu les débats publics. Si l'affaire était venue en audience publique, comme je pouvais m'y attendre, j'aurais économisé le premier tiers de ce travail. Je n'aurais eu qu'à reproduire le compte-rendu sténographique des débats judiciaires et j'aurais de la sorte évité la tâche excessivement déplaisante de répondre à des accusations contre ma propre personne, c'est-à-dire de parler de moi-même. J'ai toujours mis un tel soucis à ne pas me mettre en cause que Vogt pouvait espérer quelque succès pour ses inventions mensongères. Mais sunt certi denique fines10. Dans son factum, que la Nationalzeitung a résumé à sa façon, Vogt m'a reproché toute une série d'actes infamants qui, la réfutation publique devant les tribunaux m'étant définitivement interdite, réclament une réfutation écrite. En dehors de cette considération, qui ne me laissait pas le choix, j'avais d'autres raisons de traiter en détail, puisqu'il le fallait, les histoires de chasse répandues par Vogt sur mes camarades de parti et moi-même : d'une part, les cris de triomphe presque unanimes avec lesquels la presse allemande dite libérale accueillit ses prétendues révélations ; et d'autre part l'occasion que l'analyse de ce factum m'offrait de tracer le caractère de cet individu, représentatif de toute une tendance.

En répondant à Vogt, j'ai dû par-ci, par-là, découvrir une « partie honteuse »11 de l'histoire de l'émigration12. Ce faisant, j'use tout simplement du droit de légitime défense. Tout ce que l'on peut d'ailleurs, exception faite pour quelques personnes, reprocher à l'émigration, ce sont des illusions, plus ou moins justifiées par les circonstances, et des folies découlant nécessairement des conditions extraordinaires créées à l'improviste. Je ne parle ici, cela va de soi, que des premières années de l'émigration. Etablir une comparaison entre l'histoire des gouvernements et de la société bourgeoise, mettons de 1849 à 1859, et l'histoire de l'émigration pendant cette même période, ce serait écrire l'apologie la plus brillante que l'on puisse faire de cette émigration.

Je le sais d'avance, les hommes d'expérience qui, lors de la publication du factum de Vogt, eurent des hochements de tête inquiets devant l'importance de ces "révélations", ne comprendront pas du tout que j'aie pu gaspiller mon temps à la réfutation de pareils enfantillages, et les écrivailleurs "libéraux" qui, avec une joie maligne, n'avaient eu rien de plus pressé que de colporter dans la presse allemande, suisse, française et américaine les plates infamies et les mensonges éhontés de Vogt, trouveront révoltante et scandaleuse ma manière de les "éreinter", eux et leur héros. But never mind !

[…]

Londres, le 17 novembre 1860

Karl Marx »13




« A Bruxelles, où je fus relégué par Guizot, je fondai avec Engels, W. Wolff et quelques autres l'association ouvrière allemande d'instruction, qui existe encore. Nous publiions en même temps une série de pamphlets imprimés ou lithographiés. […] nous y établissions que seule l'étude scientifique de la structure économique de la société bourgeoise pouvait fournir une solide base théorique ; et nous y exposions enfin, sous une forme populaire, qu'il ne s'agissait pas de mettre en vigueur un système utopique, mais d'intervenir, en connaissance de cause, dans le procès de bouleversement historique qui s'opérait dans la société. »14




« Techow "se figure" donc que j'ai composé un "catéchisme du prolétaire". Il veut parler du Manifeste, où l'utopisme socialiste et critique de toute espèce est critiqué et, si Techow le veut, "raillé". Mais cette "raillerie" ne fut pas aussi simple qu'il se le "figure", mais exigea une bonne somme de travail, comme il a pu le voir par ma brochure contre Proudhon : Misère de la philosophie (1847). Techow "se figure" en outre, que j'ai "taillé un système", alors que j'ai tout au contraire, même dans le Manifeste, directement destiné aux ouvriers, rejeté tous les systèmes et mis à leur place "l'examen critique des conditions, de la marche et des résultats généraux du mouvement social réel". Mais un tel examen ne se laisse pas répéter machinalement ni tailler à la façon d'une cartouchière. »15




