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Critique Sociale
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Écrit par critiquesociale
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Dimanche, 31 Janvier 2010 16:14 |
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Wolfgang Leonhard à propos de Marx et Engels L'historien et dissident Wolfgang Leonhard a publié en 1970 le livre Die Dreispaltung des Marxismus. Wolfgang Leonhard était alors partisan d'un « marxisme humaniste », qu'il définissait comme un courant qui « souhaite mettre à nouveau en lumière les idées originelles du marxisme, et libérer les concepts politiques marxistes des déformations et falsifications ultérieures. » Selon Leonhard ce courant se prononce pour une « société socialiste dans laquelle l'accent serait mis sur la liberté démocratique, l'autogestion sociale, et la dignité humaine », le socialisme étant « une société pluraliste, vivante, libre, se basant économiquement sur l'autogestion par les producteurs (impliquant des conseils ouvriers dans les usines), et caractérisée politiquement par des libertés démocratiques assurées et par la libre discussion entre les différents groupes. ». Die Dreispaltung des Marxismus est toujours inédit en français. Nous traduisons des extraits du chapitre I, « Les objectifs politiques de Marx et Engels » : « Un haut niveau de développement économique et technologique était considéré par Marx et Engels – et cette thèse est d'une importance particulière au vu des développements ultérieurs – non seulement comme une condition nécessaire pour une révolution sociale, mais surtout comme la condition nécessaire pour que la société sans classe sociale puisse advenir après la révolution. Ainsi, Marx et Engels déclaraient [...] qu'un haut développement des forces productives « est une condition pratique absolument nécessaire, parce que sans lui l'indigence et la misère deviendraient générales et on verrait fatalement renaître la lutte pour le nécessaire : ce serait le retour de toute la vieille misère. » […] Toute tentative d'accomplir une révolution sociale sans les préalables économiques (un haut niveau de développement économique) et les préalables sociaux (la classe travailleuse représentant la majorité de la population) devait, avertissait Engels, mener à une nouvelle dictature. Il est faux de considérer une « révolution comme un coup de main d'une petite minorité révolutionnaire », car dans un tel cas « il s'ensuivra automatiquement que son succès devra inévitablement être suivi par la mise en place d'une dictature – non pas, il faut le remarquer, de toute la classe révolutionnaire (le prolétariat), mais du petit nombre de ceux qui ont effectué le coup de main et qui de plus sont eux-même organisés sous la dictature d'une ou de plusieurs personnes. » Il ne peut, par conséquent, y avoir aucun doute sur le fait que Marx et Engels liaient une révolution sociale à l'existence de préalables économiques et sociaux. L'abolition des distinctions de classes ne pourrait être atteinte de façon pérenne qu'avec les conditions d'un haut niveau de développement économique et technologique. Si ces préalables n'existent pas – et l'on ne peut s'empêcher de penser à la révolution d'octobre en Russie en 1917 – seules les privations seraient partagées ; dans ces conditions une nouvelle stratification sociale, une nouvelle couche dirigeante (ou classe dirigeante) apparaîtrait. Ce développement serait accompagné sur le plan politique par une nouvelle dictature – non pas un gouvernement de la classe travailleuse, mais celui d'un petit groupe ou même de quelques individus. […] Déjà en novembre 1847, Marx écrivait : « La victoire du prolétariat sur la bourgeoisie est en même temps la victoire contre les conflits nationaux et économiques, qui de nos jours poussent les peuples à s'affronter avec hostilité. La victoire du prolétariat sur la bourgeoisie est par conséquent en même temps le signal de la libération pour tous les peuples opprimés. » Le Manifeste Communiste soulignait également que « dans la mesure où l'on supprime l'exploitation de l'homme par l'homme, on supprime l'exploitation d'une nation par une autre nation. » […] Enfin, il y a un aspect d'une importance cruciale : la vie politique dans la société communiste basée sur l'association des producteurs libres. Marx et Engels ne sont jamais entrés dans les détails sur ce que pourrait être la vie politique après l'abolition de la domination de classe et la dissolution de l'Etat. Mais il y a une remarque importante d'Engels – jamais citée par les idéologues d'URSS – qui met clairement l'accent sur la liberté politique. Quand quelques socialistes utopiques essayèrent de mettre sur pied des communautés isolées pour en faire les germes d'une nouvelle société, Engels leur donna ce conseil : « Prouvez-leur que vos communautés ne soumettront pas l'humanité à un quelconque "despotisme de fer"... Montrez-leur que la vraie liberté et la vraie égalité ne sont possibles que dans les conditions d'une communauté, montrez-leur que la justice a besoin de ces conditions – et alors ils seront tous de votre côté. » Enfin, il vaut la peine de signaler une omission significative de Marx et Engels : il n'est fait nulle part mention dans leurs écrits, pas même de façon sous-entendue, de l'existence d'un parti politique dans la future société sans classe, sans même parler d'un parti qui jouerait un rôle de direction. La société sans classe, pour Marx et Engels, est une société sans exploitation ni oppression, sans classe sociale, sans Etat, et sans parti. […] Marx et Engels partaient de la thèse selon laquelle, avec le développement progressif du capitalisme, la classe travailleuse formerait la classe la plus nombreuse de