Critique Sociale, bulletin d'informations et d'analyses pour la conquête de la démocratie et de l'égalité
Numéro 7 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Vendredi, 04 Septembre 2009 10:46

Le numéro 7 de Critique Sociale (septembre 2009) est disponible en PDF.

Au sommaire :

- Actualité
* Printemps 2009, l'inefficacité des directions "syndicales"
* Crise capitaliste : les coupables font payer les victimes
* La parité au gouvernement, des promesses au reniement

- Histoire
* Une réponse de Victor Serge à Trotsky

- Théorie
* Beauvoir, Marcuse... sur les valeurs dominantes sexistes

 

Pour recevoir Critique Sociale, envoyez un mail à : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

 

Mis à jour ( Vendredi, 04 Septembre 2009 15:12 )
 
Printemps 2009, l'inefficacité des directions "syndicales" PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Lundi, 31 Août 2009 12:16

Printemps 2009, l'inefficacité des directions "syndicales"


Le début de l'année 2009 a été marqué par le succès des journées de grèves et de manifestations du jeudi 29 janvier puis du jeudi 19 mars : 2 millions et demi, puis 3 millions de manifestants. Mais ce fort potentiel a finalement débouché sur un échec au niveau des revendications.


La journée du 19 mars, non seulement venait très tardivement par rapport au succès du 29 janvier1, mais surtout ne constituait pas une gradation dans la mobilisation : c'était exactement la même chose, une autre journée isolée de grève et manifestation. Mais le fait que le nombre de manifestants soit encore supérieur a constitué malgré tout une montée en puissance.

L'appel qui a suivi, appel à manifester le 1er mai, était donc d'autant plus un recul : non seulement la date était une fois de plus très tardive, mais ce n'était qu'une journée de manifestation, cette fois sans grève. A partir de là le reflux était clair, et après le 1er mai l'appel à deux journées séparées (mardi 26 mai et samedi 13 juin) a achevé d'enterrer le mouvement d'ensemble qui aurait pu se construire ce printemps 2009.


Cette défaite pour les travailleurs marque l'échec du principe des journées isolées, appelées tous les un ou deux mois (en langage de dirigeant CGT, on appelle ça un « temps fort national interprofessionnel »2). C'est un échec flagrant de la tactique des 8 directions regroupées en intersyndicale – CGT, CFDT, FO, CGC, CFTC, FSU, UNSA et Solidaires3.


Pourtant le climat social était propice à une lutte d'ensemble, avec d'importantes mobilisations locales contre les licenciements massifs, accompagnées parfois de séquestrations de patrons.

Ces luttes auto-organisées – ce qui est une des raisons de leur force – ont recours à des moyens d'action qui sont à la mesure des attaques. Il y a également eu d'importants débuts de convergences : à la fois entre travailleurs de différents pays employés par les mêmes groupes, et entre travailleurs de différentes entreprises géographiquement proches qui procèdent à des licenciements massifs.

Convergence et auto-organisations sont des éléments très positifs, mais il y a néanmoins une relative fragmentation de ces luttes, qui se déroulent sans soutien actif des travailleurs qui ne sont pas directement concernés par les licenciements collectifs. Et le plus souvent – mais pas systématiquement – les licenciements ont effectivement lieu, les fruits de la lutte étant l'obtention de primes de licenciements plus correctes que les barèmes minimaux fixés par la loi.


Il y a également l'exemple de la lutte menée en Guadeloupe. Sur la base d'une plate-forme unifiant les diverses revendications, les travailleurs y ont réussi la construction d'une grève générale sur des objectifs communs. Cette mobilisation construite et résolue a permis d'obtenir la satisfaction de certaines revendications importantes. Mais, malgré cet exemple d'une tactique nettement plus payante, les directions des organisations de métropole n'ont pas souhaité s'en inspirer.