Pendant la révolution allemande de 1848-1849, Vogt avait été membre du parlement de Francfort. Marx lui reproche certaines de ses prises de position, et en particulier son manque de pugnacité. Or, Whilelm Wolff, ami de Marx et membre de la rédaction de la Neue rheinische Zeitung (Nouvelle Gazette Rhénane), fut brièvement membre de cette assemblée et, à titre d'exemple face à Vogt, Marx recopie le compte-rendu officiel de la première et unique intervention de Wolff à la tribune de ce parlement, le 26 mai 1849 :


« WOLFF (Breslau) : […] Si vous tenez absolument à lancer une proclamation, publiez-en une où vous mettrez hors la loi le premier traître au peuple, le vicaire de l'empire16. (Cris : à l'ordre ! - Vifs applaudissements aux galeries). De même tous les ministres ! (Nouveaux mouvements). Oh ! Je ne me laisse pas troubler ; c'est le premier traître au peuple.

LE PRESIDENT : Je crois que M. Wolff a dépassé et violé toutes les limites. Il n'a pas le droit, devant ce Parlement, d'appeler traître au peuple l'archiduc vicaire de l'empire ; et je me vois donc forcé de le rappeler à l'ordre. En même temps et pour la dernière fois j'invite les galeries à ne plus intervenir de cette façon dans tous les débats.

WOLFF : J'accepte, pour ma part, le rappel à l'ordre et je déclare que j'ai voulu violer l'ordre, et je répète que le vicaire de l'empire et ses ministres sont des traîtres. (Sur tous les bancs on crie : A l'ordre ! C'est de la grossièreté !)

LE PRESIDENT : Je suis forcé de vous retirer la parole.

WOLFF : Bien ! Je proteste ; j'ai voulu parler ici au nom du peuple et dire ce que l'on pense dans le peuple. […]

LE PRESIDENT : […] Messieurs, l'incident qui vient de se produire, je puis dire que c'est le premier depuis que le Parlement siège ici. »

Et Marx ajoute : « C'était en effet le premier et ce fut le seul incident de ce club de discoureurs. »17




Vogt avait annoncé publiquement qu'il disposait de fonds pour des personnes qui voudraient écrire dans le même sens que lui. Marx, en comparant les divers écrits de Vogt, note à quel point ce dernier varie dans ses déclarations écrites quand à la provenance et la destination de ces fonds :


« "Il s'agit de l'Italie", tout simplement […] (Programme, p. 34). Non, "il ne s'agit pas de l'Italie" (Lettre à Loening, p. 34). "Il s'agit de la Hongrie" (Lettre à M. H. à N.) . Non, il ne s'agit pas de la Hongrie. "Il s'agit... de choses que je ne puis communiquer" (Hauptbuch, Documente, p. 36). 

Tout aussi contradictoire que la chose dont il s'agit est la source d'où proviennent les fonds "convenables"18. C'est "un coin éloigné de la Suisse française" (Hauptbuch, p. 210). Non, "ce sont des femmes hongroises de l'Ouest" (Lettre à Karl Blind. Supplément du n° 44 de l'Allgemeine Zeitung, 13 février 1860). Tout au contraire, ce sont des hommes, "des pays soumis à la police allemande et surtout autrichienne" (Centralfest, p. 17). Tout autant que le but et la source, la quantité des fonds prend des allures de caméléon. Ce sont "quelques francs" (Hauptbuch, p. 110). Ce sont "de petits fonds" (Centralfest, p. 17). Ce sont des fonds suffisants pour rétribuer convenablement tous les gens qui travaillent dans le sens de Vogt, dans la presse et les brochures allemandes. Enfin, pour mettre le comble, la constitution même des fonds est en partie double. Vogt les a ramassés "avec bien du mal et bien des peines" (Hauptbuch, p. 110). Mais non "on les a mis à sa disposition" (Hauptbuch, Documente, p. 36). »19