la société et finalement la majorité de la population. Le mouvement de classe des travailleurs, en tant que mouvement de la majorité dans l'intérêt de la majorité, en se libérant lui-même, libérerait la société dans son ensemble de l'oppression et de l'exploitation. […] La révolution sociale ne serait possible que par une victoire simultanée dans plusieurs pays économiquement développés. […] La révolution sociale mènerait au pouvoir de la classe travailleuse (dictature du prolétariat), par la destruction du pouvoir de la bureaucratie, de l'armée, et de la police, et leur remplacement par des organes élus au scrutin universel secret, exerçant les pouvoirs législatif et exécutif. Les cadres administratifs et les officiels de la vie publique recevraient une rémunération n'excédant pas celle des travailleurs, et ils seraient révocables par leurs électeurs à tout moment. La dictature du prolétariat pourrait, pendant une courte période transitoire, effectuer les mesures nécessaires pour la transformation de la société, incluant le transfert des principaux moyens de production à la propriété de la société – une compensation pour leurs propriétaires précédents étant souhaitable mais non obligatoire. Par suite de cette transformation, la société communiste sans classe sociale apparaîtrait, caractérisée par les éléments suivants : 1) propriété sociale des moyens de production sous la forme d'associations de producteurs libres, ou d'une union de coopératives ; 2) un développement planifié qui augmenterait l'abondance des coopératives, tant et si bien que la distribution de tous les produits serait possible pour toutes les demandes des individus (« à chacun selon ses besoins ») ; 3) l'élimination de toute domination de classe et de toute distinction de classe, aboutissant à l'abolition du pouvoir d'Etat et à l'émergence d'une société sans Etat ni classe sociale ; 4) l'élimination du contraste entre la ville et la campagne ; 5) l'abolition de l'asservissante division du travail, et l'opportunité d'un plein développement sans obstacle pour le potentiel physique et mental de chaque personne, de façon que la personnalité de chacun puisse s'épanouir pleinement ; 6) l'élimination des conflits nationaux, et la réalisation de la paix et de l'amitié entre les nations. […] Marx et Engels, cependant, étaient loin de considérer leurs opinions et théories comme une doctrine politique infaillible. « Je ne tiens nullement à ce que nous arborions un drapeau dogmatique, bien au contraire », écrivait Marx. Ce qui importait étant de se lier aux luttes réelles et de s'identifier à elles. « Nous ne nous présentons pas alors au monde en doctrinaires armés d'un nouveau principe : voici la vérité, agenouille-toi ! » Engels partageait cette opinion : « Le communisme n'est pas une doctrine mais un mouvement ; il ne part pas des principes mais des faits. » Marx et Engels gardèrent cette même opinion toute leur vie : « Notre théorie n'est pas un dogme mais l'exposition d'un processus en évolution, et ce processus implique des phases successives. » Le rejet de toute forme de dogmatisme était également enraciné dans leurs attitudes personnelles. En réponse à une question au milieu des années 1860, Marx déclara que sa devise préférée était : De omnibus dubitandum (Il faut douter de tout). A partir des années 1870, Marx et Engels craignirent de plus en plus que certains de leurs partisans, qui se proclamaient bruyamment « marxistes », puissent falsifier le concept de base du socialisme scientifique et le transformer en dogme. A la fin des années 1870, Marx s'est dissocié de tels « marxistes » par sa célèbre réplique : « Tout ce que je sais, c'est que moi, je ne suis pas marxiste ». Ce n'était pas, comme on le présume parfois, une remarque fortuite, mais une affirmation fréquemment répétée par Marx, expression de ses appréhensions croissantes concernant les « marxistes » qui apparaissaient à cette époque. Engels, également, était gêné par ces partisans. Ainsi il a critiqué certains qui essayaient « de faire d'une théorie importée et pas toujours comprise une sorte de dogme nécessaire, en se tenant à l'écart de tout mouvement qui n'accepterait pas ce dogme. » Beaucoup de ces « marxistes » étaient « des gens dont l'incompétence n'a d'égale que leur arrogance. » Engels était particulièrement inquiet de possibles futures mauvaises interprétations des concepts fondamentaux de Marx. Après la mort de Marx, Engels craignait que « tout le monde ne présume d'après... plutôt que ne lise correctement » les manuscrits laissés par Marx. Engels, par conséquent, demandait avec insistance « d'étudier cette théorie dans ses sources originales et non de deuxième main », étant donné qu'il arrivait « bien trop souvent que des gens croient qu'ils ont entièrement compris une théorie et peuvent l'appliquer sans plus de précaution dès qu'ils ont assimilé ses principaux principes, et encore pas toujours correctement. Et je dois adresser ce reproche à beaucoup des plus récents "marxistes", car les absurdités les plus étonnantes ont été produites aussi depuis ce milieu. » Prophétiquement, encore empli de scepticisme, Engels écrivait le 15 mars 1883, deux jours après la mort de Marx : « Les hommes de clocher et les petits talents, voire les charlatans, vont avoir le champ libre. La victoire finale est certaine, mais les déviations, les erreurs temporaires et locales – qui même maintenant sont inévitables – se multiplieront en abondance. » Les sombres pressentiments de Marx et d'Engels vers la fin de leurs vies n'étaient que trop justifiés – à vrai dire, ils ont été largement surpassés par la réalité des événements ultérieurs. » |
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Critique Sociale