La mobilisation des universités


Le printemps 2009 a également été marqué par une mobilisation dans la durée, celle de l'enseignement supérieur4. Malgré les forces de la mobilisation, qui a pour une fois regroupé les étudiants et les personnels enseignants et non-enseignants5, là aussi force est de constater l'échec du mouvement. Le 25 avril, la coordination nationale des personnels Biatoss et ITA6 constatait avec lucidité que « après 11 semaines de mobilisation, non seulement le gouvernement n’a répondu que par le mensonge et par le mépris, mais pire encore [il] accélère le processus d’individualisation des carrières et des rémunérations ».

Quelles sont les causes de cette défaite ? D'une part l'échec est en partie lié à la défaite de l'ensemble des travailleurs. L'enseignement supérieur pouvait très difficilement, à lui seul, faire reculer ce gouvernement.

D'autre part, si le mouvement a su se développer dans la durée, il l'a fait souvent en pensant que « tenir » suffirait à gagner. Or non seulement le gouvernement actuel n'aime pas les universités (il préfère les grandes écoles), et ne se chagrine donc pas outre mesure de les voir à l'arrêt, mais il y a plus : les spécificités de la grève dans les facs n'ont semble-t-il pas suffisamment été prises en compte. Pourtant le syndicalisme étudiant a identifié depuis longtemps cela : Les grèves dans les universités posent un problème : à la différence des usines où les grèves bloquent l’outil de production et constituent directement un moyen de pression, la grève dans les universités est seulement un moyen. En effet, la grève d’une fac ne sert à rien en soi. On pourrait faire grève deux mois sans que personne ne s’en soucie, excepté les étudiants eux-mêmes. […] L’idéal, c’est une grève massive et courte. C’est justement à cause de la mauvaise compréhension du sens d’une grève étudiante que beaucoup pensent que parce que la grève est en place on tient le moyen de pression et qu’il ne reste plus qu’à attendre. »7


Ce mouvement a également été marqué par une importante diversité de situations : au niveau de l'intensité du mouvement, de l'application réelle ou non de la grève, ou encore dans le niveau d'unité entre enseignants, étudiants, et personnels non-enseignants. Sa force était l'auto-organisation en Assemblées Générales et en coordinations nationales, mais malgré cela il y a eu un certain manque d'unité. Il a par exemple été préjudiciable au mouvement que la Coordination nationale des universités (CNU) soit constituée, au niveau des mandats par université, sur une sur-représentation des enseignants-chercheurs, et une sous-représentation des étudiants.

Il faut constater le manque d'un véritable bilan d'ensemble sur ce qu'a été la mobilisation, dans sa diversité. Par conséquent, il n'est pas étonnant qu'il manque également un débat collectif sur les raisons de l'échec – ne serait-ce que pour ne pas reproduire les mêmes erreurs à l'avenir.


Comprendre l'échec global


Il est nécessaire de revenir sur l'inconsistance de la « stratégie » des directions syndicales. Il y a de toute évidence de leur part une profonde inefficacité, qui découle notamment d'une volonté de ne pas mener de lutte globale contre le pouvoir d'Etat, et de se concentrer essentiellement sur l'organisation de « négociations », et de rencontres « en tête à tête » avec les divers dirigeants politiques. Mais avec quel rapport de force ? La conséquence de leur tiédeur, c'est justement que le rapport de force est défavorable au camp des travailleurs. Donc, par leur propre faute, les bureaucrates « syndicaux » ne peuvent pas obtenir d'avancées.

Et même s'il fallait s'inscrire dans ce cadre, ne serait-il pas beaucoup plus efficace d'avoir un mouvement d'ensemble, une convergence de coordinations nationales et quitte à rencontrer les chefs de l'Etat, leur envoyer alors des délégués émanant des coordinations, mandatés sur des bases décidées collectivement, et donc ayant de leur côté un rapport de force favorable ?