Le fin mot de l'histoire fut connu 11 ans plus tard, comme Marx l'écrivit à L. Kugelmann le 12 avril 1871 : « La publication officielle des noms de ceux qui ont reçu directement des subsides de la cassette de Louis Bonaparte révèle que Vogt a touché 40.000 francs en août 1859 ! »20




Comme il l'a indiqué, Marx avait été expulsé de France par le régime monarchique, en 1845. Après la révolution de février 1848, le gouvernement de la nouvelle République revint sur ce bannissement. Marx publie dans les annexes la lettre qu'il reçut en ce sens :


« Gouvernement provisoire. - République Française. - Liberté, égalité, fraternité.

Au nom du peuple français

Paris, 1er mars 1848.


Brave et loyal Marx,

Le sol de la république française est un champ d'asile pour tous les amis de la liberté. La tyrannie vous a banni, la France libre vous rouvre ses portes, à vous et à tous ceux qui combattent pour la cause sainte, la cause fraternelle de tous les peuples. Tout agent du gouvernement français doit interpréter sa mission dans ce sens. Salut et fraternité. 

Ferdinand Flocon

Membre du Gouvernement provisoire »21




« Après avoir été expulsé de Prusse au printemps 1849 et de France à la fin de l'été de la même année, je me rendis à Londres où, depuis la dissolution de la Ligue22 (1852) et le départ de la plupart de mes amis, je vis absolument à l'écart de toutes les sociétés publiques ou secrètes et même de toute société, me contentant de faire de temps à autre, devant un cercle choisi d'ouvriers […] des conférences gratuites sur l'économie politique. »23




« L'imagination populaire créatrice de mythes a de tout temps fait ses preuves en inventant de "grand hommes". L'exemple le plus frappant de cette espèce, c'est indiscutablement Simon Bolivar. Quand à Kossuth, on le célèbre par exemple comme l'homme qui détruit la féodalité en Hongrie. Et cependant, il n'est pour rien dans les trois grandes mesures : impôt général [Marx précise plus loin : « la noblesse était exemptée jusque là »], abolition des charges féodales pesant sur les paysans, suppression, sans indemnité, des dîmes ecclésiastiques. »24




Sommaire de la traduction française de Herr Vogt


Tome I :

Avant-propos

Chapitre I : La « Schwefelbande »

Chapitre II : Les « Buerstenheimer »

Chapitre III : Histoires de police

  1.  
    1.  
      1. Aveux spontanés

      2. La journée révolutionnaire de Morat

      3. Cherval

      4. Le procès des communistes à Cologne

      5. Fête centrale des associations ouvrières allemandes d'instruction

      6. Variétés

Chapitre IV : La lettre de Techow

Chapitre V : Régent de l'empire et comte palatin

Chapitre VI : Vogt et la Neue rheinische Zeitung

Chapitre VII : La campagne d'Augsbourg


Tome II :

Chapitre VIII : Dada Vogt et ses « Etudes »

Chapitre IX : Agence

Chapitre X : Patrons et compères ou canailles et compagnie


Tome III :

Chapitre XI : Un procès

Chapitre XII : Annexes

  1.  
    1.  
      1. L'expulsion de Schily de Suisse

      2. La journée révolutionnaire de Morat

      3. Cherval

      4. Le procès communiste de Cologne

      5. Calomnies

      6. Batrachomyomachie

      7. La politique Palmerston

      8. La déclaration de M. Scherzer

      9. Article de Blind dans la Freie Press du 22 mai 1859

      10. Lettres de M. Orges

      11. Circulaire contre K. Blind

      12. L'affidavit de Voegele

      13. L'affidavit de Wiche

      14. Quelques pièces du procès

      15. Les pamphlets Dentu

      16. Supplément


(ce dernier tome comprend également une traduction du 18 brumaire de Louis Bonaparte)



1 Carl Vogt – ou Karl Vogt – (1817-1895), était un scientifique, médecin et biologiste allemand. C'est dans le cadre de ses activités politiques qu'il entra en conflit à distance avec Marx. A l'époque de la polémique, il était naturalisé suisse et siégeait au conseil des Etats suisses.