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Écrit par critiquesociale
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Vendredi, 04 Septembre 2009 10:26 |
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Beauvoir, Marcuse... sur les valeurs dominantes sexistes La lutte pour l'égalité comprend nécessairement la lutte contre le sexisme. Pour y parvenir, il faut à la fois abolir les inégalités sociales, économiques et politiques, et en même temps combattre l'idéologie sexiste qui impose ses « valeurs » hiérarchisantes et discriminantes, lesquelles sont souvent inconsciemment acceptées – comme pour toute idéologie dominante. Le caractère historique des valeurs sexistes a été analysé par le féminisme contemporain : « masculinité et féminité désignent les caractéristiques et les qualités attribuées socialement et culturellement aux hommes et aux femmes. [...] Ce sont les rapports sociaux de sexe, marqués par la domination masculine, qui déterminent ce qui est considéré comme "normal" - et souvent interprété comme "naturel" - pour les femmes et les hommes. » Nous présentons chronologiquement quelques extraits de textes historiques, qui montrent une évolution dans la prise de conscience de ces faits. Au XIXe siècle, le socialiste marxiste August Bebel écrivait dans La Femme et le socialisme : « Le sexe féminin, dans sa masse, souffre sous deux rapports : il souffre sous la dépendance sociale de l'homme – ce qui sera amélioré mais non supprimé par l'égalité devant la loi et devant la justice – et il souffre sous la dépendance économique qui pèse sur les femmes en général, et surtout sur les femmes du peuple aussi bien que sur les hommes. Il en résulte que toutes les femmes, sans distinction de rang social, ont intérêt, dans leur situation de sexe dominé et préjudicié par les hommes, de voir modifier cet état de choses par des réformes dans l'état social existant, par la révision des lois. La plus grande majorité des femmes a l'intérêt le plus marqué à voir modifier complètement cette situation. C'est ainsi que disparaîtront l'esclavage du salaire, sous lequel la plupart gémissent, et l'esclavage sexuel qui est intimement lié avec nos situations de propriété et d'industrie. » Il ajoutait plus loin : « L'humanité ne pourra être délivrée sans l'indépendance sociale et l'égalisation des sexes. » Et, en conclusion : « L'avenir appartient au socialisme, c'est-à-dire en tout premier lieu au travailleur et à la femme. » En 1949, Simone de Beauvoir publiait Le Deuxième sexe. Exactement soixante ans après sa publication, cet ouvrage peut être défini comme étant Le Capital du féminisme. Examinant en détail tous les aspects de l'existence des femmes dans la société et dans leur vie privée, Beauvoir mettait l'accent sur les contraintes sociales qui pèsent sur leur formation et leur situation, résumant son analyse par la célèbre phrase : « On ne naît pas femme : on le devient. » Après avoir rappelé que « dans l'humanité les "possibilités" individuelles dépendent de la situation économique et sociale », Beauvoir écrit que ce sont les hommes qui ont inventé la division entre valeurs « mâles » et « femelles » : « en vérité les femmes n'ont jamais opposé aux valeurs mâles des valeurs femelles : ce sont des hommes désireux de maintenir les prérogatives masculines qui ont inventé cette division ; ils n'ont prétendu créer un domaine féminin – règle de la vie, de l'immanence – que pour y enfermer la femme ». Ce sont les hommes qui « ont créé les valeurs, les mœurs, les religions », éléments de la vie sociale qui infériorisent les femmes. Les valeurs dominantes sont créées par les dominants, dans leur intérêt, et elles contribuent à perpétuer cette domination. Ainsi, Beauvoir parlant de la femme écrit que « acceptant l'idée de son infériorité elle la constitue. » Et plus loin : « On voit que l'ensemble du "caractère" de la femme : ses convictions, ses valeurs, sa sagesse, sa morale, ses goûts, ses conduites, s'expliquent par sa situation. » Anticipant la nouvelle vague du mouvement féministe, elle annonce qu'« il n'y a pour la femme aucune autre issue que de travailler à sa libération. Cette libération ne saurait être que collective ». Et elle ajoute : « Cependant il ne faudrait pas croire que la simple juxtaposition du droit de vote et d'un métier soit une parfaite libération : le travail aujourd'hui n'est pas la liberté. C'est seulement dans un monde socialiste que la femme en accédant à l'un s'assurerait l'autre. La majorité des travailleurs sont aujourd'hui des exploités. D'autre part, la structure sociale n'a pas été profondément modifiée par l'évolution de la condition féminine ; ce monde qui a toujours appartenu aux hommes conserve encore la figure qu'ils lui ont imprimée. » Enfin, nous reproduisons un extrait de « Marxisme et féminisme », conférence donnée par Herbert Marcuse en 1974. Le texte en a été publié le 15 mai 1974 dans Libération, puis a été repris en avril 1995 dans la revue Quel corps ?, et a été réédité en 2007 par les éditions Homnisphères (avec un autre texte de Marcuse : « Le problème du changement social dans la société technologique »). Marcuse y souligne le caractère intrinsèquement agressif du capitalisme, et le rôle idéologique joué par les valeurs sexistes dans la promotion de cette agressivité. Ces valeurs, qui sont imposées structurellement et idéologiquement, sont à combattre et à renverser. « Ce qui est en jeu, c’est la négation des valeurs imposées et reproduites dans la société par la domination mâle. Et une subversion aussi radicale des valeurs ne pourra jamais être le simple sous-produit d’institutions sociales nouvelles. Elle doit avoir ses racines dans les hommes et les femmes qui créent ces nouvelles institutions. Que signifie cette subversion des