Le fait de ménager le pouvoir d'Etat n'est qu'un détournement des principes du syndicalisme, et en particulier de la charte d'Amiens. Celle-ci, adoptée par la CGT en 1906, impose la neutralité vis-à-vis des partis politiques, mais pas vis-à-vis de l'Etat (le syndicat devant, par contre, être indépendant par rapport à l'Etat). Ce serait de toute façon une impossible « neutralité » dont on voit bien en pratique qu'elle équivaut en fait à l'acceptation du pouvoir d'Etat tel qu'il est, tel qu'il s'exerce, même si c'est au mépris flagrant des revendications massivement exprimées par les travailleurs, les jeunes, etc. Or si le pouvoir d'Etat est un mur contre les mobilisations des travailleurs – et c'est effectivement le cas – la prétendue « neutralité » n'est en fait pas autre chose qu'une défaite par forfait.

S'aveugler devant l'existence des rapports de force, en l'occurrence celui qui oppose les travailleurs et l'Etat, c'est refuser de voir la réalité, et c'est du même coup s'empêcher de placer le niveau de mobilisation jusqu'à l'intensité nécessaire pour une victoire effective – alors même que le patronat et le gouvernement sont en position de force, et n'hésitent pas à pousser leur avantage, par exemple par la stratégie du fait accompli.


Il y a au sein des confédérations syndicales (comme dans d'autres structures) un problème d'auto-conservation des groupes dirigeants, lesquels ont une situation sociale différente de celle des salariés qu'ils sont supposés défendre. Bernard Thibault, qui est secrétaire général de la CGT depuis 10 ans (!), a annoncé qu'il veut encore se représenter à ce poste lors du prochain congrès ! Cette bureaucratisation est en soi inacceptable, et cette dérive est encore renforcée par le fait que, bien évidemment, il ne travaille plus... Il devient donc forcément un bureaucrate coupé des réalités quotidiennes de la lutte des classes, inamovible, et finalement ses prises de position sont de plus en plus autonomes par rapport aux syndiqués CGT – dont il est pourtant supposé porter la voix.

Face à ces dérives néfastes, il faut établir et imposer partout ce principe de base : le système des permanents à temps complet est à proscrire absolument. Il faut le remplacer par le système de la rotation des tâches, dans les syndicats comme dans les autres structures.


Autre élément observé ce printemps : l'intersyndicale a, de janvier à juin, maintenu son unité. Evidemment, l'unité vaut à priori mieux que la division. Mais quelle unité ? On a vu au premier semestre 2009 l'unité pour perdre. C'est l'unité d'inaction...

Donc, l'unité intersyndicale a tenu tout ce printemps : mais alors, pourquoi la division en de multiples confédérations demeure-t-elle ? Il n'y a pas tant d'orientations syndicales différentes. Ne serait-ce pas pour conserver tous ces petits appareils ? C'est un des multiples dangers de la dérive bureaucratique, comme l'avait identifié Rosa Luxemburg, qui parlait d'une « véritable caste de fonctionnaires syndicaux permanents », de la « la tendance à sur-estimer l'organisation qui, peu à peu, de moyen en vue d'une fin se change en une fin en elle-même, en un bien suprême auquel doivent être subordonnés tous les intérêts de la lutte. » On se retrouve bel et bien avec « une direction professionnelle par des fonctionnaires syndicaux », et « la masse n'a plus qu'à exercer la discipline passive de l'obéissance. »8

Une telle situation est contraire aux principes de base du syndicalisme. De plus, il y a effectivement une importance trop grande donnée aux structures, plutôt qu'au mouvement – les manifestations sont des succès aussi par la présence de non-syndiqués. A ce titre, parler de « manifestations syndicales » pour les manifs dont nous parlons ici, est largement abusif. Les syndicats se doivent d'être au service des mouvements, être au service de l'auto-organisation des travailleurs et surtout pas l'entraver !