2 Herr Vogt, tome I, p. 173.

3 Ainsi que certains de ses amis et camarades, dont Wilhelm Liebknecht, le père de Karl Liebknecht.

4 Maximilien Rubel, Karl Marx devant le bonapartisme [1960], réédité dans Les Luttes de classes en France, Gallimard, 2002, p. 421.

5 Karl Marx, « The War Prospect in France », New-York Daily Tribune, 31 mars 1859, traduit par Maximilien Rubel dans Karl Marx devant le bonapartisme [1960], réédité dans Les Luttes de classes en France, op. cit., p. 390.

6 Karl Marx, « The French Trials in London », New-York Daily Tribune, 27 avril 1858, traduit par Maximilien Rubel dans Karl Marx devant le bonapartisme [1960], réédité dans Les Luttes de classes en France, op. cit., p. 627.

7 Franz Mehring, Karl Marx, histoire de sa vie, Messidor, 1983, pp. 333-335.

8 Nous avons précédemment publié : « Entretien de Karl Marx avec J. Hamann » (Critique Sociale n° 1, octobre 2008) et « Les manuscrits de Marx sur la Commune de 1871 » (Critique Sociale n° 3, décembre 2008).

9 Mon procès contre l'Allgemeine Zeitung (Note du traducteur).

10 Locution latine, extraite des Satires de Horace, livre I (Sermonum liber primus). Ce que veut dire Marx est à peu près : « Il y a finalement des limites à tout ».

11 En français dans le texte (Note du traducteur).

12 Il s'agit des émigrés allemands au XIXe siècle, qui émigraient essentiellement vers d'autres pays d'Europe, pour des raisons politiques ou économiques. Marx et Vogt étaient tous deux du nombre.

13 Herr Vogt, Tome I, pp. 1 à 5.

14 Herr Vogt, Tome I, p. 105.

15 Herr Vogt, Tome I, pp. 125-126.

16 Il s'agit de l'archiduc Jean d'Autriche (1782-1859), dit aussi Jean de Habsbourg, qui dirigeait la Confédération germanique.

17 Herr Vogt, Tome I, pp. 158-159.

18 Carl Vogt avait proposé à ceux qui voulaient collaborer avec lui d'écrire « contre des honoraires convenables » (cité dans Herr Vogt, Tome II, p. 93). Marx emploie le terme avec ironie, soulignant que c'est le montant des honoraires qui est convenable, et non leur provenance.

19 Herr Vogt, Tome II, pp. 94-95.

20 Karl Marx, Lettres à Kugelmann, Editions sociales internationales, 1930, p. 163.

21 Herr Vogt, Tome III, pp. 121-122.

22 Il s'agit de la Ligue des communistes. Comme Marx l'indique : « la Ligue fut, sur ma proposition, déclarée dissoute. » (Herr Vogt, Tome I, p. 107).

23 Herr Vogt, Tome III, p. 11. Ce passage est à mettre en relation avec le fait que Marx parle dans le même texte de ses « camarades de parti » (par exemple, ici, cité p. 4) - dans l'original en allemand : « Parteigenossen ». Ici comme ailleurs, Marx parle de « parti » non pour désigner une organisation, mais simplement un ensemble de personnes de même tendance. Voir aussi sa lettre à Ferdinand Freiligrath du 29 février 1860, où il écrit notamment : « La "Ligue", comme la "Société des Saisons" de Paris, comme cent autres sociétés, n'a été qu'un épisode dans l'histoire du parti, qui naît spontanément du sol de la société moderne. […] J'ai essayé d'écarter ce malentendu, qui me ferait comprendre par "parti" une Ligue morte depuis huit ans, ou une rédaction de journal dissoute depuis douze. J'entends le terme "parti" dans sa large acception historique. »

24 Herr Vogt, Tome III, p. 137.

Mis à jour ( Samedi, 14 Mars 2009 13:18 )
 
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