valeurs dans la transition vers le socialisme ? D’autre part, cette transition est-elle, en quelque sens que ce soit, la libération et l’essor de caractéristiques spécialement féminines à l’échelle de la société ? Pour répondre à la première question, voici quelles sont les valeurs dominantes de la société capitaliste : productivité guidée par le seul profit, recherche du succès à tout prix, esprit de compétition. C’est en d’autres termes, le « principe de rendement », le règne de la rationalité fonctionnelle qui rejette toute passion, une double moralité : 1’« éthique du travail » qui signifie pour la grande majorité de la population la condamnation à un travail aliéné et inhumain, et la volonté de puissance, l’étalage de la force et de la virilité. Or, selon Freud, cette hiérarchie de valeurs reflète une structure mentale dans laquelle l’énergie agressive primaire tend à réduire et à biaiser l’instinct de vie, c’est-à-dire l’énergie érotique. Selon Freud, cette tendance destructive dans la société s’intensifie au fur et à mesure que la civilisation doit avoir recours à une répression accrue afin de maintenir sa domination face aux possibilités de jour en jour plus réelles de libération ; à son tour, cette répression accrue conduit à une stimulation d’un surplus d’agressivité et à sa canalisation en un type d’agression utile à la société. Cette mobilisation totale de l’agressivité ne nous est que trop familière aujourd’hui : militarisation, caractère de plus en plus brutal des forces de « l’ordre », fusion de la sexualité et de la violence, attaque directe contre l’instinct de vie qui nous pousse à vouloir préserver et reconstruire l’environnement, attaque contre la législation « anti-pollution », etc. Ces tendances sont enracinées dans l’infrastructure même du capitalisme avancé. L’aggravation de la crise économique, les limites de l’impérialisme, la reproduction de la société en place par le gâchis et la destruction, tout cela se fait de plus en plus sentir et nécessite des contrôles sans cesse accrus et étendus de la population pour la maintenir au pas. Ces contrôles et cette manipulation pénètrent profondément la structure mentale et touchent au domaine de l’instinct même. Aujourd’hui, la totalisation de l’agressivité et la répression pénètrent la société toute entière à un degré tel que l’image du socialisme s’en trouve modifiée sur un point essentiel. Le socialisme en tant que société qualitativement différente doit incarner l’antithèse, la négation historique des besoins et des valeurs restrictifs et répressifs du capitalisme comme forme de culture dominée par le mâle. » |
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Mis à jour ( Vendredi, 04 Septembre 2009 10:33 )
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Critique Sociale
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Écrit par critiquesociale
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Lundi, 29 Décembre 2008 21:15 |
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C’est également l’occasion de revenir sur les idées de celle qui fut, en réalité, assassinée plusieurs fois. En 1919 en Allemagne, le nouvel ordre établi a, pour empêcher la révolution, fait tuer des milliers de révolutionnaires, dont Rosa Luxemburg. Il ne suffisait plus de la calomnier : il devint nécessaire de l’assassiner, puis de se débarrasser de son cadavre en le jetant dans un canal de Berlin. Mais même après ce crime, elle restait politiquement gênante et on continua de mentir sur son compte, en Allemagne et ailleurs. On atteignit le paroxysme de cette politique avec le régime nazi, qui fit interdire et brûler ses textes. Sa pensée révolutionnaire libre et indépendante a également été dissimulée, escamotée et attaquée par des générations de pseudo-communistes. Dès 1925, le Bulletin Communiste de Boris Souvarine dénonçait le fait que « Rosa Luxembourg n’étant plus de ce monde pour recevoir leurs outrages, c’est à sa mémoire que s’en prirent les léninistes de 1924 ». En effet, les idées véritablement marxistes et révolutionnaires de Rosa Luxemburg, dans leur ensemble et dans leur cohérence, gênaient les léninistes. Ses multiples critiques contre Lénine, sur de nombreux sujets et tout au long des années, la rendait encombrante pour les sectateurs de l’URSS. Comme l’a rappelé son amie Mathilde Jacob, jusqu’à la fin « Rosa Luxemburg n’avait pas abandonné ses critiques sur les tactiques des bolcheviks ». Il fallait donc tenter de la discréditer, afin de se débarrasser d’une militante et théoricienne « en trop », dont l’existence et la pensée étaient en contradiction avec les mythes léninistes. Les staliniens allèrent encore plus loin, et aggravèrent les mensonges léninistes tout en inventant de nouvelles diffamations contre Rosa Luxemburg. Force est de constater que les staliniens ne se trompaient pas sur un point : effectivement, Rosa Luxemburg n’avait politiquement strictement rien à voir avec eux. La chute du capitalisme d’Etat russe a permis l’arrêt de cette machine de désinformation systématique, mais malheureusement nombre des clichés et mensonges inventés à l’époque contre Rosa Luxemburg sont encore répétés de nos jours. Conséquence de cette lutte « anti-Luxemburg », ses textes ont trop rarement été édités, et aujourd’hui encore une édition rigoureuse et complète de ses textes n’a toujours pas été réalisée. En traduction française, les textes concernant la Pologne font particulièrement défaut, plusieurs textes sont épuisés, et nombre des traductions existantes seraient à refaire. On s’est parfois posé cette question : si Rosa Luxemburg avait échappé à cet assassinat le 15 janvier 1919, que serait-elle devenue ? On peut l’envisager en examinant le sort de ses proches : Leo Jogiches