Peut-on en l'état parler de trahison ? Par rapport à la défense des intérêts des travailleurs, sans aucun doute. Par contre, la façon de faire des directions bureaucratiques est au fond conforme au système dans lequel ils vivent – et qui les fait vivre. Ce système a une idéologie établie, dont ces bureaucrates ne représentent qu'une des variantes. C'est au sein de cette variante de l'idéologie dominante qu'ils raisonnent, puisqu'ils sont, au niveau de leur existence sociale concrète, hors de la classe sociale formée par les travailleurs.

En effet, l'idéologie dominante veut imposer une vision du syndicalisme qui a été clairement décrite par le journaliste luxemburgiste Daniel Singer : « la coutume veut que les présentateurs des journaux télévisés parlent d'une "rencontre entre les partenaires sociaux", ce qui signifie des négociations entre les représentants du patronat et des syndicats. Tout un chacun considère cette formulation comme parfaitement normale. Maintenant, imaginez un instant que le journaliste se mette à parler d'une rencontre "entre ennemis de classe" ; il y aurait aussitôt un tollé et des accusations violentes de parti pris idéologique. » En fait, la première définition « sous-entend que la relation entre travail et capital est un partenariat, la seconde que c'est un antagonisme. Mais la première appartient à l'idéologie dominante et en conséquence ne soulève pas d'objection ; la seconde choque car elle met en question cette idéologie – et vous ne pouvez douter qu'elle sera étiquetée comme idéologique. »9 Or, malheureusement, les dirigeants des confédérations ont pour beaucoup accepté ce vocabulaire – ce qui est l'une des conséquences de leur éloignement vis-à-vis de la réalité quotidienne de ce qu'est le travail salarié, et des rapports réels d'oppression et d'exploitation qui opposent le patronat et les travailleurs.


Pour toutes ces raisons, les appels de l'intersyndicale n'ont donc pas du tout correspondu à l'attente, en particulier après le 19 mars. Mais il serait faux de croire que la solution pourrait venir toute seule d'une décision « d'en haut ». La grève générale se construit à tous les niveaux, mais principalement et avant tout à la base. Or la majorité des 3 millions de manifestants du 19 mars n'ont pas participé à des Assemblées Générales ou à des comités d'action, le jour de la grève ou la veille. Il faut dire que trop souvent de telles AG n'ont pas même existé... Evidemment, si l'intersyndicale s'était prononcée pour une perspective claire de mobilisation construite, voire de grève générale, cette participation à la base aurait sans doute été plus importante. Mais la réussite ne doit pas être attendue de l'initiative de quelques dirigeants, elle ne peut être obtenue que par une auto-organisation active de la lutte.

Il ne faut pas se leurrer, construire à la base un véritable mouvement d'ensemble puissant et dans la durée est indispensable, mais suppose de vaincre de nombreuses difficultés. Il y a aujourd'hui des niveaux de conscience très différents, qui sont en partie déterminés par l'existence d'intérêts différents. Les professeurs d'université, par exemple, n'ont pas que leurs chaînes à perdre... Pour prendre ce cas, on voit des éléments potentiellement négatifs issus du mouvement de ce printemps : l'échec malgré un mouvement long entraînant la possibilité de découragement, voire de fatalisme. Mais on doit aussi remarquer cet élément positif qui est le début de compréhension et de lutte commune entre les différents groupes présents à l'université. Quelles que soient les différences de vécus et de conditions sociales, c'est aussi dans la mobilisation que se forge la conscience commune.


Pour aller vers une lutte unitaire contre le patronat et l'Etat, la priorité – tout en critiquant clairement les causes de l'inefficacité des directions « syndicales » – est de soutenir et de participer à la construction auto-organisée de la lutte à la base, par la base.

 

 

1 Voir : « Succès du 29 janvier : quelles suites ? », Critique Sociale n° 5, février 2009.

2 Document d’orientation et résolutions pour le 49e congrès, par la direction de la CGT (juillet 2009), alinéa II - 52.

3 Lors de l'intersyndicale du 20 mars, Solidaires et la FSU se sont prononcés pour une nouvelle journée de mobilisation avant le 1er mai (« avant la fin du mois de mars » pour Solidaires, « le samedi 28 mars ou 4 avril » pour la FSU). Minoritaires, ils se sont ensuite ralliés à la position attentiste. Mais même cette perspective minoritaire ne visait qu'à rapprocher les journées isolées, et ne permettait pas de contribuer à un passage de la lutte au stade supérieur.

4 Sur les motifs du mouvement, on peut lire notamment : Alain Bihr, « Le mouvement universitaire : Les raisons d’un échec », A contre courant n° 205, juin 2009. Le défaut de ce bilan est de ne se concentrer que sur le mouvement des enseignants, en négligeant le mouvement étudiant (ce qui est d'ailleurs révélateur d'un certain manque de convergence, qui a été un des facteurs de faiblesse de cette mobilisation).

Un certain nombre d'éléments importants sur ce mouvement sont évoqués dans l'entretien mené par Antonella Corsani dans La Revue internationale des livres et des idées n° 11, mai 2009. Mais cet entretien a été réalisé pendant la mobilisation (en avril), avec deux enseignants et un étudiant (donc sans aucun Biatoss), tous parisiens qui plus est.

5 Les personnels non-enseignants sont également appelés Biatoss (Bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers de service et de santé).

6 Ingénieurs, techniciens et administratifs.

7 Bases fondamentales du syndicalisme étudiant, 6e édition, s.d., p. 29. Même texte dans Bases fondamentales du syndicalisme étudiant, 4e édition, La Canonnière éditions, 2002, p. 60.

8 Rosa Luxemburg, Grève de masses, parti et syndicats, 1906, citations d'après deux traductions différentes : par Bracke, Spartacus, 1974, pp. 75-77, et par Irène Petit, Maspero, 1969, pp. 168-170.

9 Daniel Singer, A qui appartient l'avenir ?, Pour une utopie réaliste, Complexe, 2004, pp. 310-311.

Mis à jour ( Mercredi, 02 Septembre 2009 16:55 )
 
Succès du 29 janvier : quelles suites ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Jeudi, 12 Février 2009 16:10

La journée de grève et de manifestations du 29 janvier 2009 a été une réussite, bien au delà des prévisions. Il s'agissait d'exiger la fin des licenciements et des autres suppressions de postes, la hausse des salaires, la défense du service public, et le retrait des contre-réformes du gouvernement.

Deux millions et demi de manifestants ont fait du 29 janvier un succès massif et populaire, qui montre que les travailleurs, chômeurs, et étudiants, se sont saisis de cette journée unitaire de mobilisation pour tenter de changer la situation, en allant à l'encontre des politiques du gouvernement et du patronat. C'est ainsi qu'on a vu dans les manifestations des pancartes « Sarkozy démission », ou encore le désormais fameux « Casse-toi pauv' con » retourné à Sarkozy, qui, au delà de l'humour, signifie au fond : casse-toi du pouvoir.


Pour les classes dirigeantes, la crise actuelle est arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Mais pour de nombreux travailleurs - précarisés, sous-payés, pressurisés - la situation avant la crise était déjà mauvaise, et la crise ne fait que l'aggraver encore plus1.

Il y a incontestablement urgence.


D'ailleurs, des mobilisations se poursuivent et se développent, secteur par secteur. Le 10 février, les manifestations de l'enseignement supérieur ont rassemblé 100.000 professeurs et étudiants, pour le retrait des réformes actuelles et pour plus de postes et de moyens. La mobilisation s'est cristallisée autour d'un projet de modification du statut des enseignants-chercheurs, mais la grève porte également d'autres revendications : outre le retrait du projet Pécresse, c'est aussi contre les réformes LRU, et parfois aussi LMD-ECTS, que la lutte se poursuit.

La logique des réformes en cours depuis plusieurs années conduit à instaurer des « PDG d'université ». C'est un élément d'une logique d'ensemble qui consiste à casser les facs en tant que services publics, et à les gérer comme des entreprises - pour progressivement les transformer en entreprises.