fut assassiné à Berlin dans des conditions similaires moins de deux mois plus tard ; Mathilde Jacob et Luise Kautsky sont mortes dans les camps nazis ; Hugo Eberlein fut tué par le régime stalinien, de même que de très nombreux communistes polonais (qui furent en particulier assassinés en URSS en 1937). Au fond il n’y avait, malheureusement, probablement pas d’autre issue pour Rosa Luxemburg, étant donnés d’une part son indéfectible fidélité à l’objectif de l’auto-émancipation des travailleurs, et d’autre part ce qu’était son époque. Les qualificatifs utilisés pour définir Rosa Luxemburg ne manquent pas : marxiste, spartakiste, socialiste, sociale-démocrate, communiste, voire luxemburgiste ! Plusieurs de ces termes, si ce n’est tous, étaient pour elle synonymes : ainsi, elle écrivait que « socialisme et marxisme, lutte d’émancipation prolétarienne et social-démocratie sont identiques. » Le mot « socialiste » lui suffisait amplement, mais comme nombreux étaient ceux qui s’intitulaient « socialistes » tout en ayant renoncé à l’objectif socialiste, le mot est rapidement devenu trop imprécis. Elle était marxiste, de toute évidence, si l’on entend par là non les tenants d’un dogme figé opposé aux idées de Karl Marx, mais au contraire ceux qui s’inscrivent dans la continuité de la méthode et des objectifs fondamentaux de celui-ci. Luxemburg a ainsi écrit que « Le marxisme est une vision révolutionnaire du monde qui doit appeler à lutter sans cesse pour acquérir des connaissances nouvelles, qui n’abhorre rien tant que les formes figées et définitives ». Rosa Luxemburg était sociale-démocrate au sens de l’époque : elle militait pour le socialisme et la démocratie, au moyen de la lutte de classe et de l’action révolutionnaire. Elle pouvait ainsi écrire en 1898 que « la social-démocratie a toujours combattu la politique douanière et le militarisme ». Cette social-démocratie a manifestement cessé d’exister après le vote des crédits de guerre en 1914, et le terme de « social-démocratie » a radicalement changé de sens. Rosa Luxemburg, elle, n’a pas renié ses principes : elle est restée une socialiste démocratique et révolutionnaire. Le mot « spartakiste » désignait les membres de la Ligue Spartakus (Spartakusbund), qui regroupait en Allemagne pendant la première guerre mondiale les socialistes qui ne renonçaient pas à la solidarité mondiale des travailleurs, ni à l’objectif d’une abolition de l’exploitation menée par les exploités eux-mêmes. Rosa Luxemburg était la principale théoricienne de cette organisation que la censure réduisait à la clandestinité. De la même façon elle était communiste, au sens authentique du mot. Elle fut co-fondatrice du Parti communiste d’Allemagne en décembre 1918, lequel changea malheureusement bien vite d’orientation, jusqu’à renier en fait l’héritage du Spartakusbund. Communisme est en réalité un synonyme de socialisme au sens réel du terme - qui est bien celui qu’elle employait. Contrairement à ce qu’on lit parfois, le terme « luxemburgisme » n’a pas été créé après sa mort, mais aux alentours des années 1900. Le terme désignait le courant anti-nationaliste au sein des socialismes en Pologne, puisqu’elle était la principale théoricienne de ce courant. Mais de même que Marx ne voulait pas du terme « marxisme », il est évident qu’elle ne voulait pas de ce terme, qui était pour elle inutile : elle avait la conviction de défendre le socialisme authentique, et elle ne vit pas les outrages que le XXe siècle fit aux mots qui représentaient son idéal, l’idéal de libération des êtres humains par l’abolition du capitalisme et des hiérarchies. Rosa Luxemburg a été toute sa vie une journaliste. Elle a écrit des centaines d’articles dans de nombreux journaux et en plusieurs langues, et a elle-même dirigé les journaux Sprawa robotnicza, Sächsische Arbeiterzeitung, Leipziger Volkszeitung et Die Rote fahne. La qualité de son écriture la fit rapidement remarquer au sein du mouvement socialiste international. Elle maniait l’ironie avec brio, parlant par exemple de l’Empereur « qui, grâce aux trois millions de marks ajoutés, pour cause de vie chère, à la liste civile qu’il perçoit en sa qualité de roi de Prusse, est Dieu merci à l'abri du pire ». Cette remarque est évidemment datée : ce n’est certes pas de nos jours, avec les fabuleux progrès de la décence chez les chefs d’Etat, qu’un dirigeant politique pourrait augmenter son propre salaire de 172 % au moment où le salaire réel des travailleurs est en baisse... Ecrire dans la presse répondait pour Luxemburg à cette exigence : s’adresser directement aux masses. Cela s’inscrivait dans une perspective d’indispensable partage des connaissances, qui s’est manifesté aussi par le fait qu’elle a enseigné l’économie et l’histoire auprès de militants du SPD. Le partage et l’appropriation du savoir par tous était pour elle une nécessité : « Dans la société socialiste, le savoir sera une propriété commune pour tous. » Elle a mené une constante critique du capitalisme et de l’économie politique, étant en cela une continuatrice conséquente de la méthode de Marx. Etudiant l'histoire du développement du capitalisme dans L'Accumulation du capital et Introduction à l'économie politique, elle rappelle notamment les famines causées par la spéculation et par la tendance de l'impérialisme économique à briser l'agriculture vivrière, concluant que « l’économie mondiale capitaliste s’est vraiment élevée sur les souffrances et les convulsions de l'humanité entière. » Elle soulignait à quel point le capitalisme recourt à « la violence, qui est une méthode permanente de l’accumulation comme processus historique depuis son origine jusqu’à aujourd’hui. » Luxemburg insiste sur la nécessité pour les capitalistes de réaliser de la