Il ne faut en effet pas oublier que, là comme ailleurs, la tendance à la privatisation se poursuit, alors même qu'elle a reçu un désaveu cinglant avec la crise actuelle. D'autre part, on retrouve à l'université les mêmes problèmes qu'ailleurs : précarisation, suppression de postes, sous-financement... On voit que la convergence entre les différents secteurs n'est pas difficile à envisager.


Autre secteur en pointe : les grèves générales en cours à la Guadeloupe et à la Martinique, qui font face au mépris du gouvernement. Si la force de la mobilisation (grève et manifestations) a permis des avancées, comme la baisse des prix sur certains produits de première nécessité, le gouvernement et le patronat refusent toujours les augmentations de salaires - la revendication est en Guadeloupe de 200 euros nets en plus par mois pour les bas salaires.

Mais plutôt que de répondre à l'élémentaire revendication de hausse des salaires, le gouvernement préfère envoyer en Martinique... deux escadrons supplémentaires de gendarmes mobiles.


Etant donné cette situation, on doit déplorer que les directions syndicales se soient laissées endormir par l'intervention télévisée de Sarkozy du 5 février : la date qu'ils ont décidé pour une nouvelle journée de mobilisation - le 19 mars - est beaucoup trop tardive. De plus, il semble évident au vue de son discours et de celui du MEDEF que rien de décisif en faveur des salariés ne pourra sortir de la réunion du 18 février. Pourquoi alors attendre l'inévitable constat d'échec de cette rencontre avant de décider clairement d'un appel à la grève pour le 19 mars ? A ce niveau, la « modération » et l'attentisme des directions syndicales ressemblent fort à de l'irresponsabilité.


Lors de son show du 5 février, Sarkozy n'a manifestement pas répondu aux revendications des manifestants du 29 janvier : aucune des contre-réformes n'a été retirée, aucune augmentation du SMIC et des minimas sociaux n'a été décidée, et comme l'ont dit les syndicats de la fonction publique dans une déclaration du 11 février : « aucune des revendications des personnels n’a été prise en compte »2.


Pire, Sarkozy poursuit la logique des attaques continues contre les services publics. Il veut poursuivre les 30.000 suppressions de postes dans la fonction publique pour l'année 2009, et annonce que des dizaines de milliers d'emploi vont continuer à être détruits chaque année par l'Etat. Sa justification vaut le détour : il annonce qu'avec ces suppressions de postes par non-remplacement de la moitié des fonctionnaires partant en retraite, il y aurait en 2012 le « même nombre de fonctionnaires qu'en 1992 ». Il n'y a vraiment que Sarkozy pour faire semblant d'ignorer que la population a augmenté depuis 1992 de 7 millions, et que cette croissance démographique va sans nul doute se poursuivre d'ici à 2012 ! La comparaison avec 1992 est donc d'une malhonnêteté évidente.

Les multiples mensonges qu'il a enchaîné lors de son intervention du 5 février lui servent à couvrir une politique qui est menée au bénéfice des privilégiés, et au détriment de la majorité (salariés, chômeurs, jeunes...).


Face à l'intransigeance gouvernementale, la coordination nationale de l'enseignement supérieur du 11 février a appelé à l'extension du mouvement à l'ensemble de l'éducation. C'est un début vers l'unité, qu'il faudra étendre. Le succès des manifestations du 29 janvier a montré le large rejet de la politique menée par Sarkozy. Or, il refuse de revenir sur ses contre-réformes et de « changer de cap ». La conclusion réaliste et pragmatique de ces faits, c'est qu'il faut une mobilisation forte, unitaire, et qui ne se limite pas à des journées d'action isolées.


Les travailleurs de Guadeloupe ont montré la voie : unité et grève générale. C'est cela qu'il faut réaliser, et si malgré ça le gouvernement persistait toujours à opposer un mur face aux revendications majoritaires, il faudrait clairement un approfondissement de la lutte pour vaincre ce pouvoir, c'est-à-dire le faire partir.

Il ne faut toutefois pas se leurrer : Sarkozy n'est pas responsable de toutes les régressions actuelles, son départ ne résoudrait pas tous les problèmes. C'est au système qui permet à Sarkozy d'agir de la sorte qu'il faut s'en prendre, au manque de démocratie.


Au delà, les travailleurs du monde sont actuellement victimes de la même crise, qui est une crise du système. Le problème est bien le système capitaliste en lui-même, plutôt que tel ou tel de ses rouages. Face à la crise mondiale d'un système mondial, il faut une riposte mondiale des travailleurs, permettant d'aller d'un système hiérarchique et capitaliste vers une société démocratique et socialiste.

 

1Voir par exemple : « La société du chômage de masse », Critique Sociale n° 3, décembre 2008.

2Le texte complet : http://solidaires.org/article23608.html

Mis à jour ( Jeudi, 12 Février 2009 18:05 )
 
Et si on essayait la démocratie ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Jeudi, 12 Mars 2009 13:02

La démocratie, c’est le pouvoir au peuple. Il devient indispensable de le rappeler. Ce n'est pas seulement le pouvoir de décider qui aura le pouvoir à notre place, pendant une durée donnée.

Les institutions actuelles ne sont pas véritablement démocratiques. Le système existant consiste en fait en une dépossession des citoyens1. Il y a un flagrant défaut de démocratie, un manque de démocratie qui étouffe la vie sociale – on le voit par le mur de refus, et souvent de mépris, qui est opposé par le pouvoir aux manifestants et grévistes qui défendent des revendications nécessaires et majoritaires.

Ce manque de démocratie est un problème mondial, même en dehors des régimes dictatoriaux (qu'il faut évidemment contribuer à combattre en priorité). Le système capitaliste, entre autres maux, perpétue une hétérogénéité violente entre les situations sociales, et même entre les possibilités sociales. Or, la démocratie ne peut exister que si les individus peuvent exprimer pleinement leur individualité, et en même temps si l'ensemble de ces individus font société. La démocratie exige que les principes de liberté, d’égalité, de fraternité soient une réalité pour toutes et tous – et pas uniquement un slogan restant théorique.

Il y a donc la nécessité d’une appropriation de la démocratie, sans laquelle le pouvoir est dans les faits exercé par des oligarchies, ce qui est contradictoire avec le principe démocratique.

Il est normal que la constitution ait changé depuis celle de la Première République, mais alors qu’on pourrait croire qu’en deux siècles la constitution serait devenue plus démocratique, elle est en réalité devenue moins démocratique sur presque tous les aspects sauf celui – fondamental – du suffrage féminin. Entre autres reculs, il y a eu la restauration dès la Deuxième République du principe monarchique par l'instauration d'un « président de la République » qui, seule innovation « républicaine », est élu. Il peut ensuite régner sans en référer à la population pour toute la durée de son mandat, décidant avec ses conseillers et ministres non élus, se trouvant au-dessus des lois par son immunité judiciaire, et toutes ses dépenses étant payées par l'Etat.

La démocratie est un projet d’avenir

S'il s'agit de maintenir des formes d'oppression sociale, il est logique que le pouvoir appartienne à des « experts » - comme c'est le cas actuellement2. Mais s'il s'agit de changer la société en partant de la réalité sociale vécue par chacun, alors une véritable démocratie est indispensable : une démocratie faite par tous. La démocratie réelle permettrait d'organiser une vie commune pacifiée, débarrassée de l'organisation du travail contraint et exploité qu'est le système du salariat, et un libre épanouissement de tous et de chacun.

Nous pouvons créer des assemblées démocratiques, des Assemblées Générales et des conseils permanents, pour permettre l'invention, le dialogue, l'échange, la décision démocratique, qui ne peuvent exister que dans la libre expression tant individuelle que collective.