plus-value, non seulement par l'exploitation des travailleurs d'un côté, mais aussi - à l'autre bout de la chaîne - par l’écoulement des marchandises produites. Cela entraîne un recourt au crédit, mais - on le voit encore avec l’actuelle crise du capitalisme - ce système n’est pas un remède miracle, loin s’en faut. Cela avait été observé par Rosa Luxemburg, qui écrivait que « le crédit, au lieu d’être un moyen de suppression ou d’atténuation des crises, n’est, tout au contraire, qu’un moyen particulièrement puissant de formation des crises. » Elle rappelait que l’existence des périodes de crises fait partie intégrante du fonctionnement du capitalisme. Elle a étudié à de nombreuses occasions les tendances du développement du capitalisme : « C'est une loi immanente du mode de production capitaliste qu'il s'emploie petit à petit à lier matériellement les lieux les plus éloignés, les rendant économiquement dépendants les uns des autres, transformant en fin de compte le monde entier en un seul mécanisme productif solidement unifié. » Et le socialisme mondial ne peut advenir qu’après l’avènement de ce capitalisme mondial. Elle rappelle que pour une transformation radicale des rapports sociaux-économiques, il est indispensable de « supprimer l’esclavage du salariat ». En plein pendant la révolution allemande de 1918, elle écrivait : « A bas le salariat ! Tel est le mot d’ordre de l’heure. Au travail salarié et à la domination de classe, doit se substituer le travail coopérateur ». Rosa Luxemburg a donné une analyse profonde de la guerre et du militarisme, phénomènes profondément néfastes. Elle s’est opposée sans relâche à la guerre mondiale qui venait, puis à la première guerre mondiale lorsqu’elle fut là, payant la constance de son engagement de plusieurs années de prison. Percevant toute le caractère barbare de la guerre, elle écrivait que « la guerre mondiale actuelle représente une défaite du socialisme et de la démocratie ». Luxemburg était, incontestablement, une internationaliste authentique. « Il n’y a pas de socialisme en dehors de la solidarité internationale du prolétariat », rappelait-elle. Elle s’opposait à tous les nationalismes, tout autant qu’au colonialisme. Elle estimait indispensable « la libération spirituelle du prolétariat de la tutelle de la bourgeoisie, tutelle qui se manifeste par l’influence de l’idéologie nationaliste. » Elle indiquait qu’« un niveau de vie dans la mesure du possible identique et élevé pour le prolétariat de tous les pays, garanti par une législation internationale du travail est indispensable, compte tenu des objectifs finaux de la lutte prolétarienne : la réalisation du socialisme qui n’est possible qu’à l’échelle internationale. » Elle étudiait attentivement l’histoire, dans tous ses aspects. Très nombreux sont ses textes qui comprennent des rappels historiques, concernant l’histoire de toutes les parties du monde sur différentes périodes, ou encore l’histoire de l’économie, l’histoire de la pensée économique, l’histoire des idées socialistes, etc. Elle a résumé sa vision de l’histoire par cette formule : « Les hommes ne font pas leur histoire de toutes pièces. Mais ils la font eux-mêmes. » Rosa Luxemburg était également féministe. Dans un article de 1912, écrit à l'occasion de la deuxième journée internationale des femmes du 8 mars, Rosa Luxemburg affirme que le droit de vote des femmes est une revendication essentielle, qui n’est pas seulement l’affaire des femmes : « Le suffrage féminin est le but. Mais le mouvement de masse qui doit l’obtenir n’est pas que l’affaire des femmes, c’est une affaire de classe commune aux femmes et aux hommes du prolétariat. Le manque actuel de droits pour les femmes en Allemagne n’est qu’un maillon de la chaîne qui entrave la vie du peuple. » Elle-même est morte sans jamais avoir eu le droit de vote (si ce n’est, bien sûr, au sein des organisations socialistes). Elle refusa toujours de se laisser enfermer dans des luttes fractionnées, sans vue d’ensemble. Le féminisme découlait pour elle « d’une opposition généralisée au système des classes, à toutes les formes d’inégalité sociale et à tout pouvoir de domination. » Tous ces éléments faisaient de Rosa Luxemburg une révolutionnaire. Elle militait pour une révolution sociale au niveau mondial, cela sans être dans une caricature du « tout ou rien » : elle préconisait la lutte pour la République en Allemagne, ainsi que - tout au long de sa vie - pour la conquête du suffrage universel direct et égal. Sa conception de la révolution est bien loin de certains clichés ; elle écrivait : « A la différence de la police qui par révolution entend simplement la bataille de rue et la bagarre, c'est-à-dire le "désordre", le socialisme scientifique voit d'abord dans la révolution un bouleversement interne profond des rapports de classe. » Ainsi, « Rosa Luxemburg montre qu'en fait ceux qui conçoivent la révolution comme un phénomène de nature essentiellement violente [...] finissent par la concevoir en termes militaires qui reconduisent toujours une structure de commandement et d'obéissance [...], bref le retour de la domination au sein du projet d'émancipation. » Pendant la révolution allemande de 1918, elle en appelle donc au pouvoir des conseils ouvriers, et à « un complet renversement de l’Etat, une subversion générale de toutes les bases économiques et sociales du monde actuel » qui « ne peuvent résulter des décrets d’une administration quelconque, d’une commission ou d’un parlement ; l’initiative et l’accomplissement n’en peuvent être assurés que par les masses populaires elles-mêmes. […] La révolution socialiste est la première qui ne puisse être menée à la victoire que dans l’intérêt de la grande majorité, et par l’action de la grande majorité des travailleurs. » Il ne peut pas y avoir de révolution socialiste sans l’intervention constante de la lutte consciente des travailleurs, et « La surestimation ou la fausse appréciation du rôle de l'organisation dans la lutte de classe du prolétariat est liée généralement à une sous-estimation de la masse des prolétaires inorganisés et de leur maturité politique. » Elle écrivait que « les révolutions ne se laissent pas diriger comme par un maître d’école. ». Enfin, Rosa Luxemburg militait pour la conquête de la démocratie réelle, c’est-à-dire la démocratie socialiste, qui nécessite la démocratie révolutionnaire. « Si la démocratie est devenue, pour la bourgeoisie, tantôt superflue, tantôt gênante, elle est, en revanche, nécessaire et indispensable à la classe ouvrière. » Sa conviction profonde était que le socialisme et la démocratie véritable sont en fait un seul et même objectif : « Quiconque souhaite le renforcement de la démocratie devra souhaiter également le renforcement et non pas l’affaiblissement du mouvement socialiste ; renoncer à la lutte pour le socialisme, c’est renoncer en même temps au mouvement ouvrier et à la démocratie elle-même. » Opposée à la bureaucratisation, elle critique « la tendance à surestimer l’organisation qui, peu à peu, de moyen en vue d’une fin se change en une fin en elle-même, en un bien suprême auquel doivent être subordonnés tous les intérêts de la lutte. » Elle résumait ainsi la question : « jamais le mouvement de classe du prolétariat ne doit être conçu comme mouvement d’une minorité organisée. Toute véritable grande lutte de classe doit reposer sur l’appui et la collaboration des masses les plus étendues, et une stratégie de la lutte de classe qui ne compterait pas avec cette collaboration, mais qui n’envisagerait que les défilés bien ordonnés de la petite partie du prolétariat enrégimentée dans ses rangs, serait vouée par avance à un pitoyable fiasco. » Même si Rosa Luxemburg était évidemment influencée par certaines idées en cours à son époque, et si certains de ses textes ont vieilli (notamment certains articles de circonstance), l’essentiel de sa pensée demeure d’une pertinence remarquable. Rosa Luxemburg est morte à 47 ans seulement. Les raisons qu’elle avait d’être révoltée sont toujours sous nos yeux ; ce sont les injustices, la violence et l’exploitation qui dominent le monde. Son objectif final était que les travailleurs du monde entier brisent les carcans de l’économie capitaliste et des frontières nationales. Quatre-vingt-dix ans après, on voit bien que les combats de Rosa Luxemburg sont toujours d’actualité, et que le capitalisme n’est pas éternel. Rosa Luxemburg, Die Industrielle Entwicklung Polens, 1897 (« Le Développement industriel de la Pologne »). Il s’agit de la thèse de doctorat de Rosa Luxemburg, qui fut publiée par un éditeur de Leipzig l’année suivant sa soutenance. Ce texte est inédit en français ; nous traduisons d'après Gesammelte Werke tome 1, Dietz Verlag, 1990, p. 209. |
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Mis à jour ( Mardi, 30 Décembre 2008 09:53 )
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Critique Sociale
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Écrit par critiquesociale
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Dimanche, 23 Novembre 2008 16:07 |
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On appelle souvent « libéraux » ceux qui sont en fait des partisans du « libéralisme économique ». Ils se disent, comme nous, partisans de la liberté. Mais en pratique, on constate qu’ils laissent totalement de côté « la libération à l’égard de la misère, contenu concret de toute liberté ». Il ne s’agit en fait de « liberté » que pour la minorité privilégiée. Et même pour ces privilégiés, la « liberté » dont il est question est relative : la « libre initiative » du patron n’est en fait essentiellement que l’attitude que lui imprime le stade de développement du système capitaliste, et de son secteur d’activité en particulier. Cela ne peut donc être une action « libre » dans le sens réel du mot : une contrainte permanente pèse sur les décisions des capitalistes, qui est la contrainte de la loi de la fabrication de profit - règle qui n’a pas été choisie par chaque capitaliste, mais qui est induite par le capitalisme. Cette contrainte imposée par le fonctionnement économique actuel pèse évidemment encore plus fortement sur les travailleurs. Également, les deux millions d’enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté dans la France de 2008 n’ont pas exactement bénéficié d’une totale « liberté économique »… Comme le dit Zeev Sternhell : « il n’y a pas de liberté sans une conception de l’égalité. La liberté de coucher sous les ponts n’est pas une liberté. »
Parler de liberté en matière économique est moins simple qu’il n’y paraît, puisque nous vivons dans une société divisée entre possédants, travailleurs, rentiers, pauvres, « exclus », etc. Il faut donc savoir pour qui on parle de liberté, et de quelle liberté on parle. « Liberté de qui ? Ce n’est pas la liberté d’un simple individu, en présence d’un autre individu. C’est la liberté qu’a le capital d’écraser le travailleur. » Voilà ce qui permet de comprendre le caractère fallacieux d’une formule comme « liberté des marchés », répétée religieusement au nom d’une croyance dont la fausseté est pleinement démontrée (cf par exemple l’incapacité de la « liberté du marché » face à la crise écologique actuelle). Comme l’écrivait Herbert Marcuse : « Avoir la liberté économique devrait signifier être libéré de l’économie, de la contrainte exercée par les forces et les rapports économiques, être libéré de la lutte quotidienne pour l’existence, ne plus être obligé de gagner sa vie ».