Il n'y a pas de démocratie authentique sans réelle démocratie sociale. La seule vraie démocratie est une démocratie d’égaux, sans une division entre citoyens de première ou de seconde classe. Il n'y a pas besoin de quelque forme de domination que ce soit si la société se base sur la coopération entre humains égaux. Une telle société permettrait d'en finir avec les diverses dominations qui minent la société actuelle.

La crise du capitalisme nous montre de façon claire la nécessité de transformer complètement l'organisation économique et sociale. Ni « patrons », ni « salariés », ni « actionnaires » : c'est une nouvelle société que nous devons inventer.

Réaliser la démocratie implique un investissement de tous dans la production commune des décisions. Chacun se doit de s’informer, de débattre, de participer à une réflexion et à une élaboration collectives, puis aux décisions. Cela implique que chacun ait toutes les possibilités matérielles – à commencer par le temps ! – de s'informer et de consacrer du temps à cette élaboration collective.

Le vote est bien sûr indispensable au fonctionnement démocratique. Mais choisir et formuler les questions à trancher, cela doit aussi être mis en place de façon démocratique. Autrement dit, la démocratie n’est pas seulement un processus de décision, mais aussi un processus de libre élaboration collective des différentes possibilités sur lesquelles il faudra, par la suite, faire des choix.

Il s'agit également de garantir l'indépendance des contre-pouvoirs. Enfin, la démocratie, pour fonctionner de façon saine et transparente, a besoin de l'existence d'importants médias fiables et indépendants, et d'un réel pluralisme.

Une véritable démocratie s’oppose forcément aux fonctionnements hiérarchiques. Il s'agit de construire collectivement une société permettant le libre épanouissement de tous et de chacun, une société déterminée démocratiquement et de façon autonome, autogérée.

En plus de permettre la satisfaction des revendications actuelles, une mobilisation massive et dans la durée, n'hésitant pas à s'en prendre au système lui-même, pourrait permettre un vaste mouvement de démocratisation, de libération, et d'émancipation.

La démocratie reste un projet d’avenir !

 

- - - - -

1 Cela sans compter le fait qu’il faudrait étendre considérablement le champ des citoyens, aux « étrangers » résidents, notamment.

2 La spécialisation du pouvoir s'opposant, de toute façon, aux valeurs démocratiques.

 

[disponible au format pdf]

Mis à jour ( Jeudi, 12 Mars 2009 16:52 )
 
Qui sommes-nous ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par critiquesociale   
Lundi, 13 Octobre 2008 12:43

 

Critique Sociale est un bulletin d'informations et d'analyses pour la conquête de la démocratie et de l'égalité.

Sur ce site, vous pouvez lire et télécharger les bulletins, puis les imprimer, les diffuser, etc.

Les textes publiés sont également directement accessibles, ainsi que d'autres textes, et des articles des numéros à venir.

Notre but est de contribuer à l'information et à l'analyse concernant les luttes sociales et les mouvements révolutionnaires dans le monde. Nous nous inspirons du "marxisme", en particulier du "luxemburgisme", certainement pas comme des dogmes (qu'ils ne sont en réalité nullement), mais comme des outils contribuant au libre exercice de l'esprit critique, à l'analyse de la société, et à la compréhension de sa nécessaire transformation par l'immense majorité. Nous combattons le capitalisme et toutes les formes d'oppression (sociales, politiques, économiques, de genre). Nous militons pour que "l'émancipation des travailleurs soit l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes", pour une société démocratique, libre, égalitaire et solidaire : une société socialiste, au véritable sens du terme.

contact - @ - critique-sociale.info

Pour recevoir régulièrement ce bulletin, envoyez simplement un mail à : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Mis à jour ( Jeudi, 12 Mars 2009 13:29 )
 
<< Début < Préc 1 2 3 Suivant > Fin >>

Page 2 de 3

Rechercher

Critique Sociale, Powered by Joomla!; free resources by SG website hosting