Le terme de « libéralisme économique » est donc une absurdité, puisqu’il s’agit de conserver à tout prix un système de contrainte et d’oppression du plus grand nombre. « Libéralisme », dans son sens étymologique, est en fait contradictoire de « économique » - qui n’est que l’organisation de l’inégalité et de la contrainte individuelle (ce qui explique qu’il ne peut pas exister d’« économie socialiste », le socialisme marquant en particulier la disparition du champ économique). Il ne peut pas exister de riches s’il n’y a pas, à l’autre bout de la chaîne du même système, des pauvres. Il n’y a pas d’exploiteurs sans exploités… c’est là un des impensés majeurs du soi-disant « libéralisme économique ».
Cette idéologie du « libéralisme économique » est celle de l’extension du règne de l’économique, où l’économie s’immisce dans toutes les activités, qui deviennent alors soumises à une logique économique. Et cette logique s’oppose ou passe avant le libre développement humain, la sauvegarde de l’environnement, la réflexion et les choix personnels, etc. Exemple frappant, le terme de « ressources humaines » - qui est tout sauf neutre, mais qui a désormais envahi la société - montre bien que dans la logique capitaliste, l’humain est au service de l’économique, et non l’inverse. Cette idéologie se base entre autres sur une croyance dans « le » marché (un singulier qui montre en soi un biais idéologique), considérant que la concurrence et la « liberté » des agents économiques amènerait « naturellement » à une situation d’équilibre. Mais tôt ou tard, la réalité les rattrape : à l’inverse de la superstition quasi-religieuse de ces « libéraux » dans « un marché » auto-régulateur, la crise actuelle montre ce qu’il en est. Avec cette crise financière et économique, le capitalisme se montre clairement tel qu’il est fondamentalement de façon permanente : injuste, violent, et instable. De plus, les structures économiques capitalistes déterminent et limitent fortement une autonomie des individus qui reste donc illusoire, ou réservée aux plus privilégiés. Les individus sont soumis au pouvoir, à l’emprise du système économique - ainsi qu’aux rapports sociaux qu’il implique.
Ces prétendus « libéraux » ne sont donc en fait que des capitalistes extrémistes. D’ailleurs, les penseurs de ce courant ont prouvé leur « attachement à la liberté » en soutenant la dictature d’Augusto Pinochet (Milton Friedman, Mont Pelerin Society), et de façon plus générale en n’attribuant à la démocratie qu’une importance très accessoire (« Je préfère une dictature libérale à une absence de libéralisme dans un gouvernement démocratique », Friedrich Hayek dixit). Les chefs d'État qui se sont revendiqués de cette idéologie (Thatcher, Reagan…), et qui ont été reconnus comme tels par ses « penseurs », ont restreint les libertés sociales, et leurs politiques économiques ont fortement accru les inégalités et la pauvreté. On voit que ces « libéraux » croient bien faire de l'économie, alors qu'ils font mal de la politique. Cette politique ne bénéficie qu’aux classes dominantes, elle est au service exclusif des privilégiés et de la conservation du système existant, et ce, s’il le faut, au mépris et contre les conquêtes démocratiques et sociales. Le maintien des fondamentaux de l’organisation économique capitaliste ne permet pas la liberté pour tous. Il s’agit donc d’un certain type de conservatisme, puisqu’il maintient essentiellement la société dans son stade actuel : un régime structurellement marqué par de très fortes inégalités sociales. Or, de même que la liberté est indispensable pour qu’existe une véritable égalité, il ne peut pas y avoir de liberté pour tous dans une société d’inégalités.
Il est étymologiquement inexact de parler de « libéralisme » pour désigner une idéologie qui s’attache au maintien d’un carcan qui limite les possibilités des êtres humains, qui perpétue l’aliénation, qui maintient différents types de violences dans le « monde du travail » : harcèlement, stress, dévalorisation, compétition permanente, licenciements, travail dangereux et désastreux pour la santé, etc. A l’inverse du soi-disant « libéralisme économique », tout véritable combat pour la liberté implique d’en finir avec le carcan capitaliste. Notes |
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Mis à jour ( Lundi, 24 Novembre 2008 15:39 )
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